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Les
catégories vont voler en éclats, les fantasmes vont
varier, se multiplier, s'enrichir, s'affiner. Les méga-stars
s'offriront à leur public sur l'autel de leur puissance
sexuelle, commandeurs des plaisirs et des imaginaires.
Y'aura sûrement des formules subtiles. Puisque Brad
Pitt est pudique et mal membré (à ce qu'on dit), il
sera doublé par Rocco
Siffredi dans les scènes de pénétration. Ce genre
d'association sera courant. Les utilisateurs pourront
choisir les combinaisons qu'ils veulent. Puisqu'il sera
impossible d'administrer un cunnilingus à l'avatar de
Britney Spear, ils pourront se consoler, après avoir
flirté gentiment avec la pucelle allumeuse, en bouffant
la chatte de Tabata Cash (moins pudibonde). Les minets
narcissiques pourront enfin réaliser leur rêve : faire
l'amour avec eux-mêmes. Après s'être filmé en caméra
subjective, ils se suceront ou s'enculeront, à moins
qu'ils ne choisissent de se voir en train de baiser
une bimbo, en se mettant à sa place, pour voir ce que
ça fait d'avoir la chance d'être prise en main par un
mec aussi beau.
Y'aura
pas de limites, croyez-moi. L'offre sera là, inventive,
puissante, narcotique. Y'aura tellement de fric à se
faire que les marchands repousseront toutes les limites
du cybersexe. Quand à la demande…
Bien
sûr, les phénomènes de starification seront complexes
et variés dans cet univers. Les vraies stars, par exemple,
devraient probablement veiller à ne se commettre que
dans des productions softs. Elles éditeront, à grand
renfort de publicité et de protection de la propriété
intellectuelle, des séquences de charme dont le paroxysme
consistera à embrasser sur la bouche l'utilisateur,
qui pourra effleurer (mais pas saisir), les seins lourds
et fièrement dressés sous ses yeux. Des applications-concepts
émergeront, sous la férule de designers vedettes. Elles
permettront de dormir aux côtés de Madonna, de mater
Elisabeth Guigou sous sa douche (application-concept,
on vous dit) ou de dîner aux chandelles avec Virginie
Ledoyen (on aura incorporé dans son hologramme un moteur
d'expression paramétré selon vos goûts).
La
civilisation occidentale aura repensé le concept de
la pudeur. Il ne s'appliquera plus qu'aux relations
entretenues dans le monde réel. Sur le réseau, nudité
et hédonisme seront la règle, au moins dans les espaces
réservés aux plaisirs des sens. Parmi les adeptes des
nouvelles pratiques, personne ne sera gêné de devoir
se montrer : nos corps seront retouchés, améliorés.
Nous nous présenterons amincis, musclés, bronzés, bien
proportionnés, tendus de désir et parfumés. Nous exhiberons
nos corps comme un graphiste montre sa dernière création
: avec fierté. Nos petites misères physiques resteront
notre jardin secret, cultivé dans le secret des salles
de gym et des cliniques. Evidemment, certains joueront
sur le registre inverse, par perversion ou par calcul
: il y aura toujours quelqu'un désireux de vivre une
expérience hardcore avec un type petit, moustachu et
bedonnant.
Certains
voudront tout, les odeurs et les fluides corporels,
les bruits grotesques, l'inconfort des positions vantées
dans les magazines hype, la dépression post-éjaculatoire,
et toutes ces emmerdes qui dissuadent parfois de donner
suite aux avances d'une supposée bombe dans un cocktail
chic. D'autres préféreront s'évader dans un univers
aseptisé, ouaté, confortable et facile. Un monde virtuel
où la baise atteindrait une sorte de perfection dans
son esthétique et sa pratique, avec des partenaires
d'une plastique irréprochable (retouchés avec un logiciel,
comme les photos de mode aujourd'hui), dans un environnement
haut de gamme, épuré. Nous y serons comme des coqs en
pâte, comme Pikachu égaré dans un Manga porno.

Ah ! j'entends maintenant les technophobes, peine-à-jouir,
hérauts de la proximité et défenseurs de la " vraie
vie ", conspuer cette évolution de civilisation : "
chacun s'enfermera chez soi, se réfugiera dans un monde
factice où l'amour sera facile, où plus personne ne
connaîtra son voisin de palier, où on pourra jouir sur
commande ". A ceux-là, je dis : " bein ouais, et alors
? ". Chacun fera comme il veut, voilà tout. Y'aura ceux
qui s'onaniseront dans des bars à putes virtuelles nuit
et jours, 24/24, toute l'année. Ils n'oseront pas regarder
la boulangère dans les yeux en commandant leur baguette,
mais feront subir les pires assauts au clone de Catherine
Deneuve, à chaque connexion. D'autres vivront une sexualité
épanouie, équilibrée, entre rencontres réelles plus
ou moins satisfaisantes et trips virtuels raisonnables.
L'élite socio-sexuelle aura tout, les vraies bonnes
dans des vrais salons luxueux et le top du top virtuel,
vendus à des prix exorbitants : combinaison dernier
cri + PC hyper puissant + logiciels sur-performants
+ drogues hyptoniques + programmes interactifs en 3D
vendus en série limitée : seuls les super privilégiés
pourront se taper Madonna.
