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Le Fantasmotron

Forward to cybersex / 2
Technologies orgasmiques pour aventuriers sexuels


Sans entrer dans le détail, voici les principaux axes de recherche et développement dans l'industrie du X :

Tournages en caméra subjective. Le problème avec la plupart des films porno, c'est que le processus d'identification aux protagonistes ne fonctionne pas, parce que les scènes sont montrées de telle sorte que le spectateur est cantonné dans la posture de l'observateur extérieur, ne prenant pas part à la scène. Heureusement, le développement des tournages en caméra subjective permet de résoudre peu à peu cette exclusion. La miniaturisation des caméras et le perfectionnement des studios de montage ouvrent de nouvelles perspectives à la réalisation de supports vidéos interactifs. Et la caméra subjective, ça change la vie : plutôt que de voir un garçon boucher se faire pomper le dard (avec gros plan sur sa tronche suintante), l'action sera centrée sur le protagoniste qui concentre notre attention (la cliente du garçon boucher, passée avec lui dans l'arrière-boutique pour un prétexte fallacieux). Mieux : les mouvements de l'héroïne donneront l'impression de s'organiser autour de notre propre vie/vit.

Développement d'univers de réalité virtuelle. A mesure que s'améliorent les débits du réseau, la puissance de calcul des PC et les fonctionnalités des logiciels, la réalité virtuelle gagne en qualité, en puissance et en précision. Bientôt, la reproduction d'un salon sera suffisamment fidèle pour que l'utilisateur se laisse glisser dans l'excitante torpeur des espaces virtuels, sans avoir l'impression d'être invité dans une partouze cubiste. Et les copines virtuelles ne seront plus obligées de se balader avec des seins carrés.

Mise au point de combinaisons sensorielles interactives. En latex, en caoutchouc ou en matériaux composites, ces combinaisons comporteront de multiples dispositifs pour stimuler son utilisateur. Caresses, griffures, pénétration, masturbation, chaud, froid, humidité, chatouilles : dans cinq à dix ans, la plupart des sensations pourront être produites par ces combinaisons commandables à distance. Déjà, la Cybersuit de Vivid, en vente pour 169 dollars, permet à l'utilisateur masculin de profiter de 27 stimulateurs de zones érogènes. Comme d'habitude, la tenue pour dame coûte un peu plus cher (189 dollars), mais il est vrai qu'elle comporte 36 stimulateurs (c'est à ce genre de détails qu'on reconnaît la supériorité des femmes). Quant au logiciel de pilotage, il est livré sur DVD au prix de 39.99 dollars. Son fonctionnement est, selon ses concepteurs, d'une simplicité enfantine (façon de parler) : "Aussi facile que d'envoyer un e-mail" affirme la pub. Attention tout de même à ne pas envoyer de pièces jointes vérolées.

Hologrammes. Face au développement de la réalité virtuelle, certains parient sur l'essor conjoint de la "réalité augmentée", qui consiste à introduire dans le vrai monde des éléments produits par des dispositifs multimédias (décors, personnages, repères, etc.). Les hologrammes, notamment, peupleront progressivement nos salons et nos chambres, pour servir nos désirs (strip-tease, ligotage, etc.). Pied total en perspectives pour les mateurs.

Avatars. Dans les mondes virtuels, des personnages fictifs animeront nos histoires. Ces créations logicielles correspondront parfois à une reproduction fidèle de nous-mêmes, parfois à un alter ego amélioré, selon l'effet que nous souhaiterons produire. Nous aurons plusieurs avatars chacun, comme nous multiplions aujourd'hui nos adresses mail, en fonction des usages que nous leur assignons. Nos avatars seront dotés d'une certaine autonomie - selon nos vœux - et mèneront toutes sortes de tâches pour nous servir : certains humains demanderont à leur agent logiciel de surveiller constamment les forums chauds, pour ne pas prendre le risque de rater une rencontre. Les exhibitionnistes offriront sur leur site leur avatar en pâture aux mateurs. Les hypomanes manieront en parallèle plus d'une dizaine d'avatars, qui les représenteront dans des vidéoconférences professionnelles ou feront à leur place les courses sur Ooshop tandis que leur maître ira s'amuser dans quelque forum libertin.

Mécanismes à retour d'effort. Sur le modèle des joysticks les plus évolués, les combinaisons, les gants, les godes électroniques et autres cyberdildonics seront de plus en plus sophistiqués, afin que les sensations produites soient le plus proche possible de la réalité. Pour cela, leur texture mais aussi leurs capacités kinesthésiques vont considérablement s'améliorer. Autrement dit, vous sentirez une bite se durcir sous vos doigts, les fesses de votre partenaire heurter vos cuisses, et bien plus. Il existe déjà des souris sensibles, commercialisées notamment par Logitech. Au-delà, des entreprises comme Immersion prépare des technologies qui permettront de sentir toutes sortes de matières, d'espaces, de volumes, de formes. Attention au réglage, toutefois : se prendre une bite virtuelle dans l'œil pourrait s'avérer douloureux.

Parfums virtuels. Dématérialiser des odeurs pour les restituer dans le cadre d'un programme de cybersexe, ça paraît compliqué, mais c'est finalement assez simple à organiser. Un diffuseur connecté à votre PC pourra comporter jusqu'à 30 000 ambiances olfactives, des plus romantiques (embruns, herbe coupée, cuir) aux plus trash (urine, sueur, etc.). Une société, Digiscents, travaille déjà - et avec quelque succès - au développement de ces produits.

Association de drogues chimiques et de dispositifs électroniques. Pour rendre la simulation parfaite et pour décupler le plaisir éprouvé, toutes sortes de substances seront proposées aux amateurs de cybersexe. Les cocktails electro-chimiques permettront de vivre des expériences hors du commun. Ce type d'association est inéluctable : l'informatique en réseau et les nouveaux modes de sociabilité ne pourront pas se développer sans un essor conjoint des psychotropes de toutes sortes : cannabis, amphétamines, LSD, poppers, ecstasy, peyotl, champignons hallucinogènes, opiacés, mille autres substances encore. Pour vivre des trips parfaits, sans descente brutale, sans effets secondaires pour la santé, nous progresserons de façon fantastique dans la maîtrise des sciences cognitives. Nous modifierons à volonté notre état de conscience, nous agirons sur notre métabolisme et sur nos productions hormonales. Les frontières entre la vie réelle et les univers virtuels seront de plus en plus poreuses, car nous vivrons nos vies complexes et multiformes en agissant de manière subtile sur nos perceptions et nos sensations, nos souvenirs et notre imagination.

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Ce petit tour d'horizon permet d'imaginer dans quel état nous mettront les technologies du cybersexe quand elles seront prêtes. En somme, ces dispositifs progressent dans toutes les directions. Le toucher, la vue, l'ouïe, l'odorat et le goût sont concernés.

Bientôt, tous les schémas relationnels seront permis, avec un degré de qualité dans l'illusion inimaginable aujourd'hui. Faire l'amour seul, avec un logiciel ou en vidéocommunication avec son partenaire, dans des combinaisons permettant l'action physique sur l'autre, des rencontres avec des partenaires occasionnels sur le réseau, des amis, des coups d'un soir, des personnages atypiques. Parfois, vous ferez l'amour avec un correspondant dont vous ne saurez pas s'il est l'avatar d'une personne réelle ou une pure création logicielle. Il faudra sans doute se protéger contre les pervers et les manipulateurs, qui iront à la rencontre de partenaires pour enregistrer des séquences hard qu'ils revendront ensuite sur le marché parallèle : "Salopes filmées secrètement !".

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