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Le Fantasmotron

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Forward to cybersex / 3
Mes rêves de
e-rotomane
(
suite)


Les catégories vont voler en éclats, les fantasmes vont varier, se multiplier, s'enrichir, s'affiner. Les méga-stars s'offriront à leur public sur l'autel de leur puissance sexuelle, commandeurs des plaisirs et des imaginaires. Y'aura sûrement des formules subtiles. Puisque Brad Pitt est pudique et mal membré (à ce qu'on dit), il sera doublé par Rocco Siffredi dans les scènes de pénétration. Ce genre d'association sera courant. Les utilisateurs pourront choisir les combinaisons qu'ils veulent. Puisqu'il sera impossible d'administrer un cunnilingus à l'avatar de Britney Spear, ils pourront se consoler, après avoir flirté gentiment avec la pucelle allumeuse, en bouffant la chatte de Tabata Cash (moins pudibonde). Les minets narcissiques pourront enfin réaliser leur rêve : faire l'amour avec eux-mêmes. Après s'être filmé en caméra subjective, ils se suceront ou s'enculeront, à moins qu'ils ne choisissent de se voir en train de baiser une bimbo, en se mettant à sa place, pour voir ce que ça fait d'avoir la chance d'être prise en main par un mec aussi beau.

Y'aura pas de limites, croyez-moi. L'offre sera là, inventive, puissante, narcotique. Y'aura tellement de fric à se faire que les marchands repousseront toutes les limites du cybersexe. Quand à la demande…

Bien sûr, les phénomènes de starification seront complexes et variés dans cet univers. Les vraies stars, par exemple, devraient probablement veiller à ne se commettre que dans des productions softs. Elles éditeront, à grand renfort de publicité et de protection de la propriété intellectuelle, des séquences de charme dont le paroxysme consistera à embrasser sur la bouche l'utilisateur, qui pourra effleurer (mais pas saisir), les seins lourds et fièrement dressés sous ses yeux. Des applications-concepts émergeront, sous la férule de designers vedettes. Elles permettront de dormir aux côtés de Madonna, de mater Elisabeth Guigou sous sa douche (application-concept, on vous dit) ou de dîner aux chandelles avec Virginie Ledoyen (on aura incorporé dans son hologramme un moteur d'expression paramétré selon vos goûts).

La civilisation occidentale aura repensé le concept de la pudeur. Il ne s'appliquera plus qu'aux relations entretenues dans le monde réel. Sur le réseau, nudité et hédonisme seront la règle, au moins dans les espaces réservés aux plaisirs des sens. Parmi les adeptes des nouvelles pratiques, personne ne sera gêné de devoir se montrer : nos corps seront retouchés, améliorés. Nous nous présenterons amincis, musclés, bronzés, bien proportionnés, tendus de désir et parfumés. Nous exhiberons nos corps comme un graphiste montre sa dernière création : avec fierté. Nos petites misères physiques resteront notre jardin secret, cultivé dans le secret des salles de gym et des cliniques. Evidemment, certains joueront sur le registre inverse, par perversion ou par calcul : il y aura toujours quelqu'un désireux de vivre une expérience hardcore avec un type petit, moustachu et bedonnant.

Certains voudront tout, les odeurs et les fluides corporels, les bruits grotesques, l'inconfort des positions vantées dans les magazines hype, la dépression post-éjaculatoire, et toutes ces emmerdes qui dissuadent parfois de donner suite aux avances d'une supposée bombe dans un cocktail chic. D'autres préféreront s'évader dans un univers aseptisé, ouaté, confortable et facile. Un monde virtuel où la baise atteindrait une sorte de perfection dans son esthétique et sa pratique, avec des partenaires d'une plastique irréprochable (retouchés avec un logiciel, comme les photos de mode aujourd'hui), dans un environnement haut de gamme, épuré. Nous y serons comme des coqs en pâte, comme Pikachu égaré dans un Manga porno.

Pikachotte au Pays des Malices

Ah ! j'entends maintenant les technophobes, peine-à-jouir, hérauts de la proximité et défenseurs de la " vraie vie ", conspuer cette évolution de civilisation : " chacun s'enfermera chez soi, se réfugiera dans un monde factice où l'amour sera facile, où plus personne ne connaîtra son voisin de palier, où on pourra jouir sur commande ". A ceux-là, je dis : " bein ouais, et alors ? ". Chacun fera comme il veut, voilà tout. Y'aura ceux qui s'onaniseront dans des bars à putes virtuelles nuit et jours, 24/24, toute l'année. Ils n'oseront pas regarder la boulangère dans les yeux en commandant leur baguette, mais feront subir les pires assauts au clone de Catherine Deneuve, à chaque connexion. D'autres vivront une sexualité épanouie, équilibrée, entre rencontres réelles plus ou moins satisfaisantes et trips virtuels raisonnables. L'élite socio-sexuelle aura tout, les vraies bonnes dans des vrais salons luxueux et le top du top virtuel, vendus à des prix exorbitants : combinaison dernier cri + PC hyper puissant + logiciels sur-performants + drogues hyptoniques + programmes interactifs en 3D vendus en série limitée : seuls les super privilégiés pourront se taper Madonna.

