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Comment être subversif ? (1/6)

Independant Media Center - Praha

Introduction à la subversion contemporaine


Les images des émeutes «anti-mondialisation», organisées à l’occasion des rencontres FMI/Banque Mondiale à Prague, suscitent une excitation mêlée d’effroi. Excitation : le front qui s’oppose à la globalisation financière nous rend optimiste car il donne à espérer qu’un débat démocratique, même généré dans la rue et dans la violence, peut encore être tenu aujourd’hui, sur des questions aussi vitales que les relations nord/sud, l’équilibre écologique ou les droits sociaux. Reconnaissons aussi qu’il est toujours jouissif de voir les forces de l’ordre malmenées, selon un procédé d’identification qui explique depuis longtemps la popularité de Guignol cognant le gendarme. Effroi, aussi : à voir ces élites politico-économiques recluses dans leur tour de verre, effrayées par la montée de la vindicte populaire, on ne peut s’empêcher de penser au lynchage de Ceaucescu, à l’assassinat d’Aldo Moro ou aux six millions de Cambodgiens tués en masse par les Khmers rouges, emportés dans leur paranoïa révolutionnaire. Les leaders du mouvement de contestation ont heureusement pris leurs distances avec les éléments extrémistes qui ont détruit des édifices publics, des boutiques et du mobilier urbain.

Pour le mouvement «anti-mondialisation», les difficultés commencent. La bonhomie de José Bové est de nature à fédérer largement les citoyens occidentaux contre les abus du système. Au contraire, la violence pseudo-anarchiste des irresponsables toujours contents de provoquer le chaos risque de détacher les classes moyennes du courant réformiste qui plaide pêle-mêle pour le respect de la sécurité sanitaire, la régulation des marchés financiers internationaux, la protection des droits des étrangers et la préservation d’un mode de vie respectueux de l’individu. La désaffection populaire face à une dérive violente marque toujours la fin d’un projet utopique et le début d’une escalade dangereuse pour la démocratie et la sécurité des personnes. Des Brigades rouges à l’ETA en passant par l’IRA, les rêves collectifs – socialistes ou autonomistes notamment – se sont souvent transformés en bains de sang.

On pourrait poursuivre longtemps l’analyse de cet événement : sur le plan historique, il est piquant de voir que ces émeutes ont Prague pour théâtre, cette ville qui fut témoin, il n’y a pas si longtemps, de révoltes urbaines dirigées contre un pouvoir authentiquement totalitaire et prétendument au service du peuple. Sur le plan politique, on pourrait montrer que ces manifestations témoignent d’une vision faussée de l’organisation du pouvoir économique et politique contemporain. En effet, ce front du refus croit toujours qu’il y a un «système» et que ce système est doté d’un «cœur», qu’il faut frapper pour faire aboutir une revendication. Il reste dans les mentalités des activistes cette vieille idée datant du XIXème siècle selon laquelle il suffit à un anarchiste poseur de bombes de se jeter sous le carrosse du Prince pour libérer le peuple de la tyrannie. Les choses sont plus compliquées aujourd’hui, nos sociétés en réseau reposant sur un jeu très complexe d’interactions entre les multiples acteurs et institutions – publiques ou privées – participant au pouvoir. Faute d’évoluer dans sa réflexion, le mouvement contestataire se condamne à simplifier les enjeux du monde contemporain et à être inefficace dans leur traitement.

Pour le dire autrement, et afin de ne pas passer pour des sociaux-traîtres auprès de nos amis de la Confédération Paysanne, des Médias libres et autres groupes Attac, on peut s’interroger sur les voies offensives susceptibles d’être mises en œuvre. Comment être subversif aujourd’hui ? Quelles sortes d’actions est-il possible de conduire afin de réformer ce système dont chacun s’accorde à dire qu’il produit des effets hautement néfastes pour les individus, les sociétés et les écosystèmes ? A défaut de recettes pratiques, il faut insister sur les effets contre-productifs des prétendues actions subversives lancées à la va-vite par des révolutionnaires aussi doués pour changer le système que Gribouille pour échapper à la pluie. Les réformateurs pourraient s’inspirer du serment d’Hippocrate, qui oblige d’abord les médecins à ne pas aggraver la situation : primum non noscere («d’abord ne pas nuire»).

On trouve dans l’actualité récente de nombreux exemples d’actions subversives ayant entraîné in fine un durcissement des systèmes de contrôle et de régulation sociale. Dans tous les pays et dans tous les secteurs d’activité, des actions a priori déstabilisatrices pour «le système capitaliste» ont finalement renforcé les pouvoirs en place, qu’il s’agisse des multinationales, des polices, des Etats et des groupes conservateurs de tous poils. Quelques exemples...

Quelques exemples :
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