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Les images des émeutes «anti-mondialisation», organisées à loccasion des rencontres FMI/Banque Mondiale à Prague, suscitent une excitation mêlée deffroi.
Excitation : le front qui soppose à la globalisation financière nous rend optimiste car il donne à espérer quun débat démocratique, même généré dans la rue et dans
la violence, peut encore être tenu aujourdhui, sur des questions aussi vitales que les relations nord/sud, léquilibre écologique ou les droits sociaux. Reconnaissons
aussi quil est toujours jouissif de voir les forces de lordre malmenées, selon un procédé didentification qui explique depuis longtemps la popularité de Guignol
cognant le gendarme. Effroi, aussi : à voir ces élites politico-économiques recluses dans leur tour de verre, effrayées par la montée de la vindicte populaire, on ne
peut sempêcher de penser au lynchage de Ceaucescu, à lassassinat dAldo Moro ou aux six millions de Cambodgiens tués en masse par les Khmers rouges, emportés dans leur paranoïa révolutionnaire. Les leaders du mouvement de contestation ont heureusement pris leurs distances avec les éléments extrémistes qui ont
détruit des édifices publics, des boutiques et du mobilier urbain.
Pour le mouvement «anti-mondialisation», les difficultés commencent. La bonhomie de José Bové est de nature à fédérer largement les citoyens occidentaux contre
les abus du système. Au contraire, la violence pseudo-anarchiste des irresponsables toujours contents de provoquer le chaos risque de détacher les classes
moyennes du courant réformiste qui plaide pêle-mêle pour le respect de la sécurité sanitaire, la régulation des marchés financiers internationaux, la protection des
droits des étrangers et la préservation dun mode de vie respectueux de lindividu. La désaffection populaire face à une dérive violente marque toujours la fin dun
projet utopique et le début dune escalade dangereuse pour la démocratie et la sécurité des personnes. Des Brigades rouges à lETA en passant par lIRA, les rêves
collectifs socialistes ou autonomistes notamment se sont souvent transformés en bains de sang.
On pourrait poursuivre longtemps lanalyse de cet événement : sur le plan historique, il est piquant de voir que ces émeutes ont Prague pour théâtre, cette ville qui fut
témoin, il ny a pas si longtemps, de révoltes urbaines dirigées contre un pouvoir authentiquement totalitaire et prétendument au service du peuple. Sur le plan
politique, on pourrait montrer que ces manifestations témoignent dune vision faussée de lorganisation du pouvoir économique et politique contemporain. En effet, ce
front du refus croit toujours quil y a un «système» et que ce système est doté dun «cur», quil faut frapper pour faire aboutir une revendication. Il reste dans les
mentalités des activistes cette vieille idée datant du XIXème siècle selon laquelle il suffit à un anarchiste poseur de bombes de se jeter sous le carrosse du Prince pour
libérer le peuple de la tyrannie. Les choses sont plus compliquées aujourdhui, nos sociétés en réseau reposant sur un jeu très complexe dinteractions entre les
multiples acteurs et institutions publiques ou privées participant au pouvoir. Faute dévoluer dans sa réflexion, le mouvement contestataire se condamne à
simplifier les enjeux du monde contemporain et à être inefficace dans leur traitement.
Pour le dire autrement, et afin de ne pas passer pour des sociaux-traîtres auprès de nos amis de la
Confédération
Paysanne, des Médias libres et autres groupes
Attac, on peut sinterroger sur les voies offensives susceptibles dêtre mises en uvre. Comment être
subversif aujourdhui ? Quelles sortes dactions est-il possible
de conduire afin de réformer ce système dont chacun saccorde à dire quil produit des effets hautement néfastes pour les individus, les sociétés et les écosystèmes ?
A défaut de recettes pratiques, il faut insister sur les effets contre-productifs des prétendues actions subversives lancées à la va-vite par des révolutionnaires aussi doués pour changer le système que Gribouille pour échapper à la pluie. Les réformateurs pourraient sinspirer du serment dHippocrate, qui oblige dabord les
médecins à ne pas aggraver la situation : primum non noscere («dabord ne pas nuire»).
On trouve dans lactualité récente de nombreux exemples dactions subversives ayant entraîné in fine un durcissement des systèmes de contrôle et de régulation
sociale. Dans tous les pays et dans tous les secteurs dactivité, des actions a priori déstabilisatrices pour «le système capitaliste» ont finalement renforcé les
pouvoirs en place, quil sagisse des multinationales, des polices, des Etats et des groupes conservateurs de tous poils.
Quelques exemples...
Quelques exemples :
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