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problème : avec largent qui vous reste,
vous achetez un spot télé qui passera à la mi-temps du Superbowl (votre directeur marketing, déguisé en
mascotte canine, fera fureur en se dandinant sur une musique trash).
Trois jours après, vous recevez les financiers, béats devant vos courbes daudience. Le chèque est signé. Vous pouvez payer les salaires, et
même embaucher de nouvelles personnes (une assistante pour votre secrétaire, par exemple, elle le mérite bien).
Vous voilà tranquille pour six mois. Peu importe
que laudience retombe comme un soufflé mal cuit après (les ados ont compris que votre site était destiné à la vente de bouffe pour chiens, et non à la promotion
dun nouveau groupe grunge distribuant gratuitement ses MP3 sur le réseau). Après le deuxième tour, yen aura un troisième, puis lentrée en bourse. Le tout est de
tenir jusque là (= trouver dautres astuces pour entretenir le buzz). Vous pourrez alors vendre vos actions, toucher des kilos-tunes, choper des meufs de rêve et
partir en vacances dans votre villa mexicaine à bord dun hélico flambant neuf. Merci mon chien.
La bulle, finalement, nest rien dautre quun phénomène de sur-valorisation de sociétés ne dégageant ni profit, ni chiffre daffaires significatif. La sphère financière,
déconnectée de la sphère économique, prend son autonomie, gonfle en fonction des promesses entretenues et sous leffet des nouveaux arrivants (les cyber-gogos
voulant absolument avoir leur part dun gâteau déjà bien entamé).
Evidemment, une bulle, ça se dégonfle.
Schématiquement, ça sest passé comme ça :
*
Dès janvier 2000, bug du millénium évité et champagne digéré, les pouvoirs publics américains comment à sinquiéter sérieusement dune surchauffe, craignant une
dérive inflationniste. Il est vrai que, au cours du dernier trimestre 99, les valeurs Web ont progressé à un rythme de folie. Greenspan, le patron de la FED, la banque
centrale américaine, lance quelques messages alarmistes, et relève les taux dintérêt américain. Les investisseurs commencent à douter, et songe à se replier sur des
placements plus sûrs.
*
Les entreprises de la Net économie publient, en mars, leurs résultats annuels. On découvre que la plupart nont pas rempli leurs objectifs, quelles creusent leurs
pertes, quelles maquillent les comptes pour exciter les petits porteurs. Les commissaires aux comptes et lautorité de contrôle des bourses américaines (la SEC)
froncent les sourcils, haussent le ton et mettent en cause plusieurs entreprises, pour lexemple. Les investisseurs et les observateurs apprennent ainsi que des sociétés
comme Peapod, CDnow ou DrKoop sont en faillite virtuelle : ya plus dargent dans les caisses, et toujours pas de revenus.
* Les salons et les dîners en ville bruissent de rumeurs, davertissements et de prophéties alarmistes. « Ça va péter ! » ; « cest du délire » ; « je ne suis pas sûr que
Toutpourmontoutou.com vaille 10 milliards de francs ». Les investisseurs institutionnels revendent discrètement leurs titres pour empocher leurs plus-values, cédant
ainsi la place aux petits porteurs, moins informés et aveuglés par les discours idylliques de la presse. Les médias continuent à relayer complaisamment les messages
mégalos des patrons de start-up, icônes modernes plus présentables que les vainqueurs du loto. La volatilité des valeurs Internet saccroît en conséquence, le «
flottant » (part dactions publiques) détenu par les particuliers étant à présent majoritaire dans le capital des start-up cotées en bourse. En cas de panique, leurs
cours peut désormais chuter du jour au lendemain, sous leffet des comportements moutonniers (tout le monde veut vendre en même temps quand les cours montrent
des signes de faiblesse).
* Des scandales apparaissent. Lopinion publique se retourne, désormais convaincue que lInternet et tous ces nouveaux trucs, cest pas sérieux. La patronne de
World Online, Nina Brink est clouée au pilori pour des bidouillages pas très catholiques. Derrière les Webzines indépendants (Ornitho,
Scarabée, Menteur, etc.),
initiateurs de salves bien senties contre les friconautes, un discours déconstructiviste prend forme. Ce changement de ton, extrêmement rapide, donne lieu à des
comportements schizophrènes dans les médias et les milieux économiques. Libé, par exemple, sautorise dans un même numéro à flatter les cadors de la Net
économie et à critiquer leurs excès.
* Mi-avril, le Nasdaq plonge, victime de coïncidences préjudiciables. La chute du titre Microsoft (suite au procès en cours) entraîne à la baisse les autres valeurs
hi-tech. Les marchés européens, qui singent le grand-frère yankee, plongent à leur tour.
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Pendant quelques jours, et jusquà ce « lundi gris
» (17 avril), on redoute le pire. Krach ou pas krach ? Le débat est sémantique, économique,
philosophique. Les vieux cons, emmenés par lincrevable Jean-Pierre Gaillard, exultent : « on
lavait bien dit que ça finirait mal ! ».
Les fondamentaux sont
bons
Le pire est passé, semble-t-il. Les investisseurs, les entrepreneurs et les observateurs se veulent désormais rassurants. « Il sagit dune correction, pas dun krach ».
Jaime bien le terme correction. Ça fait sérieux, technique, tout en connotant la fessée donnée à un gamin turbulent. Une correction, ça veut dire quon sest trompé
(sur la valorisation des entreprises de la Net économie), mais que cest pas grave : on sest rattrapés à temps. Tant pis pour les petits porteurs, cocus du marché (et
toujours les derniers à découvrir quils le sont), et les soutiers du Web, convaincus quils allaient faire fortune avec leurs stock-options. Amis webmestres,
programmeurs, designers, intégrateurs HTML, journalistes multimédias, tous soutiers du Web et ouvriers sacrifiés de la révolution numérique, croyez-nous : arrêtez
de pleurer pour avoir des stock-options, demandez des avantages en nature ! (BMW décapotable ou remboursement de carte orange selon votre pouvoir de
négociation et létat financier de la boîte qui vous emploie). Il paraît que lambiance est morose dans les start-up qui ont subi la déculottée boursière. Nexagérons
pas : on a quand même évité les pendus en haut des tours de la Défense (ou dans le Silicon Sentier) et les bandes de chômeurs désuvrés parcourant un pays
désolé (façon Steinbeck). Les fondamentaux sont bons, comme on dit, et chacun peut reprendre sa route, en sachant désormais quelle est sa vraie place
(salarié/patron/banquier/consommateur). La croissance mondiale va bien, lInternet connaît un développement continu et réel, linflation est bien matée, etc.
Laventure continue, donc, sur des bases supposées plus saines
(à suivre)
KZ

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