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« Chez Kasskooye.com, nous on incube de père en fils depuis trois générations. »

Le site Kasskooye.net, pastiche hilarant des start-up arrogantes.

« Y’a des matins, j’en ai ras la dotcom »

Le coup de spleen et de gueule du patron d’Imaginet, Patrick Robin, sur le JDN (12 avril)

« Les moutons rêvent-ils d'argent
virtuel ? »

Dernier édito d’une série d’articles méchants contre les « friconautes », par Erwan, webmestre de l’ornitho (fine plume et lecteur de Philip K. Dick, manifestement !).

 

 

 

 

 

 

Le Web résiste au Krach-test (2)

Le Web résiste au Krach-test / 1ère partie ... et la bulle se gonfla
Un exemple. Vous êtes le patron de Ilikemydog.com. Vous avez claqué tout l’argent levé lors du « premier tour » (= premier tour de table concédé par des investisseurs), sans retenue ni regrets (la salle de flippers installée pour les informaticiens vous a valu un joli succès dans les dîners en ville). Il vous faut maintenant négocier habilement votre « deuxième tour » (= les investisseurs remettent au pot, en fonction de vos résultats). Aucun

problème : avec l’argent qui vous reste, vous achetez un spot télé qui passera à la mi-temps du Superbowl (votre directeur marketing, déguisé en mascotte canine, fera fureur en se dandinant sur une musique trash). Trois jours après, vous recevez les financiers, béats devant vos courbes d’audience. Le chèque est signé. Vous pouvez payer les salaires, et même embaucher de nouvelles personnes (une assistante pour votre secrétaire, par exemple, elle le mérite bien). Vous voilà tranquille pour six mois. Peu importe que l’audience retombe comme un soufflé mal cuit après (les ados ont compris que votre site était destiné à la vente de bouffe pour chiens, et non à la promotion d’un nouveau groupe grunge distribuant gratuitement ses MP3 sur le réseau). Après le deuxième tour, y’en aura un troisième, puis l’entrée en bourse. Le tout est de tenir jusque là (= trouver d’autres astuces pour entretenir le buzz). Vous pourrez alors vendre vos actions, toucher des kilos-tunes, choper des meufs de rêve et partir en vacances dans votre villa mexicaine à bord d’un hélico flambant neuf. Merci mon chien.

La bulle, finalement, n’est rien d’autre qu’un phénomène de sur-valorisation de sociétés ne dégageant ni profit, ni chiffre d’affaires significatif. La sphère financière, déconnectée de la sphère économique, prend son autonomie, gonfle en fonction des promesses entretenues et sous l’effet des nouveaux arrivants (les cyber-gogos 
voulant absolument avoir leur part d’un gâteau déjà bien entamé).

Evidemment, une bulle, ça se dégonfle. Schématiquement, ça s’est passé comme ça :

* Dès janvier 2000, bug du millénium évité et champagne digéré, les pouvoirs publics américains comment à s’inquiéter sérieusement d’une surchauffe, craignant une dérive inflationniste. Il est vrai que, au cours du dernier trimestre 99, les valeurs Web ont progressé à un rythme de folie. Greenspan, le patron de la FED, la banque centrale américaine, lance quelques messages alarmistes, et relève les taux d’intérêt américain. Les investisseurs commencent à douter, et songe à se replier sur des placements plus sûrs.

* Les entreprises de la Net économie publient, en mars, leurs résultats annuels. On découvre que la plupart n’ont pas rempli leurs objectifs, qu’elles creusent leurs pertes, qu’elles maquillent les comptes pour exciter les petits porteurs. Les commissaires aux comptes et l’autorité de contrôle des bourses américaines (la SEC) froncent les sourcils, haussent le ton et mettent en cause plusieurs entreprises, pour l’exemple. Les investisseurs et les observateurs apprennent ainsi que des sociétés comme Peapod, CDnow ou DrKoop sont en faillite virtuelle : y’a plus d’argent dans les caisses, et toujours pas de revenus.

