Titre original : Sex
Lies and Vidéotapes
Scénario, réalisation et montage : Steven
Soderbergh - Musique : Cliff Martinez
Avec : James Spader (Graham Dalton) - Andie MacDowel
(Ann Miller) - Peter Gallagher (John Miller) - Laura San Giacomo (Cynthia Bishop)
Palme d'Or, Cité à l'Oscar pour le meilleur
scénario original.
L'histoire : Ann déteste les ordures, elle
déteste qu'on la touche et elle est inquiète. Graham, un ancien camarade d'école de son
mari John, vient passer quelques jours chez eux le temps de trouver un apppartement.
Tandis que son époux au sang chaud se console auprès de sa belle-soeur Cynthia, qui
trouve là un moyen de faire la nique à sa grande soeur trop sage et trop parfaite, Ann
et Graham apprennent à se connaître. Ann découvre que Graham palie son impuissance en
enregistrant au caméscope les confessions érotiques des femmes auxquelles il ne peut
faire l'amour et peut-être est-ce cette découverte qui lui ouvre les yeux sur l'état de
son couple.
Ce conte troublant, est original dans sa façon de
présenter la nature d'un ménage à quatre. Il semblerait que tout le travail du film
soit de nous mener à l'évidence des couples qui se forment sous nos yeux. Les choses
sont certes un peu manichéennes, les gentils sincères d'un coté, les menteurs de
l'autre mais Soderbergh en intégrant au scénario un montage parallèle de deux
situations différentes, fait co-exister deux façons de voir l'amour, de concevoir un
couple. Ainsi chacun est enfermé dans son incommunicabilit, dans son envie d'être à
l'autre tout en gardant la fierté de ne pas se livrer.
Dans un dialogue entre bande son et bande image,
(Soderbergh a également co-mixé la bande son) ressemblances et dissemblances sont mises
en exergue. Ressemblances entre Ann et Graham, correspondance entre ce que dit Graham
illustré en montage parralèle par le couple illégitime Cynthia/John. Graham en
provoquant un décloisonnement intime par la confession engendre de profons changements,
les personnages deviennent ainsi plus ambigüs. Ceci est également dû à
l'interprétation très border-line de James Spader et Andie McDowel. Cette dernière
venait "d'achever" sa carrière de mannequin et ses prétentions d'actrice en
faisait rire plus d'un; Cependant grâce à la direction de Soderbergh qui véritablement
donne ici la mesure à ses personnages, elle commence avec brio une longue carrière de
comédienne. "J'ai retravaillé les personnages sur mesure pour les acteurs. Je
savais que le film réussirait ou échouerait sur leur seule performance. Il était donc
primordial qu'il se sentent à l'aise, la technique suivrait" explique-t-il dans son
journal de bord sur le film*. "Lorsque j'ai achevé le tournage de Sexe..., je ne me
faisais aucune illusion. Je pensais que les américains allaient trouver le film trop
européen, trop intimiste. Quant aux réaction sur le vieux continent, je n'osais même
pas les imaginer ! Les dialogues font tellement référence à un contexte américain...
Bref j'étais persuadé que je filais tout droit à la catastrophe." expose-t-il dans
le Monde du 13 mai 1989.
*Sex Lies and Videotapes, Steven Soderbergh, ed.
Faber and Faber.
Anne-Laure Bell |