C'est en
écrivant la musique de son dernier film, The End of Violence, que Ry Cooder
parle à Wim Wenders de son travail avec des musiciens cubains sur un album vendu à un
million d'exemplaires, le Buena Vista Social Club. Ce dernier lui demande alors
de l'emmener lors de son prochain voyage... Ce film-documentaire, réalisé avec un
plaisir évident et décrivant avec passion des artistes magiques peut toutefois soulever
des remarques de la part des mauvaises langues (en l'occurrence moi !).
En effet, si l'on se doit d'être redevable à Ry
Cooder de nous faire connaître ces vieux monstres oubliés ou non de la musique cubaine
(les immenses Compay Segundo, Ibrahim Ferrer ou Rubén Gonzáles qui ont, grâce à
Cooder, tous enregistrés des albums solo par la suite et recommencés une carrière), de
les faire jouer ensemble et de leur permettre de connaître une renommée internationale (Buena
Vista a obtenu le Grammy pour la meilleure interprétation de musique
latino-tropicale en 97).
Toutefois (c'est maintenant pour la mauvaise langue) on peut-être amené à regretter
l'omniprésence de Ry Cooder ; que ce soit en tant que musicien (il joue avec les gloires
cubaines et pas vraiment discrètement), producteur (il tente -mon dieu ! - d'apporter des
innovations à cette musique mythique) et ami de Wenders, car on sent souvent le
réalisateur hésiter à se focaliser sur les musiciens cubains ou sur leur
"formidable" producteur qui leur a donné une "seconde chance" (sic).
Au niveau de la musique, Wenders à l'originalité de saisir en fondu enchaîné des
enregistrements vocaux, studio et concert, des différentes chansons ce qui donne un point
de vue tout à fait original sur la musique. Son collègue-réalisateur Jim Jarmusch pour
son documentaire sur Neil Young (Year of the Horse) avait toutefois fait mieux en
filmant des morceaux dans leur intégralité afin de transmettre simplement mais sûrement
toute l'intensité de la musique du groupe Crazy Horses. Wenders, lui, parvient à
transmettre toute la beauté de la musique cubaine. On n'a qu'une envie en sortant du
film, c'est d'acheter la musique. Toutefois (et après, on en a fini avec la mauvaise
langue) il est à regretter que les morceaux filmés durant l'exceptionnel concert au
Carnegie Hall de New York, présenté comme le dernier du groupe, ne soient pas retransmis
dans leur intégralité.
Yves Le Corre |