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avec Allociné

 

 

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ENTRETIEN AVEC
MAMORU OSHII

2/2

… femmes et chiens

Flu : Pourquoi choisir des femmes comme héroïnes de vos films (Ghost in the Shell, Avalon) ?

M. O. : La femme est pour moi le second plus grand mystère, après le mystère du chien. Mais cela ne fait que cinq ans que j'ai envie d'utiliser des femmes dans mes films. Avant, elles ne m'intéressaient pas du tout. L'humanité, plus généralement, ne m'intéressait pas. A mes yeux, le sujet ultime reste le chien.

Flu : Le chien mâle ou femelle ?

M. O. : J'aime tous les chiens, mais il est vrai que je préfère les chiennes. J'ai un basset (une chienne) et un bâtard mâle. Mon rapport à eux n'est pas le même. La chienne, c'est ma fille, le chien, ce serait plutôt mon frère.

… pessimiste, mais pas violent

Flu : Dans Avalon, le monde "réel" ressemble à une société détruite, dominée par un pouvoir répressif. Votre vision politique semble très pessimiste.

M. O. : Ce n'est pas l'aspect politique qui me motive pour faire des films. Je ne cherche pas à m'engager. Ce qui m'intéresse, c'est un individu ou un groupe indépendant du pouvoir en place ou des partis politiques. Des rebelles, en somme.

Flu : Dans votre mise en scène, vous jouez beaucoup avec les temps morts, en opposition aux scènes d'actions hyper-violents.

M. O. : Je distingue la violence de l'action. Je n'ai jamais voulu décrire la violence. Dans l'action, il y a un esthétisme, une abstraction de la violence. Pour l'accentuer, j'utilise la musique. Mais je ne veux pas embellir la violence. A mes yeux, ce que je montre n'est plus de la violence.

… le temps de la solitude

Flu : Dans des scènes comme celle de la longue poursuite finale de Ghost in the Shell, ou celles de l'appartement dans Avalon, on ressent de nombreuses influences de la modernité européenne (Antonioni en particulier).

M. O. : Pour la scène de la chambre de Ash (l'héroïne d'Avalon), j'ai voulu accentuer la suspension du temps. Mon style s'inspire des films européens que j'aime beaucoup pour leur façon originale de faire "couler" le temps, de l'étendre.
J'aime bien mettre en scène le temps vécu par une personne dans un lieu où elle se retrouve seule. Ses gestes, ses attitudes, l'expression de son visage changent dans la solitude. C'est ça qui m'intéresse. Je prends autant de plaisir à filmer ces scènes et ces expressions qu'à filmer les chars et les combats. L'homme est plus sincère lorsqu'il est seul.

Flu : On retrouve cette solitude chez quelqu'un qui joue à des jeux vidéos. Est-ce à cela que vous pensiez lorsque vous avez écrit le scénario d'Avalon ?

M. O. : Dans Patlabor, que j'ai réalisé avant Ghost in the Shell, les personnages se parlent, mais ne se regardent jamais. Ils ne sont jamais face à face, mais toujours face au spectateur. Les personnages ne communiquent que face à un écran. J'avais trouvé cette idée pour exprimer mon idée sur la solitude des hommes.
Je trouve que dans l'histoire, on a trop souvent privilégié la communication entre les hommes. On n'a jamais étudié la relation (peut-on parler de communication ?) qui peut s'établir entre un homme et un chien, ou un homme et une machine. Si les hommes ne se connaissent pas encore, c'est peut-être parce qu'ils ont toujours considéré l'homme par rapport à d'autres hommes. Je m'intéresse plus à d'autres types de relations.

… métaphysique du chien

Flu : Pourquoi cette fascination pour les chiens ?

M. O. : Parce que c'est le plus grand mystère à mes yeux ! Si j'élucidais ce mystère, je pourrais réaliser un vrai film sur les chiens. Mais comme je n'ai que des réponses partielles, je me contente d'insérer des chiens dans mes films, dans des rôles secondaires. Jusqu'à présent, les films qui s'intéressent aux chiens ne les ont traités qu'en les humanisant, ce qui n'est pas la bonne solution pour leur rendre justice.

… corps et âme

Flu : Dans Ghost in the Shell, l'héroïne mourrait le corps déchiqueté. Dans Avalon, les corps sont réduits en miettes. Le corps dans son intégrité ne semble jamais préservé. Cela a-t-il un sens précis pour vous ?

M. O. : Pour Ghost in the Shell, je m'intéressais à l'époque au corps, et à son rapport à l'âme. Où se situe l'âme, l'essence du corps ? Est-ce dans le cerveau ? Le sang ? Le cœur ? Comme l'héroïne du film est un cyborg avec une âme, elle cherche où son esprit peut exister, s'incarner. C'est pour cela qu'elle va se détruire physiquement. Pour moi, cette destruction a quelque chose de très érotique, et je crois avoir bien réussi à traduire cette idée, ainsi que les émotions qu'elle peut ressentir à cet instant. Dans Avalon, c'est un sens très différent. Les morts traités numériquement, qui disparaissent en milles morceaux, appartiennent au monde virtuel. Je voulais ainsi figurer la mort virtuelle, absolument pas réaliste.

… un cercle infini

Flu : Vous avez de nombreuses activités (romans, films lives et d'animations …) Où vous amusez-vous le plus ?

M. O. : C'est un cercle vicieux. Quand je réalise un film, même s'il y a une très grande satisfaction à la fin, il y a énormément de stress et de fatigue. De plus, comme on travaille entouré par des centaines de personnes, on se demande toujours jusqu'à quel point le film vous appartient. Cela me donne envie d'écrire, de me retrouver seul et de tout maîtriser. Mais, avec le roman, j'ai le sentiment que quelque chose manque. Cela me pousse donc à refaire un film.

Propos recueillis le 15 mars 2002 à Paris par Laurence Reymond

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