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cyber

[fusion homme/machine]
épilogue

_Ordinateurs _Robots _Nanomachines _Implants bioniques _Cyborgs _Androïdes


Epilogue
Repenser le futur, conquérir l’espace, se révolter et explorer notre sexualité

L’inexorable montée en puissance des robots constitue la quatrième blessure narcissique infligée aux hommes depuis qu’ils ont quitté l’Eden. Avant cela, nous avions dû concéder que la Terre n’était pas au centre de l’Univers (Copernic), que nous descendions du singe (Darwin) et que le Moi n’était pas maître dans sa propre maison (Freud). Il faut maintenant accepter l’idée que nous ne sommes pas la seule espèce intelligente et omnipotente sur cette planète. Devant l’épuisant destin qui attend l’humanité, diverses attitudes peuvent être observées.

Comme Philippe Breton, les intellos humanistes veulent repenser le futur pour donner à l’humanité un projet digne d’elle.

"L'effet pervers qui concentre sur lui le plus de danger est sans doute le véritable hold-up du futur auquel les thuriféraires de l'utopie de la communication se sont livrés. Quelle représentation avons-nous en effet aujourd'hui de ce que sera le futur ? Malgré la multiplicité des idéologies et des valeurs, toutes achoppent sur cet exercice difficile qui consiste à proposer un futur comme guide d'action.

La seul image du futur dont nous disposions encore est justement celle d'une société de communication hyper-technologique faites de nouveaux médias et d'autoroutes de la communication. On nous rebat constamment les oreilles, dans cette perspective, avec les changements cette fois-ci véritablement révolutionnaires que la télévision haute-définition, les téléphones portables, les nouveaux "multimédias", les "univers virtuels", les machines dotées d'une "conscience artificielle" seraient censées provoquer. Ces thèmes absorbent à peu près toutes les représentations du futur que nous proposent les "spécialistes", relayés par les médias. On peut discuter le contenu de ces représentations. On n'y trouve pourtant rien de très original, ni de très nouveau. La vision futuriste de l'avenir existe depuis longtemps et les années cinquante ont été de ce point de vue remarquablement prodigues.

Mais la question n'est pas là. Le fait est plutôt que, jusqu'à présent, cette vision futuriste était concurrente avec d'autres visions, utopiques ou non. La vraie nouveauté, et en même temps le vrai danger, est que cet avenir en termes de communication est désormais le seul disponible sur le marché des idées. Là aussi, la faillite des idéologies a laissé un vide qui ne peut pas rester vacant - aucune société ne peut se passer d'avenir. Qui peut vraiment accorder du crédit maintenant à l'idée que les nouvelles technologies vont fondamentalement transformer notre vie ? Certes, nous faisons semblant d'y croire parfois, mais le cœur n'y est pas : il s'agit d'un enthousiasme par défaut. Notre société est ainsi presque complètement privée de représentations de son futur. Or, une société qui n'a pas d'avenir à se mettre sous la dent ne peut que se dévorer elle-même. Le processus a, hélas, sans doute déjà commencé".

L'utopie de la communication, Philippe Breton,
La découverte, p. 166

Pour les techno-yuppies comme Philippe Ulrich, le patron de Cryo, l’homme doit faire preuve d’une énergie vitale nouvelle pour remporter la bataille qui l’oppose aux machines. Nous ne sommes pas forcément foutus, à condition de combattre les machines par leurs propres armes, c’est-à- dire en boostant notre programme logiciel (l’ADN) et en partant à la conquête de l’espace pour empêcher les machines de le coloniser à notre place.

"La guerre l’ordinateur et l’Homme a commencé. La machine qui permet de faire des choses extraordinaires, de se balader dans le corps humain ou de visiter l’espace, est en train de bouleverser notre vie, sans que l’on puisse contrôler quoi que ce soit. (…) Depuis l’origine, la nature a une certaine logique et une règle de d’or : croissez et multipliez. Aujourd’hui, pour croître et se multiplier, la seule solution, c’est d’aller voir ailleurs, c’est-à-dire dans l’espace. Or l’homme n’est pas du tout adapté à ça. L‘homme dans l’espace, c’est l’albatros sur terre, il est pataud, il a besoin d’énergie, il s’ennuie et puis il vieillit, ce con et il crève. La machine, en revanche, est idéale pour conquérir l’espace… (…) La technologie nous permet de comprendre la génétique et de la modifier car, après tout, ce n’est qu’un programme, un code, comme un autre. Ainsi, les machines pourront bientôt nous donner les moyens de stopper notre vieillissement, c’est une chance à saisir..."

Philippe Ulrich, revue Transfert, decembre 99

Les érotomanes, les Apollons bien membrés et les amateurs d’expression corporelle parient, avec Michel Serres, sur l’incapacité des robots à imiter les comportements humains. Il faudrait, dans cette perspective, affirmer notre différence en développant notre sens tactile. Plutôt que de chercher à lutter avec les ordinateurs sur le terrain de l’intelligence, nous allons redevenir des primitifs, réinventant notre humanité dans la chair et l’instinct, troublant les circuits imprimés de nos fluides orgasmiques. Deep Blue a battu Kasparov aux échecs, mais c’est pas demain que les robots joueront les séducteurs dans les boîtes de nuit de province (quoiqu’on a vu des femmes tomber amoureuses de robots dans les nouvelles d’Asimov). Méfions-nous quand même : l’exploration de nouvelles formes de sexualité au XXI° siècle intéressera peut-être les robots…

" Que nous reste-t-il ? Sous la tête vide déjà évoquée, le corps. Les ordinateurs imitent à merveille certaines de nos facultés " intellectuelles ", mais quel robot mimera jamais les positions, le finesse de ses pantomimes et la rapidité de son apprentissage, l’élan de ses enthousiasmes, son feu ? Contrairement à l’attente, les " facultés intellectuelles " ont été plus vite et mieux mécanisées que les gestes corporels. A plus forte raison, la puissance vitale. L’intelligence la plus dense et la mieux ordonnée périt d’ennui, de sécheresse et d’immobilité sans cette énergie première : la ferveur, le désir, ce feu que ne fournissent pas les connexions du cerveau seul, mais qu’allument le sexe, la tension des muscles, la moire sensible de la peau, le courage du cœur et le mal d’amour. Qui sait ce que peut ce corps capable d’incendie ? "

Le corps inventif, Michel Serres, Le monde de l’éducation,
janvier 1998

Enfin, les poètes pacifistes essaient d’imaginer ce que pensent les machines, et de quoi accouchera leur humanité naissante. Avec Philip K. Dick, ils posent la question qui servit de titre à son plus célèbre roman (malheureusement traduit en français sous le titre Blade runner) : Do Androids dream of electric sheep* ? 

Kzino

* Les robots rêvent-ils de moutons électriques ?

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