On aurait tort de croire que seule la France connaît des problèmes
sociaux dans ses banlieues. Les cités existent aussi dans d'autres pays, comme nous le
rappel Fernando Leon de Aranoa dans son film. Barrio ("cité" en
espagnol), nous raconte l'histoire de trois copains qui passent le temps comme il peuvent
en tenant le mur de leur bâtiment...
On peut, à juste titre, faire de nombreux
rapprochements entre Barrio et La Haine de Mathieu Kassovitz. Certaines
scènes du film espagnol sont même à la limite du plagiat. Mais comparer ainsi ces deux
uvres aurait tendance à desservir le film de Aranoa et à donner des qualités au
film français qu'il est loin d'avoir. Sans vouloir affirmer que l'un est supérieur à
l'autre, nous ne pouvons que constater que les deux réalisateurs n'ont simplement pas
travaillé dans le même but.
Barrio est un film très drôle, parfaitement bien écrit
et très bien construit. Le temps se déroule lentement et inexorablement. C'est, en fait,
le seul ennemi des trois copains. Perdu dans la ville et dans la vie, ils glandent et
passent leur été à la cité. Aranoa nous prouve que les réalités sociales n'ont pas
de frontière, que les galères sont les mêmes pour tous quelque soit la nationalité des
"sauvageons". Les adolescents de Barrio sont certes plus jeunes que les
personnages de Kassovitz ou de Richet, mais ils sont bizarrement plus aboutis, moins
caricaturaux et surtout beaucoup plus vivants. On peut simplement regretter que la mise en
scène du film espagnol soit autant académique et n'ait pas la charmante arrogance de
celle récompensée au festival de Cannes en 1996.