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Références

HyperNietzsche. Modèle d'un hypertexte savant sur Internet pour la recherche en sciences humaines. Questions philosophiques, problèmes juridiques, outils informatiques. Sous la direction de Paolo d'Iorio.
Avec des textes de Philippe Amblard, Marco Brusotti, Philippe Chevet, Paolo d'Iorio, Inga Gerike, Mathie Kessler, Jean-Vincent Loddo.
Le texte est disponible en ligne à cette adresse.

Sur Internet

Nietzsche sur Internet L'observation des collaborations médiatisées par ordinateurs dans les sciences de l'érudition. P. D'Iorio. W. A. Turner.

 

Sciences-humaines, Hypertextualité, HyperNietzsche


"At first, we thought we could create an electronic space, throw everything into it, and leave the readers to sort it out. Then we learned that no one would read a book on a computer screen or wrestle through heaps of printouts. Now we face the possibility of supplementing the traditionnal book with electronic publications specifically designed for certain purposes and publics."

Robert Darnton, "The New Age of Book"
in New York Review of Book, Archives, March 18, 1999.

Depuis ce pavé dans la mare lancé en mars 1999 par l'historien américain Robert Darnton (voir article du Monde, "Le Net : second souffle pour les sciences humaines ?", jeudi 27 mai 1999), les éditeurs de sciences humaines avancent à pas mesurés dans la révolution du livre électronique. Peu encore ont pris le parti de mettre à disposition, via Internet, les textes qu'ils publient, qu'il s'agisse de références pour les étudiants de tout poil, ou de gloses universitaires à destination d'un public restreint. L'expérience restait donc à tenter et le département Écritures électroniques des Presses Universitaires de France accueille ce pari via l'un de ses ouvrages depuis octobre 2000 : le projet s'appelle HyperNietzsche, Modèle d'un hypertexte savant sur Internet pour la recherche en sciences humaines. Questions philosophiques, problèmes juridiques, outils informatiques. Son maître d'œuvre se nomme Paolo d'Iorio, il est chercheur à l'Institut des Textes et Manuscrits modernes du CNRS. Outre le côté anecdotique de la chose (le lancement du projet est lié à la célébration du centenaire de la mort de Nietzsche), l'expérience a le mérite de poser un certain nombre de questions laissées volontiers en suspens par beaucoup d'éditeurs "papier" confrontés à la montée du numérique. Puis de proposer ses solutions pour un subtil mariage entre diffusion de la connaissance et utilisation des nouveaux moyens mis à notre disposition sur le réseau depuis une dizaine d'années.

"Peut-on utiliser Internet pour la recherche en sciences humaines, en particulier pour établir, commenter, analyser les grands textes de la tradition littéraire et philosophique ?" Oui, répond Pablo d'Iorio, en élaborant un modèle d'hypertexte savant, "capable de constituer un outil de recherche, d'édition et de communication pour la communauté des spécialistes" ("Nietzsche Open Source", in HyperNietzsche, Paris, PUF 2000). Soit en instaurant sur Internet une plate-forme laboratoire, capable de rassembler en un même lieu et en même temps œuvres et/ou manuscrits de l'auteur en question (Nietzsche dans le cas présent, mais le système vaut pour tous les auteurs de notre patrimoine dont l'œuvre se prête à un tel projet), ainsi que tous les livres critiques, articles de référence, derniers articles ou thèses en date "validés" par la communauté des spécialistes du sujet, hier, aujourd'hui, demain. Au fondement de ce modèle, une nouvelle approche de la diffusion des connaissances en sciences humaines, proche de l'esprit libertaire lié à la gratuité prônée par Internet, une nouvelle philosophie dite Open Source, selon laquelle chacun peut consulter librement les œuvres et les archives d'un auteur, sans se les approprier au nom d'une quelconque exclusivité ; et peut aussi bien publier librement sur le web ses écrits sur le sujet, sans réclamer de droit d'auteur au sens classique de l'édition papier.

Les avantages d'un tel projet sont innombrables : l'exhaustivité tout d'abord, pour l'internaute comme pour le chercheur. L'internaute féru de Nietzsche se connecte sur un unique site et dispose à la seconde de tout ce qui s'est dit hier et s'écrit encore aujourd'hui sur l'auteur, sans risquer de se perdre sur Internet. HyperNietzsche lui garantit en outre la qualité des textes qu'il consulte, ceux-ci ayant été, lorsqu'il s'agit d'écrits récents, drastiquement validés par la communauté des spécialistes de Nietzsche participant au projet. Gain de temps donc, mais aussi pérennité du projet par rapport à ce que proposerait une édition en librairie de ces textes. Une fois en ligne, un texte reconnu "d'utilité publique" par les chercheurs d'HyperNietzsche reste disponible "à vie", sans risque de disparaître du rayon sciences humaines 6 mois après sa parution. Le projet n'a pas pour vocation de s'arrêter, il s'enrichit au contraire à tout instant des nouvelles propositions d'auteurs ou de chercheurs toujours soucieux de mettre à la disposition du plus grand nombre le dernier état de leurs recherches, afin d'obtenir validation et reconnaissance par leurs pairs. D'autres avantages, de taille, sont à signaler : possible traduction en toutes langues des textes proposés, impression à la demande à faible coût, mise en place de forums sur des thèmes particuliers, conservation des textes originaux / papier en lieu sûr... Autant de moyens dont HyperNietzsche dispose et que l'édition en sciences humaines ne réunit pas ou difficilement, faute de souplesse et de réactivité.

Quid du droit d'auteur dans ce projet ? En conformité avec la philosophie Open Source décrite plus haut, le droit d'auteur est moins de mise que le copyleft, déjà en place chez les utilisateurs de logiciels ou les mélomanes napstérisés. Dans ce cadre, il s'agit donc moins de préserver à l'auteur une totale maîtrise de son œuvre que de rendre possible la libre distribution de son œuvre, comme il s'agit pour les logiciels non plus de les copier librement mais de laisser à disposition des internautes copie ou modifications afin de former un fonds commun où puiseront les créateurs de logiciels. La diffusion du contenu intellectuel étant à ce stage plus importante que la protection de la forme ou du support, le copyleft apparaît donc comme une nouvelle forme juridique plus adaptée aux exigences des chercheurs.

Reste donc à cette belle idée d'HyperNietzsche de prendre forme et de fédérer autour d'elle la bibliothèque virtuelle des passionnés de Nietzsche, et d'autres bibliothèques encore, liées à d'autres auteurs, pour favoriser, pourquoi pas, une nouvelle forme de recherche interactive entre chacun de ces hypers moteurs.

Hélène Sérère

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