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La toile héberge depuis trois ans une galerie de photographies
en forme de labyrinthe. Elise, photographe et auteur
multimédia, et Antoine, développeur web, ont associé
leurs compétences et leur imagination pour lancer labyrinthe,
une galerie toute en ramifications.
Le
visiteur de galeries est paresseux. Après avoir passé
la porte, il arpente nonchalamment les couloirs du lieu
et parcoure ses cimaises en suivant un itinéraire balisé
à l'avance. Un peu en retrait ou le nez collé sur les
images, il longe les murs. Que dire de la majorité des
galeries photos qui sont sur l'Internet sinon qu'elles
sont trop souvent une reproduction de ce mode d'exposition.
De clic en clic, le visiteur, internaute à ses heures,
suit un parcours scénarisé sur un mode linéaire. Et
pourtant… parmi quelques autres, le site d'Elise et
Antoine revisite depuis 1999, cette image simpliste
des galeries sur l'Internet. Passé la page d'accueil,
une image paysagère, que la souris peut animer, découvre
au visiteur des hôtes aux silhouettes étranges affublées
de légendes énigmatiques : "passons au salon", "to be
or not…", "je suis la fatalité", "où est la rue ?".
De là s'offrent au visiteur des itinéraires construits
comme des errances.
Il
y a la rue, la mer, des intérieurs. Sans deviner leur
cohérence, le visiteur se promène, d'histoire en histoire
au travers des images et de leurs animations. Conçue
totalement en javascript, pour être visitée simplement
par tous, cette galerie de photographies est remplie
d'astuces qui sont autant d'itinéraires nouveaux à découvrir
: apparition-disparition de personnages qu'il est possible
de fixer sur l'écran avec la souris ; fenêtre volante
qui détaille la vague d'une image de bord de mer ; zoom
sur la publicité d'une photographie d'arrêt de bus ;
clic sur le panneau d'un carrefour pour aller rejoindre
des pêcheurs à Saint Malo ; roll over sur un immeuble
dont les fenêtres s'ouvrent et se referment… Il y a
aussi les légendes, successivement drôles, interrogatives
ou suspensives : "où va celle-là ?", "Je préfère
prendre le bus", "A la GayPride", "Un peu d'air…".
Il
y a, c'est certain, de la littérature dans cette bibliothèque
d'images remplie de fictions. En exergue de cette exposition
surprenante, le visiteur pourrait se laisser guider
par les premiers mots qui ouvrent La Bibliothèque
de Babel de Borges : "L'univers (que d'autres appellent
la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini et
peut-être infini de galeries hexagonales, avec au centre
de vastes fonds d'aération bordés par des balustrades
basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages
intérieurs et supérieurs, interminablement." Il est
ainsi facile de se perdre dans ce labyrinthe imaginaire
même si il est possible d'en reconnaître certaines allées
: La Défense, Saint-denis, la Bretagne, etc. Le visiteur
ne s'y arrêtera pas cependant car cette errance imagée
se passe de tout repère.
Au-delà
de la poésie ludique qui se dégage de ce site, il y
a une réflexion très intéressante sur la photographie
et ses modes d'exposition et sur la manière dont ceux-ci
peuvent influer sur la perception du monde qu'elle est
censée représenter. Plus encore, ce site est progressivement
devenu un concept que ces auteurs aimeraient pouvoir
rapidement décliner sur d'autres contenus en le proposant
notamment à des sites d'information où il pourrait mêler,
plus encore, le texte et l'image.
Claudia
Mélin
Visiter le site www.inversible.net/labyrinthe/
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