| Faites des Familles !
Une fête de famille est organisée en
l'honneur des 60 ans de Helge Klingfelt. Riche réunion de famille et d'amis, le dîner
deviendra bientôt, au fil de révélations en forme de règlements de compte, une arène
dans laquelle il faut assassiner le toréador : ce père à la renommée incontestée.
Loin de n'être qu'un film, il se cache
derrière cette uvre un véritable acte de militantisme, une réponse d'un des
membres du collectif de cinéastes "Dogme 95", ayant adopté une série de
règles de conduite cinématographiques. Leur intention première est de "rechercher
la vérité et de l'observer de l'extérieur". Ainsi établissent-ils des
"Vux de Chasteté" annihilant au maximum les artifices. "C'est un
acte de sauvetage pour s'élever contre une certaine tendance du cinéma
d'aujourd'hui" déclare Vinterberg, un moyen "d'explorer les possibilités que
pouvaient nous offrir les moyens les plus basiques."
On admirera entre autre, le choix des comédiens. Le père d'abord dont la figure sévère
mais avenante ne laisse en rien présager de sa cruauté, de son sadisme de violeur
incestueux, qui par ses actes a poussé sa fille au suicide. Vinterberg nous montre cet
écart entre le présentable et le réel qui conditionne la règle de conduite de toute
famille surtout bourgeoise- qui se respecte. Les problèmes et les conflits sont
sous-jacents, ils apparaissent dans des éruptions inéluctables et difficilement
compressibles. Ainsi la construction narrative nous fait penser que les crimes du père ne
s'arrêtent sans doute pas au viol régulièrement pratiqué sur deux de ses enfants. Par
l'attitude de Michaël envers sa femme on se dit que c'est peut-être le patriarche
Klingenfelt qui a appris à son fils les règles élémentaires de la violence.
Festen est un film éminemment de
notre temps qui ouvrira peut-être une autre ère de la cinéphilie et du militantisme
idéologique. Bien que très réducteur "Dogme 95" apporte de façon marquante
et imposante du sang neuf aux discours théoriques empesés qui ont trop souvent laissé
une place trop restreinte aux formes de cinéma qu'ils ne pensent pas.
Anne-Laure BELL. |