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Le Fantasmotron

Forward to cybersex / 1
De la nullité des
supports existants


L'avenir du sexe en ligne me semble tout tracé. Pas besoin d'études de marché, d'analyses stratégiques ou de matrices marketing pour cerner l'enjeu. Dans une société hyper-sexuée mais bourrée de phobies, le cybersexe ne peut que cartonner. Chacun trouvera un moyen d'exploiter à bon compte les usages naissants, même ceux qui ne goûtent pas encore les plaisirs électroniques. Pour un jeune homme sain comme moi, par exemple, le plus excitant, c'est surtout de penser à toutes ces nanas qui se masturbent devant les sites pornos, les magazines, les films et tutti quanti. J'aimerais bien en rencontrer quelques-unes, je les imagine belles et lascives, libérées et exigeantes, cérébrales et volontiers salopes. L'émotion m'étreint rien que d'y penser.

Attention, quand je parle de cybersexe, je ne parle pas de la multitude de sites plus ou moins glauques déjà disponibles sur le réseau. Pseudo portails aux mille promesses, sites persos d'exhibitionnistes aussi nuls en orthographe qu'en design, films de mauvaise qualité, forums peuplés de tristes sires qu'on dirait sortis d'un roman de Houellebecq, applications débilo-trash en tous genres, couleurs criardes, chatte béante en gif animé, hot hot hot viens-me-baiser-j'aime-sucer.

Le problème ne se limite d'ailleurs pas au Web. Nous pouvons affirmer sans crainte d'être démentis que, globalement, les supports et les contenus existants dans l'industrie du porno sont nuls. Ici ou là, évidemment, on peut trouver en cherchant bien une revue érotique haut de gamme, une excitante encyclopédie des fantasmes, des galeries de photos carrément bandantes, une superbe blonde. Le problème, c'est qu'on tombe la plupart du temps sur des services de très mauvaise qualité, rappelant les étals malodorants des poissonniers les moins scrupuleux, ou reproduisant les ghettos communautaires (vous voulez une brune, une rousse, une asiatique, une femme entre deux âges, une adolescente, une "fat and sexy" ?). Du coup, le jeu perd de sa saveur. Et encore, ces classifications ne constituent pas le pire travers des sites porno. Comme les films, ceux-ci souffrent surtout d'une mise en scène défaillante, de décors approximatifs et de dialogues souvent pauvres.

L'autre jour, scotché devant ma télé câblée, porté aux limites de la conscience par l'absorption des substances sans lesquelles l'abandon à la télévision n'est pas possible, je tombai sur cette chaîne d'une médiocrité à pleurer, XXL. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit d'une chaîne qui parle de bagnoles dans la journée, et de cul la nuit. Là, sous mes yeux ébahis, un pilote d'hélicoptère prenait par derrière et contre l'hélicoptère une demi-belle à la peau flasque habillée d'un uniforme kaki. Le pilote n'avait pas pris le soin de retirer le casque intégral qui cachait son visage, sans doute pour signifier que son désir était trop ardent pour que sa résolution ne puisse être différée d'une minute. La demi-belle ne s'en formalisait pas puisque, comme elle nous l'apprit dans un râle rauque, c'était sa bite qu'elle voulait. Même en forçant, il me fut impossible d'utiliser ce stimulus audio-visuel pour me livrer à ce petit exercice solitaire que la scène semblait favoriser.

Pour le dire autrement, faut être particulièrement indulgent, niais ou pervers pour jouir des médiocres nourritures fantasmatiques servies par la presse spécialisée, les cyber-maques et autres producteurs prognathes, fussent-ils candidats aux Hots d'or. Va falloir que ça change, et fissa ! Bien sûr, y'a du boulot. Mais, globalement, j'vois pas l'intérêt d'aller se faire chier sur Mars si déjà on n'est pas capable d'organiser des services pornos qui tiennent à peu près la route. C'est pas la peine d'aller terraformer des planètes hostiles tant qu'on aura pas réglé la misère sexuelle qui règne sur cette pauvre Terre. Heureusement, les pistes ne manquent pas : il faut cloner les bonnes meufs et les meilleurs étalons, améliorer les technologies et les interfaces homme-femme-machine, créer des écoles de formation aux métiers de la baise en ligne, subventionner à gogo tout ce que la France compte de talents pour relever le niveau des scénarios, des dialogues, des mises en scène et des tournages. Peut-être devrons-nous aussi nous résoudre, enfin, à financer un plan de restructuration de l'industrie du X - comme l'Etat le fit pour la sidérurgie ou les chantiers navals.

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