D'ici
là, nous aurons eu le temps d'appréhender les enjeux
sociaux introduits par ces bouleversements de notre
sexualité. La notion d'adultère devra être repensée,
par exemple, sauf à considérer qu'une petite aventure
avec une escort
girl virtuelle située à 10 000 kilomètres suffit
à casser le pacte de fidélité.
Les
techniques de drague, bien sûr, connaîtront autant d'évolution
qu'entre le néolithique et le XX° siècle. Dans le cyberespace,
les gros lourds resteront des gros lourds, et la concurrence
sexuelle poussera les hommes comme les femmes à se montrer
inventifs, drôles, gentils, intelligents, originaux,
altruistes. Le cybersexe favorisera le développement
d'une économie du don sensoriel et sexuel. Dans cette
vaste économie du fantasme où chacun d'entre nous devra
trouver sa place, le fric ou les muscles ne pourront
suffire à attirer des partenaires, puisque les exigences
en matière d'esthétique, de comportement et de dialogue
seront très fortes. Il ne suffira pas de dire " salut,
j'ai un gros disque dur, ça te dirait de venir chez
moi ? " pour emballer sur les forums de rencontre. Mille
qualités devront être démontrées pour prétendre séduire.
La vie sociale et affective connaîtra le même type d'embellissement
que sous le joli siècle de Louis XV.
Pour
ma part, je parie sur les tendances suivantes : développement
des comportements androgynes, destructuration des profils
sexuels (multiples préférences), créativité exacerbée
pour attirer des partenaires dans des environnements
virtuels (comme le rouge-gorge construit un mignon petit
tunnel de fleurs et d'objets pour attirer la femelle
dans son antre), complexité croissante des rites de
rencontre, ritualisation du passage des relations électroniques
aux relations physiques. Tout ne sera pas idéal, bien
sûr. La fracture sexuelle séparera les privilégiés de
ceux qui n'auront pas su s'adapter aux nouvelles normes
de séduction. La solitude se développera, comme les
psychoses de toutes sortes. Un lumpenproletariat du
cul se développera, pauvre et aigri, vulgaire et peu
attractif, frustre et parfois violent. Les philanthropes
développeront sans doute des fondations pour venir en
aide à ces malheureux, tenus à l'écart du festin sexuel
qui se prépare sur le réseau. Plutôt généreux de nature,
je suis d'ailleurs prêt à recueillir les dons des âmes
charitables qui voudront bien m'aider dans ce type d'initiatives
caritatives. Vous pouvez faire parvenir vos chèques
à mon nom, au 10 rue Cavallotti, Paris 18°, sous pli
discret.
La
médecine trouvera également des avantages immenses dans
le développement de ces technologies, comme elle a su
profiter de l'aventure spatiale. Les programmes de formation
sexuelle se multiplieront pour les patients atteints
de troubles de l'érection et/ou de l'éjaculation. Les
amants peu subtiles, adeptes du missionnaire top chrono,
pourront enfin retrouver une vie harmonieuse.
Les
relations de couple se trouveront bouleversées, enrichies.
Plaisir et imagination pourront être décuplés. A ceux
qui n'ont jamais osé demander à leur partenaire de les
exciter avec des mots crus, de leur donner la fessée
ou de leur uriner dessus, l'ordinateur et ses périphériques
apporteront un grand réconfort. Entre sexualité épanouie
et comportements pervers, la frontière deviendra ténue.
Jeux de rôles, simulation de situations extrêmes (partouzes
orgiaques, scarification, etc.), confusion des genres
: vous aurez bien du mal à vous arrêter, et les drogués
du cybersexe feront la une des journaux.
La
machine deviendra votre maîtresse, une sorte de grande
prêtresse SM que vous n'arriverez pas à quitter, et
qui vous fera mal, souvent. Parfois, vous déposerez
un baiser tendre sur la barre d'écran après avoir bien
joui, comme on souffle à une maîtresse aimée un " je
t'aime " essoufflé après l'avoir prise comme un cow-boy
tire une pute de saloon, croupe renversée, chapeau claquant
ses fesses, avec les cris qu'on utilise pour rassembler
le bétail. Plus malin qu'un acteur porno, l'ordinateur
apprendra peut-être à simuler des rôles, à faire la
conversation avec ses utilisateurs. D'abord, il s'entraînera
en répétant les formules entendues dans les films X
(" oh mais tu sais que tu es bonne, toi ? "). Puis,
gagnant en créativité et en audace, il gratifiera les
bourgeoises des chants les plus fous, dans le plus pur
style chevaleresque, honorant avec Chantale tous ses
ancêtres au cri de " Montjoie ! Saint-Denis ! ".
Progressivement,
nous n'utiliserons plus seulement les machines pour
satisfaire nos instincts dans un rut bestial. Il sera
de plus en plus question de sentiments. Un jour, le
parlement étendra le PACS pour permettre à un humain
de s'unir à une machine. Ce jour-là, vous vous direz
que les technologies peuvent aller plus loin que les
projections les plus folles : jusqu'où bits et atomes
peuvent-ils se rejoindre ? D'une voix pleine d'espoir
et d'amour, vous viendrez alors demander à votre site
préféré : " comment fait-on pour avoir un bébé avec
un robot ? ".
Kzino
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/ Alors comme ça vous voulez du cul ? Le début
!
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