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Magouric présente
Décadrage est une série de cinq couples "moyen + court" d'un même jeune réalisateur dont ce sont les premières uvres, et révèle de jeunes talents prometteurs, chacun muni déjà d'une forte personnalité. Douceur, innocence, caresse, beauté... derrière des titres aux allures de vies en rose se cachent des films drôles (E. Mouret), sincères (P. Ramos) ou grinçants (Y. Caumon). Aucune unité de thème ou de style ; la série fait émerger au contraire une extrême diversité, qui contredit une fois de plus le discours éculé sur l'intimisme du cinéma français.
Les deux petits films de Philippe Ramos, L'arche de Noé et Ici-bas, ne démentent pas la tonalité mystique des titres : à travers les histoires d'un prêtre et de gens de la campagne, le cinéaste nous introduit dans un univers qui rappelle les romans de Bernanos et qui détonne par sa force et sa sobriété sur nos habitudes cinématographiques. La beauté du monde d'Yves Caumon a aussi pour cadre la campagne, mais les personnages sont tous de doux dingues loufoques.
Promène-toi donc tout nu d'E. Mouret reprend le sujet plus attendu de la comédie sentimentale sur fond de vacances marseillaises ; mais là aussi, le cinéaste se démarque par un ton ironique et léger sans tomber pour autant dans la parodie (dans le court métrage
Caresse, l'intention ironique est beaucoup plus appuyée et le film n'atteint pas la même grâce : "Décadrage" est aussi l'occasion de voir les variations et la formation d'un style chez ces jeunes cinéastes).
Grâce à cette initiative, peut-être que le moyen métrage, format à part qui recèle des merveilles, sortira enfin de son purgatoire.
Judith Lindenberg
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Rencontre
avec
Thomas
Ordonneau
de Magouric
Distribution |
Thomas Ordonneau : Je viens d'une Fac de Lettres. Ensuite j'ai obtenu une bourse de
Scénariste et j'ai fait un stage en laboratoire. J'ai essayé de toucher à tout. Je crois que la pratique est capitale dans ce métier. Tout ça m'a permis de faire de l'assistanat de production, de la post-production, de la charge et surtout de la diffusion. J'ai commencé à Magouric un an après la création du service production. Au bout de deux ans, je me suis occupé de la diffusion et de la post-production et l'année suivante, je travaillais dans la distribution.
Fluctuat : Pourquoi Magouric présente les films qu'elle distribue comme étant la Jeune garde du cinéma français ?
T.O. : Car c'est avant tout un groupe de cinéastes. Il faut savoir une chose, ils se connaissent tous. Ils ont tous plus ou moins travaillé ensemble. L'un s'occupait de la lumière dans le film de l'autre et vice-versa. Tous ces cinéastes tels que Philippe Ramos, Yves Caumon ou bien les frères Larrieu ont la caractéristique de ne pas venir de Paris. Ils sont assez liés. Il y a interpénétration dans tous les sens.
Fluctuat : On peut aussi déceler une certaine politique de mise en scène dans ce groupe
T.O. : Oui et non ! Ils ont tout de même un univers propre à eux et il est vrai qu'ils sont liés par une volonté singulière de cinéma. C'est un cinéma authentique, dépouillé et dont les enjeux sont visibles dès la première image. D'ailleurs, tous leurs scénarios ne sont pas simplismes comme souvent on a tendance à le croire. Au contraire, il faudrait que vous les lisiez. L'écriture est plus aboutie, plus élaborée. Très littéraire, fluide et non improvisée. Directement, ils instaurent leur propre univers. Chaque fois que je travaille avec leur producteur, je suis souvent abasourdi par leur talent de conteur. Et c'est
d'ailleurs ce qui nous pousse à travailler avec eux. C'est la véritable définition du cinéma chez Magouric.
Fluctuat : Que leur apporte Magouric ?
T.O. : La possibilité de sortir en salle ! Il y a un rapport de générations. Je crois que la bonne entente amène ce résultat. Mais on s'aide mutuellement. Nous ne voulons pas acheter des films à l'étranger pour aller ensuite les revendre. Nous pourrions le faire ! Ce sont des opérations plus commerciales que cinématographiques. Et puis, je ne vois pas pourquoi, nous travaillerions pas avec des gens avec lesquels nous avons les mêmes idées de cinéma. C'est rare de nos jours, vous savez ! Notre travail consiste à développer l'entente entre le producteur et le réalisateur par un supplément au programme. Chaque fois qu'un film sort, un court-métrage du même auteur l'accompagne. C'est une manière comme une autre de fidéliser le spectateur et de mettre en perspective certaines choses telles que la grammaire cinématographique qui n'est jamais récurrente ou bien un univers dont on n'est pas trop habitué à voir.
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