Acte V
LHomme se transforme en cyborg pour survivre
Quelle que soit la façon dont on y
arrive, lhomme et lordinateur se retrouveront fatalement en compétition au
siècle prochain. Même si cette rivalité sera affectueuse, comme lamitié qui unit
linspecteur Baley
et R. Daneel Olivey chez
Asimov, elle donnera lieu à une course-poursuite entre les représentants des deux
espèces, chacune luttant pour subsister et se développer (car lêtre de tout être
est de persévérer dans son être, comme dit Spinoza). Dès lors, chaque espèce
empruntant à lautre les attributs qui font sa force, robots et machines finiront
par fusionner, surtout si les robots se dotent de formes attractives, propres à favoriser
les croisements. Nous sommes tous appelés à devenir des androïdes, dune façon ou
dune autre.
Ça a déjà commencé. Le 25 août 1998, le professeur Warwick,
éminent enseignant de cybernétique à luniversité anglaise de Reading, annonçait
quil avait procédé sur lui-même à la greffe dun microprocesseur. Implanté
dans le bras, celui-ci lui permet de commander à diverses machines de son environnement.
"Good morning Professor Warwick. You have five new e-mails" dit une voix
synthétique émise par le micro contenu dans le bras du professeur, lorsquil arrive
le matin à son bureau. Cette première est considérée par Warwick comme un pas vers le
renforcement des capacités humaines en prévision de lopposition entre les hommes
et les machines.
"Cybernetics
is all about humans and technology interacting. For a professor of cybernetics to be come
a true cyborgpart man part machineis therefore rather appropriate."
Warwick
Sur un mode proche, Hugo de Garis, chercheur
en intelligence artificielle, livrait dans une récente interview (reproduite ci-dessous)
au journal Le Monde sa perception des clivages sociaux à venir, lorsque chaque être
humain devra décider de se ranger dans le camps des Terrans
(ceux qui refuseront le développement des machines et lévolution de lhomme
en cybionte) ou dans celui des Cosmistes (ceux
qui, ayant fait le choix de la modernité, choisissent de cohabiter avec les robots en
devenant eux-mêmes des cyborgs).
"Nous voyons se dessiner ce que jappelle des
" artilects " - artificial intellects des machines massivement
intelligentes, et qui le deviendront beaucoup plus que nous. On va entrer dans la
nanotechnologie, qui opère à léchelle du nanomètre (un millionième de
millimètre). On pourra mettre un bit une unité dinformation par
atome. (
) Et avec ces nouvelles technologies du XXI° siècle, les bits pourront
changer détat zéro devient un, un devient zéro à la vitesse de 10
puissance 15 par seconde. (
) Cest beaucoup plus que la capacité estimée de
computation dun cerveau humain biologique, qui est de lordre de 10 puissance
16 changements détats par seconde. Les choses sont écrites sur le mur, comme on
dit. Ce nest plus quune question de temps. (
)"
Mais la question dominante de politique planétaire,
au XXI° siècle, sera celle-ci : lhumanité doit-elle ou non construire des
artilects ? Jimagine que la réponse opposera deux visions idéologiques,
passionnées, violentes : ceux pour qui construire les
" artilects " représente le destin de lespèce humaine, qui
auront une vision cosmique ; et un autre groupe je les appelle
Terrans qui craindront que les artilects ne décident un jour que
lespèce humaine est nuisible et quil faut nous détruire. Avec leur
intelligence supérieure, ça leur serait très facile. (
) Les artilects se
développeront car lindustrie informatique et les militaires notamment
américains, effrayés par la montée en puissance de la Chine y trouveront un
intérêt.
**********************
[Interview
de Hugo de Garis,
chercheur en intelligence artificielle]
Le Monde, mardi 9 novembre 1999
Comment ces
artilects prendraient-ils lascendant sur lespèce humaine ?
Je ne sais pas, et,
dune certaine façon, cela ne mintéresse pas. Limportant est que,
peut-être, ils peuvent le faire. Si laccélération de leur intelligence se
produisait très rapidement, disons en deux ou trois ans, il ny aurait pas assez de
temps pour une réaction politique de lespèce humaine. A partir dun certain
seuil, les machines pourraient construire dautres ordinateurs plus complexes
queux qui, à leur tour
et vvvoumm ! Il y aurait une explosion, une
sorte de réaction en chaîne de lintelligence. Mais plus probablement, compte tenu
de la difficulté de créer un cerveau artificiel de même niveau que celui de
lêtre humain, il faudra beaucoup de temps, au moins cinquante ans. Cest
pourquoi jestime que la question dominera le XXI° siècle.
La bionique,
cest-à-dire lintégration de capacités électronique dans le corps humain,
ne pourrait-elle mettre les humains au niveau des artilects ?
Beaucoup de gens pensent
quil y aura cette troisième catégorie, des cyborgs, cest-à-dire des êtres
humains sincorporant des composants pour devenir hybrides entre biologique et
mécanique. Mais pour moi, un artilect et un cybrog, cest presque la même chose,
parce que, par ce biais, les humains pourront acquérir, de la même manière que les
artilects, des capacités surhumaines. De ce fait, leurs intérêts seront ceux des
artilects.
Imaginons que lon
puisse, dans trente ou quarante ans, mettre des puces dans le cerveau, auriez-vous envie
de devenir un cyborg, un artilect ?
Probablement. Mais ce ne
sera pas moi. Quest-ce que lidentité dun être humain ? Dès
quon ajoute le " petit truc ", on est autre chose. Dune
certain façon, cest la mort de cet être humain, parce quil sera tellement
écrasé par les capacités de laspect artilect dans sa tête quil ne sera
plus un être humain. Peut-être découvrira-t-on de nouveaux phénomènes plus complexes,
plus magnifiques que la conscience, que je ne peux même pas imaginer, parce que je suis
trop bête. Je ne suis quun être humain. "
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