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femmes et chiens
Flu
: Pourquoi choisir des femmes comme héroïnes de
vos films (Ghost in the Shell, Avalon)
?
M. O. : La femme est pour moi le second plus grand mystère,
après le mystère du chien. Mais cela ne fait
que cinq ans que j'ai envie d'utiliser des femmes dans mes
films. Avant, elles ne m'intéressaient pas du tout.
L'humanité, plus généralement, ne m'intéressait
pas. A mes yeux, le sujet ultime reste le chien.
Flu : Le chien mâle ou femelle ?
M. O. : J'aime tous les chiens, mais il est vrai que je préfère
les chiennes. J'ai un basset (une chienne) et un bâtard
mâle. Mon rapport à eux n'est pas le même.
La chienne, c'est ma fille, le chien, ce serait plutôt
mon frère.
pessimiste, mais pas violent
Flu
: Dans Avalon, le monde "réel" ressemble
à une société détruite, dominée
par un pouvoir répressif. Votre vision politique semble
très pessimiste.
M. O. : Ce n'est pas l'aspect politique qui me motive pour
faire des films. Je ne cherche pas à m'engager. Ce
qui m'intéresse, c'est un individu ou un groupe indépendant
du pouvoir en place ou des partis politiques. Des rebelles,
en somme.
Flu : Dans votre mise en scène, vous jouez beaucoup
avec les temps morts, en opposition aux scènes d'actions
hyper-violents.
M. O. : Je distingue la violence de l'action. Je n'ai jamais
voulu décrire la violence. Dans l'action, il y a un
esthétisme, une abstraction de la violence. Pour l'accentuer,
j'utilise la musique. Mais je ne veux pas embellir la violence.
A mes yeux, ce que je montre n'est plus de la violence.
le temps de la solitude
Flu
: Dans des scènes comme celle de la longue poursuite
finale de Ghost in the Shell, ou celles de l'appartement
dans Avalon, on ressent de nombreuses influences de
la modernité européenne (Antonioni en particulier).
M. O. : Pour la scène de la chambre de Ash (l'héroïne
d'Avalon), j'ai voulu accentuer la suspension du temps.
Mon style s'inspire des films européens que j'aime
beaucoup pour leur façon originale de faire "couler"
le temps, de l'étendre.
J'aime bien mettre en scène le temps vécu par
une personne dans un lieu où elle se retrouve seule.
Ses gestes, ses attitudes, l'expression de son visage changent
dans la solitude. C'est ça qui m'intéresse.
Je prends autant de plaisir à filmer ces scènes
et ces expressions qu'à filmer les chars et les combats.
L'homme est plus sincère lorsqu'il est seul.
Flu : On retrouve cette solitude chez quelqu'un qui joue
à des jeux vidéos. Est-ce à cela que
vous pensiez lorsque vous avez écrit le scénario
d'Avalon ?
M. O. : Dans Patlabor, que j'ai réalisé
avant Ghost in the Shell, les personnages se parlent,
mais ne se regardent jamais. Ils ne sont jamais face à
face, mais toujours face au spectateur. Les personnages ne
communiquent que face à un écran. J'avais trouvé
cette idée pour exprimer mon idée sur la solitude
des hommes.
Je trouve que dans l'histoire, on a trop souvent privilégié
la communication entre les hommes. On n'a jamais étudié
la relation (peut-on parler de communication ?) qui peut s'établir
entre un homme et un chien, ou un homme et une machine. Si
les hommes ne se connaissent pas encore, c'est peut-être
parce qu'ils ont toujours considéré l'homme
par rapport à d'autres hommes. Je m'intéresse
plus à d'autres types de relations.
métaphysique du chien
Flu
: Pourquoi cette fascination pour les chiens ?
M. O. : Parce que c'est le plus grand mystère à
mes yeux ! Si j'élucidais ce mystère, je pourrais
réaliser un vrai film sur les chiens. Mais comme je
n'ai que des réponses partielles, je me contente d'insérer
des chiens dans mes films, dans des rôles secondaires.
Jusqu'à présent, les films qui s'intéressent
aux chiens ne les ont traités qu'en les humanisant,
ce qui n'est pas la bonne solution pour leur rendre justice.
corps et âme
Flu
: Dans Ghost in the Shell, l'héroïne mourrait
le corps déchiqueté. Dans Avalon, les
corps sont réduits en miettes. Le corps dans son intégrité
ne semble jamais préservé. Cela a-t-il un sens
précis pour vous ?
M. O. : Pour Ghost in the Shell, je m'intéressais
à l'époque au corps, et à son rapport
à l'âme. Où se situe l'âme, l'essence
du corps ? Est-ce dans le cerveau ? Le sang ? Le cur
? Comme l'héroïne du film est un cyborg avec une
âme, elle cherche où son esprit peut exister,
s'incarner. C'est pour cela qu'elle va se détruire
physiquement. Pour moi, cette destruction a quelque chose
de très érotique, et je crois avoir bien réussi
à traduire cette idée, ainsi que les émotions
qu'elle peut ressentir à cet instant. Dans Avalon,
c'est un sens très différent. Les morts traités
numériquement, qui disparaissent en milles morceaux,
appartiennent au monde virtuel. Je voulais ainsi figurer la
mort virtuelle, absolument pas réaliste.
un cercle infini
Flu
: Vous avez de nombreuses activités (romans, films
lives et d'animations
) Où vous amusez-vous le
plus ?
M. O. : C'est un cercle vicieux. Quand je réalise un
film, même s'il y a une très grande satisfaction
à la fin, il y a énormément de stress
et de fatigue. De plus, comme on travaille entouré
par des centaines de personnes, on se demande toujours jusqu'à
quel point le film vous appartient. Cela me donne envie d'écrire,
de me retrouver seul et de tout maîtriser. Mais, avec
le roman, j'ai le sentiment que quelque chose manque. Cela
me pousse donc à refaire un film.
Propos
recueillis le 15 mars 2002 à Paris par Laurence
Reymond