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Quand les technologies du cybersexe seront au point,
ce sera comme de se balader dans les rues d'une ville
et de cueillir le partenaire voulu pour vivre avec lui
une jouissance paroxystique. Sur le réseau, chacun pourra
se comporter en singe dominant ou en menthe religieuse.
Je cliquerai pour sélectionner la scène que je veux
vivre, comme en vrai, tout seul. Je dirai alors que
je veux être :
Un rasta défoncé sur une plage de Jamaïque, chevauché
par une nymphette suédoise, sentant ses dreadlocks blondes
parfumées à la camomille chatouiller mon torse, tandis
que résonne, d'un sound-system proche, le riddim du
Peaceful Dub de Sly
& Robbie. La connexion s'arrêtera quand je crierai
" Jah ! Rastafari ! ".
Un chef d'entreprise dans mon grand bureau en acajou,
en haut d'une tour, à me faire sucer par une secrétaire
siliconée derrière des vitres fumées, devant un verre
de whisky. Quand ce sera fini, elle remontera ma braguette
tandis que j'affirmerai mon autorité : " Débriefing
marketing dans dix minutes ! ".
Un jeune
romancier prometteur, signant des autographes au
Salon du Livre, pour de jeunes étudiantes en Lettres
timides et sexy, sondant d'un regard complice ma gentille
mélancolie pour me demander, à la dérobée : " Pourrions-nous
vous inviter à venir prendre un verre ? "
Ah
! je vous entends déjà, surtout les féministes coincées,
les gouines et les pédés, vous foutre de ma gueule,
m'insulter, préparer vos mails vengeurs : " connard
d'hétéro de merde de sale petit con tout mou tu me fais
pitié avec tes fantasmes de beauf à deux balles va plutôt
te branler derrière l'église comme toto ". Attendez
! Ne vous énervez pas ! Y'en aura pour tout le monde
! … du pay-per-sex vachement bien organisé, pléthorique,
inventif, facile à gérer, avec une base de données,
un moteur de recherche bien foutu, un Google du cul
où il suffira de taper " branlette
espagnole " pour que le serveur vous présente des
milliers de films interactifs, toutes les variantes,
les décors, les paires de seins possibles, imaginables,
éjaculation sur le buste, dans les cheveux, la bouche,
partout. Dans les bonnes maisons, sur les sites respectables,
la seule limite à vos fantasmes sera fixée par la loi.
Pédophilie, zoophilie, hard-core immonde seront interdits,
sévèrement punis. La Police débarquera chez tous ceux
qui taperont les mots interdits dans les moteurs de
recherche.
Une
vie ne suffira pas à épuiser tous les plaisirs de la
chair offerts par les nouvelles technologies dans le
cadre de relations sociales repensées de fond en comble.
Chacun pourra proposer sur le réseau, gratuitement ou
contre subsides, une expérience interactive dérivée
de ses propres expériences, sur son site personnel ou
sur des portails prévus à cet effet. Catherine, 39 ans,
Directrice marketing chez Disney, mariée, trois enfants,
vivant au Vésinet, pourra s'offrir en toute tranquillité
l'expérience d'un viol collectif dans un parking d'une
banlieue vraiment chaude. Une beurette lui aura vendu
pour pas cher ce petit film amateur remastérisé en studio
pour être compatible avec les combinaisons Xtremeskin
(" Avec Xtremeskin, sentez toutes les sensations, jusqu'au
plus profond de votre être. "). Les pédés refoulés achèteront
anonymement une expérience de sodomie soft (grâce au
Rectaltronics),
puis deviendront bien vite accros, finissant sens dessus
dessous dans des gang-bang restitués avec un luxe de
détails à rendre jaloux les chouchous des meilleurs
saunas stambouliotes. Il deviendra même possible de
faire l'amour avec des chimères. Succès assuré. Qui
n'a jamais rêvé de se taper un centaure ?

Les
stars, bien sûr, et tous ceux que la nature a doté d'un
attribut ou d'une qualité remarquables (sexe énorme,
endurance, éloquence, imagination, etc.) seront les
vedettes de ces jeux. Plutôt que de s'épuiser dans les
émissions de télévision karaokesques, les starlettes
condamnées à l'insuccès se reconvertiront dans le cybersexe,
commercialisant des séquences à faire défaillir le mâle
de base. Cachou
atteindra enfin la gloire qu'elle mérite. Toujours menacées
par la concurrence, les cyberbabes seront poussées à
aller toujours plus loin dans leurs productions. Imaginez
le software interactif de la nuit de noces de Pamela
Anderson : vous ne verrez pas Tommy Lee en train de
se faire sucer par Pamela, vous serez Tommy Lee en train
de sentir et de voir Pamela vous sucer. Drôle d'effet,
non ?
Certains
producteurs auront sans doute l'idée de faire revivre
des personnages disparus, sex-symboles, stars à la sexualité
ambiguë et autres constructions fantasmatiques : Bowie
offrira en téléchargement sur son site un opéra rock
porno interactif dans lequel Ziggy animera des trips
orgiaques pour fans hystériques ; les nostalgiques de
Cloclo pourront s'amuser à introduire toutes sortes
d'objets dans le fondement de la star défunte ; Jim
Morrison se laissera déshabiller, caresser et embrasser
en s'enroulant langoureusement dans les draps pour murmurer
" I am the king Lezard " ; James Dean servira de défouloir
aux pédés cuir et clou ; Marilyn demandera juste un
peu de tendresse.
Les
catégories vont voler en éclats...
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