| Quelque part dans la
nuit... Une lueur d'espoir dans un monde totalement hors norme. Un adolescent, Bobbie, au
regard divin et à la gestuelle exquise, quitte le lit conjugal en même temps que sa
compagne, Rosie, dispersée dans ses songes les plus nocturnes qui soient. Traversant la
rue, il défonce l'entrée d'un collège et essaie tant bien que mal de fracturer quelques
distributeurs. Soudain, venu d'on ne sait où, un imposant vigile fait irruption,
intercepte notre ami et le tabasse avec frénésie. Le gamin n'a pas d'autre choix que de
se battre. Il le fait. L'adulte y laissera sa peau. Le film peut commencer. C'est dans une prison que Larry Clark découvrit sous la forme d'un
manuscrit, un roman écrit par un inconnu du nom d'Eddie Little. Je ne sais si ce livre
est génial ou non. Par contre le travail qu'effectuèrent Christopher Landon et Stephen
Chin scénaristes-dialoguistes ainsi que Larry Clark le metteur en scène, relève du pur
exploit.
Another day in paradise c'est ce paradis perdu tant glorifié par
Proust. Une sorte de symbiose entre deux genres cinématographiques (le policier et le
road-movie), deux états actuels du cinéma américain (Hollywood et la veine
indépendantiste), deux méthodes d'acteurs (le jeu excessif et rigoureux de James Woods
face à l'instinct et la fraîcheur de Vincent Kartheiser et de Natasha Gregson-Wagner) et
deux influences (la légèreté du trait d'un Martin Scorsese à la promptitude d'un Jean
Cocteau).
A travers cette promenade avec l'amour et la mort, Larry Clark dépeint
un portrait sans concession d'une Amérique en mal d'identité. La force principale de
cette mise en scène est complètement significative de l'approche du problème de la
jeunesse face à l'extrême. Sans une once de méchanceté et sans sentimentalisme aigu, Another
day in paradise donne l'impression d'être en avance sur son temps. L'émotion que
peut susciter cette magnifique histoire d'évasion, Larry Clark choisit de ne pas nous
l'imposer. On est libre de rire ou de pleurer frénétiquement. Sans être un dictateur de
l'image, le metteur en scène-photographe, réussit avec une insolence impressionnante, à
concilier, par exemple, la drôlerie de la séquence de la discothèque - Bonnie et sa
copine découvrant le goût du champagne tandis que James Woods déploie ses talents de
danseur face avec une incroyable Mélanie Griffith - à l'émotion d'une séquence de
tractations qui tourne mal.
La grossièreté du sujet - l'excès de la drogue - est un thème de
scénario que je définirais comme étant un cul-de-sac. Certains metteurs en scène
actuels imaginent des situations qui paraissent réelles car filmées en gros plans avec
une utilisation du son direct, or ces entreprises ont toujours échoué du fait d'un
manque de réflexion cartésienne et d'une envie trop pressante de vouloir sensibiliser à
tout prix. Ce n'est pas le cas du réalisateur de Kids (son premier film) qui
réussit à définir l'image, la rendant plus crédible en accentuant le cadrage. Il y a
entre la caméra et les comédiens, une absence totale d'effets. Tout en créant des
mouvements d'appareils, il les fait vivre et montre que l'émotion cinématographique doit
naître de la caméra et de son image et non du comédien et de ses répliques.
Another day in paradise, que je préfère pour ma part à
Kids car plus abouti et plus charnel et désenchanté dans sa vision de l'amour,
fascine par sa verve et l'intelligence de sa mise en propos. La vie de ces adolescents se
portera aux plus extrêmes résolutions. Ces solutions, Larry Clark les a filmées telle
une ballade sauvage qui naît de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté. |