La musique a-t-elle aidé les
acteurs dans leur travail ? Maggie Cheung répond :
Quand j'ai vu les rushes et les ralentis avec la musique, j'ai compris
l'humeur du film. C'est la première fois que j'en ai compris l'ambiance de
façon exacte.
Pour Tony Leung, entendre la
musique a beaucoup aidé :
Nous avons travaillé sans script et le fait d'avoir cette musique nous a au
moins donné un point de repère, nous avions le rythme et le tempo du film.
Tony Leung a également une
carrière de chanteur qu'il a mis en suspens voilà six ans. Il répond à
cette interruption en déclarant :
Je ne suis pas un chanteur à temps complet ! Un jour je n'ai plus eu envie
de chanter, je n'avais pas de nouvelles idées
Et puis on m'a fait écouter
de nombreuses choses, et cette fois j'ai eu une vision précise de ce que je
voulais faire, voilà pourquoi je m'y suis remis, j'avais envie de
m'exprimer par la musique
- Je pense que pour Tony, sa carrière de chanteur n'est pas une extension
de sa carrière d'acteur (
) précise le réalisateur comme protégeant
son poulain. Au cours des quinze derniers mois, nous avons travaillé dans
différentes villes, nous avons eu différentes expériences, je crois que
faire un album l'a regroupé. Je lui donnais des références musicales pour
le rôle et je crois que cela lui apportait des réponses.
Tony Leung a d'ailleurs joué
dans d'autres films pendant le tournage de In the Mood
s'éclipsant
quelques semaines des plateaux pour y revenir frais et dispos.
J'avais prévu d'autres tournages et nous ne savions pas que celui-ci allait
être si long
précise-t-il comme un enfant heureux d'avoir joué un
tour.
In the Mood for Love est-il
une suite de Days of Being Wild demande une spectatrice ? Kar-Waï répond :
Nous avons essayé de faire une suite il y a à peu près deux ans avec Tony
et Maggie. Mais je pense que ce en quoi je croyais dans les années 90 est
très différent de ce que je crois aujourd'hui et je sais que In the
Mood
ne peut être une suite. Nous avons essayé de faire des choses
différentes, parce que l'histoire est différente, mais malgré tout dans
le processus de construction, il y a eu des choses rémanentes et enfin de
compte je dirai que In the Mood
a dix ans de moins que Days of
Being Wild. Ainsi le réalisateur semble préciser qu'il a gagné en
maturité.
Un autre spectateur
observateur remarque que l'on retrouve un plan similaire dans Happy Together
et ici.
Je ne pense jamais que mon public a vu tout mes films
précise Kar-Waï,
donc si j'aime faire quelque chose, je ne vais pas m'en priver et je le
recommencerai. (
) On m'a souvent posé de nombreux challenges comme :
" Seriez-vous capable de faire un film sans caméra d'épaule " ,
" Seriez-vous capable de faire un film sans voix-off ou sans
cigarettes, ou sans horloge
" Dans ce film, il n'y a ni caméra d'épaule,
ni voix-off
mais on retrouve d'autres choses comme les cigarettes et les
horloges.
et Tony Leung ! commente Maggie dans un sourire.
Je pense de même qu'il est difficile de faire un film sans parler d'amour,
sans l'évoquer, continue le réalisateur. Même si on ne le montre pas, ou
que l'on montre le contraire, ou ce qu'il se passe avant
L'amour est
toujours sous-jacent semble-t-il vouloir dire.
En matière de références
européennes, puisque le réalisateur oriental est chaudement accueilli en
France, quel réalisateur l'a plus particulièrement inspiré lui
demande-t-on à deux reprises. Ici on sent que la réunion de cinéphiles
espère secrètement que le génie Hong-Kongais citera quelques grands maîtres
français
eh bien non, c'est à Antonioni et à David Lynch qu'il fait
immédiatement référence :
Cela fait des années que je passe mon temps dans les cinémas et j'ai été
influencé par de nombreux réalisateurs. Dans ce film je voulais m'inspirer
de la manière de faire d'Hitchcock. L'histoire est très simple et je
voulais la dire de cette manière. Vous savez, j'ai appris de nombreuses
choses en regardant énormément de films et je n'aimerais pas citer
quelques réalisateurs et en oublier d'autres
Maggie, vous avez travaillé
avec des réalisateurs européens, la manière de travailler est-elle très
différente ici ?
D'habitude, les autres réalisateurs ont des scénarios, et puis je ne les
connais pas aussi bien que je connais Kar-Waï. C'est un des réalisateurs
que je connais depuis 12 ans maintenant. Donc oui, c'est très différent de
travailler sur un scénario avec quelqu'un dont vous n'êtes pas très
proche et ici de travailler sans scénario avec quelqu'un que vous
connaissez très bien.
L'actrice qui a commencé
sa carrière dans des films d'action -notamment dans les films de Jackie
Chan- considèrerait-elle aujourd'hui d'accepter des propositions venant de
ce genre ?
Si on ne me balance pas du haut d'un escalier et si je ne me fais pas battre
par les méchants pourquoi pas !
Chung Yu Fat et John Woo
commencent une carrière américaine. Tony Leung serait-il attiré par un
parcours similaire ?
En fait j'ai reçu des propositions de nombreux pays étrangers, mais on ne
m'a toujours pas proposé de rôles intéressants. Mais si on me propose un
rôle intéressant avec des gens intéressants
Bien sûr !
Je ne pense pas que je commencerai un jour une carrière américaine. Mais
tourner un film aux Etats-Unis, ce n'est pas pareil. Et cela ne me déplairait
pas, précise quant à elle Maggie Cheung.
Propos
recueillis et traduits par Anne-Laure
Bell |