D'ici là, nous aurons eu le temps d'appréhender les enjeux sociaux introduits par ces bouleversements de notre sexualité. La notion d'adultère devra être repensée, par exemple, sauf à considérer qu'une petite aventure avec une escort girl virtuelle située à 10 000 kilomètres suffit à casser le pacte de fidélité.

Les techniques de drague, bien sûr, connaîtront autant d'évolution qu'entre le néolithique et le XX° siècle. Dans le cyberespace, les gros lourds resteront des gros lourds, et la concurrence sexuelle poussera les hommes comme les femmes à se montrer inventifs, drôles, gentils, intelligents, originaux, altruistes. Le cybersexe favorisera le développement d'une économie du don sensoriel et sexuel. Dans cette vaste économie du fantasme où chacun d'entre nous devra trouver sa place, le fric ou les muscles ne pourront suffire à attirer des partenaires, puisque les exigences en matière d'esthétique, de comportement et de dialogue seront très fortes. Il ne suffira pas de dire " salut, j'ai un gros disque dur, ça te dirait de venir chez moi ? " pour emballer sur les forums de rencontre. Mille qualités devront être démontrées pour prétendre séduire. La vie sociale et affective connaîtra le même type d'embellissement que sous le joli siècle de Louis XV.

Pour ma part, je parie sur les tendances suivantes : développement des comportements androgynes, destructuration des profils sexuels (multiples préférences), créativité exacerbée pour attirer des partenaires dans des environnements virtuels (comme le rouge-gorge construit un mignon petit tunnel de fleurs et d'objets pour attirer la femelle dans son antre), complexité croissante des rites de rencontre, ritualisation du passage des relations électroniques aux relations physiques. Tout ne sera pas idéal, bien sûr. La fracture sexuelle séparera les privilégiés de ceux qui n'auront pas su s'adapter aux nouvelles normes de séduction. La solitude se développera, comme les psychoses de toutes sortes. Un lumpenproletariat du cul se développera, pauvre et aigri, vulgaire et peu attractif, frustre et parfois violent. Les philanthropes développeront sans doute des fondations pour venir en aide à ces malheureux, tenus à l'écart du festin sexuel qui se prépare sur le réseau. Plutôt généreux de nature, je suis d'ailleurs prêt à recueillir les dons des âmes charitables qui voudront bien m'aider dans ce type d'initiatives caritatives. Vous pouvez faire parvenir vos chèques à mon nom, au 10 rue Cavallotti, Paris 18°, sous pli discret.

La médecine trouvera également des avantages immenses dans le développement de ces technologies, comme elle a su profiter de l'aventure spatiale. Les programmes de formation sexuelle se multiplieront pour les patients atteints de troubles de l'érection et/ou de l'éjaculation. Les amants peu subtiles, adeptes du missionnaire top chrono, pourront enfin retrouver une vie harmonieuse.

Les relations de couple se trouveront bouleversées, enrichies. Plaisir et imagination pourront être décuplés. A ceux qui n'ont jamais osé demander à leur partenaire de les exciter avec des mots crus, de leur donner la fessée ou de leur uriner dessus, l'ordinateur et ses périphériques apporteront un grand réconfort. Entre sexualité épanouie et comportements pervers, la frontière deviendra ténue. Jeux de rôles, simulation de situations extrêmes (partouzes orgiaques, scarification, etc.), confusion des genres : vous aurez bien du mal à vous arrêter, et les drogués du cybersexe feront la une des journaux.

La machine deviendra votre maîtresse, une sorte de grande prêtresse SM que vous n'arriverez pas à quitter, et qui vous fera mal, souvent. Parfois, vous déposerez un baiser tendre sur la barre d'écran après avoir bien joui, comme on souffle à une maîtresse aimée un " je t'aime " essoufflé après l'avoir prise comme un cow-boy tire une pute de saloon, croupe renversée, chapeau claquant ses fesses, avec les cris qu'on utilise pour rassembler le bétail. Plus malin qu'un acteur porno, l'ordinateur apprendra peut-être à simuler des rôles, à faire la conversation avec ses utilisateurs. D'abord, il s'entraînera en répétant les formules entendues dans les films X (" oh mais tu sais que tu es bonne, toi ? "). Puis, gagnant en créativité et en audace, il gratifiera les bourgeoises des chants les plus fous, dans le plus pur style chevaleresque, honorant avec Chantale tous ses ancêtres au cri de " Montjoie ! Saint-Denis ! ".

Progressivement, nous n'utiliserons plus seulement les machines pour satisfaire nos instincts dans un rut bestial. Il sera de plus en plus question de sentiments. Un jour, le parlement étendra le PACS pour permettre à un humain de s'unir à une machine. Ce jour-là, vous vous direz que les technologies peuvent aller plus loin que les projections les plus folles : jusqu'où bits et atomes peuvent-ils se rejoindre ? D'une voix pleine d'espoir et d'amour, vous viendrez alors demander à votre site préféré : " comment fait-on pour avoir un bébé avec un robot ? ".

Kzino

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