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La Classe de Neige

Réalisation : Claude Miller
Adaptation et dialogues : Emmanuel Carrère et Claude Miller, d'après le roman d'Emmanuel Carrère La Classe de Neige aux éditions P.O.L
Interprètes : Clément van den Bergh, Yves Verhoeren, Emanuelle Bercot, Tina Sportolaro,
François Roy, Lokman Nalcakan
Musique : Henri Texier

France
Distributeur : Warner Bros
Durée : 1h36mn

Selon le réalisateur Claude Miller, le sujet du livre réside dans les raisons qui amènent un enfant "à faire des rêves épouvantables" (Positif, n°448, juin 1998). Son film nous décrit en effet l'univers psychique du jeune Nicolas, placé au centre d'un monde a priori prosaïque, presque trop évident, celui d'une classe de neige encadrée par des adultes (les deux moniteurs) s'évertuant à nier, à faire oublier deux traumatismes qui hantent l'esprit de chacun : un accident en car faisant l'année précédente une quinzaine d'enfants morts et le meurtre atroce d'un enfant démembré dans la ville de leur séjour. Ce monde, par touches, se révèlera aussi morbide et tourmenté que ses pensées et affabulations. Cependant, au-delà de la peinture fine mais anecdotique d'un cas psychosomatique (le tueur d'enfant, "l'ogre"), symptôme d'un drame humain et familial, l'histoire intègre les troubles de ce préadolescent à un cadre décisif, celui d'une société qui tente de dissimuler ce qui s'exhibe constamment. Ce retour du refoulé, du feu qui couve sous la glace, passe autant par le verbe que par l'image. Ainsi, par exemple, les mots "dévorer" ou "mourir", éclatant sur la bande-son, sont utilisés dans leur sens métaphorique et anodin ("Tu ne vas pas en mourir"), mais, perçus par le prisme de l'imagination de l'enfant, ils se développent dans toute leur horreur charnelle ; s'y ajoutent des allusions à diverses formes visuelles - l'icône religieuse, la télévision, le cinéma par des références à Shining (dont certains thèmes, comme l'ambivalente figure paternelle ou le caractère imposant de la nature, recoupent ceux du film de Miller) et à Vampyr (scène de l'enterrement) - qui nourrissent l'onirisme du garçon, s'insérant naturellement par là même dans le tissu du film. Cette société d'adultes qui prétend protéger ses enfants, soi-disant innocents, contre une réalité amorale, et qui n'a trouvé que ce fallacieux alibi pour mieux se voiler la face, cette société accumule mensonges, fictions et non-dits. Face à cette cruelle et banale histoires de fait-divers, le spectateur épouse d' ailleurs la perception qu'en a Nicolas. Il est conduit à interpréter, à travers un réseau d'écrans, de caches (cf. les vitres translucides ou mouillées) et d'indices ambigus, une vérité qui, bien qu'insaisissable, est là, massive, totale, inévitable, telle cette forêt qui ponctue régulièrement la narration. Et, grâce à un film aussi essentiel, il garde les yeux ouverts… même s'ils piquent .

Manuel . M