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Mal aux sources Vous êtes dans Yahoo ? Arrêt sur pillages

Mal aux sources
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Malheureusement, ce ne sont pas les seuls emprunts que Daniel Schneidermann se soit permis, se référant par deux reprises à fluctuat.net, là encore sans nommer sa source : à propos de l’affaire David H., citant un passage entre guillemets (p. 99), et plus loin à propos du sexe sur internet, où l’auteur nous désigne magnanimement comme "un excellent site" (p. 183).


Nous avons rencontré Daniel Schneidermann, et nous lui avons demandé pourquoi il ne citait pas les URL des sites auxquels il se référait. Plusieurs arguments nous ont été opposés :
1/ les sites auraient été trop nombreux (et les emprunts ? peut-on se demander légitimement…), ce qui aurait eu tendance à alourdir le propos.
2/ l’objet de l’ouvrage étant un voyage, les propos s’inscrivaient d’avantage dans un récit de fiction. (Mais pourquoi cite-t-il de nombreux sites nommément, et de nombreux organes de presse écrite, alors même qu'il parle de "fiction" ?)
3/ le deuxième argument avancé par l'auteur sur ce point (2/) nous rendit quelque peu perplexes : d’abord, nous n’étions pas clairement identifiables (?), et surtout, nous ne pouvions être considérés comme des acteurs du web, mais plutôt comme des observateurs… Les "vrais" acteurs du web, selon Schneidermann, ce sont donc au pire les Clust, Boursorama, FuckYou FuckMe etc… et au mieux les Hoaxbuster, La Souterraine, Kitetoa, Le Journal du Net, tous ces "acteurs" ayant un objet et une fonction intimement liés au web lui-même.

Certes, fluctuat.net n’a pas d’objet défini, ni définitif, le site conjuguant à la fois des fonctions éditoriales et des rubriques plus communautaires, notamment avec la publication de textes et la présentation de nouveaux artistes. Mais plutôt que de nier cette possible confusion, nous la considérons comme un véritable moteur et un acte de foi pour un site qui souhaite défendre, commenter et illustrer le bordel numérique dont il est issu. La différence – et elle est de taille – c’est que nous citons nos sources autant que nous le pouvons, nous créons des liens, et surtout nous ne tenons pas par ailleurs un discours "éthique" sur le métier de journaliste auquel nous ne sommes pas certains par ailleurs de nous identifier.

Ce qui nous rappelle une autre polémique… celle de Daniel Schneidermann taxant Pierre Bourdieu de simplisme à propos de sa réflexion sur la télévision. Certes, Schneidermann, ne "pense pas" Internet. Mais pourquoi utilise-t-il les procédés qu'il dénonce chez M. Bourdieu dans sa diatribe contre la télévision ? (devrions-nous écrire "Télévision" ?) Pourquoi stigmatiser les aspects les plus visibles, les plus éclatants d’internet ? Pourquoi passer sous silence les sites – certes moins sulfureux – qui tentent de montrer d’autres visages du web ? Pourquoi reproduire par ce fait la censure que lui reprochait M. Bourdieu lorsqu’il écrivit que la télévision "cache tout en montrant" ? Et encore ceci : lorsque Daniel Schneidermann écrit dans Le journalisme après Bourdieu, qu’un "journaliste doit choisir en permanence entre une information rapide et une information précise" (p. 28), s'applique-t-il lui-même ce beau précepte ? Quel impératif lui fut donné pour qu'il ait à s'immerger dans l’océan numérique en moins de six mois, afin d’écrire une série d’articles au plus pressé pour cet été, et de sortir son livre quelques trois ou quatre semaines seulement après la fin de leur publication dans Le Monde ? Simplisme, urgence, opportunisme ?
On revient en tout cas de ce voyage avec un vague goût amer.

Terminons avec une citation de Jean-François Revel, dont nous ne sommes pas exactement coutumiers, mais qui désigne magnifiquement ce type d'emprunt :


"Quand on veut deviner aujourd'hui en France quels auteurs précédents ont le plus nourri un nouveau livre, il n'est que de regarder la bibliographie : ce sont ceux qui n'y figurent pas. Outre les plagiaires stricto sensu, qui ont prospéré au grand jour sans endurer de discrédit durable, on a vu proliférer dernièrement les pique-assiettes et les voleurs à la tire, servis par l'amnésie des médias. Un nouvel auteur se reconnaît volontiers des dettes à l'égard de prédécesseurs auxquels il ne doit rien, mais dont citer les noms l'ennoblit, et il n'avoue pas les emprunts effectifs qu'il a faits à d'autres écrivains, instigateurs de polémiques trop violentes, et dont il veut bien partager les idées, mais pas les ennemis. Certains ne craignent pas de dévaliser plus petits qu'eux-mêmes. Au royaume de la "création", on voit d'opulents conducteurs de Rolls Royce chiper leur vélo à des gamins. Les idées sont si rares..."
Jean-François REVEL / Mémoires / Plon 1997 / p. 588

Alexandre Boucherot

Quelques liens pour compléter votre lecture
menteur.com : la page de Lazuly sur Schneidermann, Arrêt sur pillage, et le droit de réponse... délicieux !
Rezo.net
: le Portail des Copains, qui se sont pour certains déjà fait "empruntés"...
Arrêt sur Images : le site, et son Arrêt sur I-pages.
Le Monde : pour suivre la série en ligne.
Le Monde Diplo : dans le numéro d'octobre, Philippe Breton revient sur son livre Le Culte d'Internet, Une menace pour le lien social ?, à paraître le 12 octobre 2000. Le texte n'est cependant pas encore disponible en ligne.
Transfert.net : revient sur le dépôt de bilan de Clust ces jours-ci.

et aussi...
La polémique Bourdieu-Schneidermann dans Le Monde Diplomatique : La télévision peut-elle critiquer la télévision (Analyse d'un passage à l'écran), de Pierre Bourdieu, ainsi que la Réponse à Pierre Bourdieu, de Daniel Schneidermann

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