* Les salons et les dîners en ville bruissent de rumeurs, d’avertissements et de prophéties alarmistes. « Ça va péter ! » ; « c’est du délire » ; « je ne suis pas sûr que Toutpourmontoutou.com vaille 10 milliards de francs ». Les investisseurs institutionnels revendent discrètement leurs titres pour empocher leurs plus-values, cédant ainsi la place aux petits porteurs, moins informés et aveuglés par les discours idylliques de la presse. Les médias continuent à relayer complaisamment les messages mégalos des patrons de start-up, icônes modernes plus présentables que les vainqueurs du loto. La volatilité des valeurs Internet s’accroît en conséquence, le «  flottant » (part d’actions publiques) détenu par les particuliers étant à présent majoritaire dans le capital des start-up cotées en bourse. En cas de panique, leurs cours peut désormais chuter du jour au lendemain, sous l’effet des comportements moutonniers (tout le monde veut vendre en même temps quand les cours montrent des signes de faiblesse).

* Des scandales apparaissent. L’opinion publique se retourne, désormais convaincue que l’Internet et tous ces nouveaux trucs, c’est pas sérieux. La patronne de World Online, Nina Brink est clouée au pilori pour des bidouillages pas très catholiques. Derrière les Webzines indépendants (Ornitho, Scarabée, Menteur, etc.), initiateurs de salves bien senties contre les friconautes, un discours déconstructiviste prend forme. Ce changement de ton, extrêmement rapide, donne lieu à des comportements schizophrènes dans les médias et les milieux économiques. Libé, par exemple, s’autorise dans un même numéro à flatter les cadors de la Net économie et à critiquer leurs excès.

* Mi-avril, le Nasdaq plonge, victime de coïncidences préjudiciables. La chute du titre Microsoft (suite au procès en cours) entraîne à la baisse les autres valeurs hi-tech. Les marchés européens, qui singent le grand-frère yankee, plongent à leur tour.

* Pendant quelques jours, et jusqu’à ce « lundi gris » (17 avril), on redoute le pire. Krach ou pas krach ? Le débat est sémantique, économique, philosophique. Les vieux cons, emmenés par l’increvable Jean-Pierre Gaillard, exultent : « on l’avait bien dit que ça finirait mal ! ».

Les fondamentaux sont bons
Le pire est passé, semble-t-il. Les investisseurs, les entrepreneurs et les observateurs se veulent désormais rassurants. « Il s’agit d’une correction, pas d’un krach ». J’aime bien le terme correction. Ça fait sérieux, technique, tout en connotant la fessée donnée à un gamin turbulent. Une correction, ça veut dire qu’on s’est trompé (sur la valorisation des entreprises de la Net économie), mais que c’est pas grave : on s’est rattrapés à temps. Tant pis pour les petits porteurs, cocus du marché (et toujours les derniers à découvrir qu’ils le sont), et les soutiers du Web, convaincus qu’ils allaient faire fortune avec leurs stock-options. Amis webmestres,  programmeurs, designers, intégrateurs HTML, journalistes multimédias, tous soutiers du Web et ouvriers sacrifiés de la révolution numérique, croyez-nous : arrêtez  de pleurer pour avoir des stock-options, demandez des avantages en nature ! (BMW décapotable ou remboursement de carte orange selon votre pouvoir de  négociation et l’état financier de la boîte qui vous emploie). Il paraît que l’ambiance est morose dans les start-up qui ont subi la déculottée boursière. N’exagérons  pas : on a quand même évité les pendus en haut des tours de la Défense (ou dans le Silicon Sentier) et les bandes de chômeurs désœuvrés parcourant un pays  désolé (façon Steinbeck). Les fondamentaux sont bons, comme on dit, et chacun peut reprendre sa route, en sachant désormais quelle est sa vraie place  (salarié/patron/banquier/consommateur). La croissance mondiale va bien, l’Internet connaît un développement continu et réel, l’inflation est bien matée, etc.
L’aventure continue, donc, sur des bases supposées plus saines … (à suivre)

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