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Fl. : Les titres français de ces quatre films évoquent plutôt
la peinture abstraite, par exemple Silence et cri et
Rouges et blancs. Qu'en est-il des titres originaux ?
M.J. : Ils
sont différents. Pour Rouges et blancs, c'est un passage
d'un chant révolutionnaire. Il parle d'un homme portant des
étoiles, d'un militaire. Pour Psaume rouge, c'est une
citation d'un poème de 1848. Quant à Silence et cri,
j'ai pris un film d'Ingmar Bergman, Le Silence, et un
autre d'Antonioni, Le Cri.
Fl. : Il y a
dans votre oeuvre une forte présence de l'abstraction, soulignée
d'ailleurs par la critique d'alors.
M.J. : L'esthétique
soviétique montrait une volonté de réalisme. Elle était très
terre-à-terre. Contre cela, on a affirmé notre différence. Le
choix de l'abstraction, c'était surtout réactif. On ne voulait
pas tomber dans ce réalisme soviétique.
Fl. : Filmiez-vous
alors des idées ou des hommes? Ou des hommes portant des idées ?
M.J. : Dans
les années 70, la critique disait que le monsieur qui faisait
ces films n'utilisait pas les hommes, que, pour lui, les acteurs
n'étaient que des poupées, des marionnettes. Mais bien sûr,
pour moi, ils se trompaient. Parfois, peut-être, c'était vrai
dans le cadre de la construction dramaturgique des longues séquences.
Mais je n'ai jamais voulu réduire les acteurs à des objets abstraits.
Fl. : La manière
dont vous montrer les femmes s'oppose à cette idée reçue de
froideur et de manipulation. De film en film, elles prennent
de l'importance et se dévoilent, littéralement.
M.J.. : Dans
ces films, les femmes portent l'idée de liberté, de manière
abstraite et symbolique. Je le savais déjà alors. C'était peut-être
la seule chose dont j'étais sûr et dont je suis encore certain.
Que la femme porte en elle la liberté. Les politiciens et le
pouvoir n'acceptent jamais cette idée, même dans les soi-disant
démocraties. Réprimer la femme, c'est réprimer la liberté. Cela,
je le savais.
Fl. : Leur importance
semble culminer dans une image des Trois Grâces. Quel
sens a pour vous cette nudité si présente dans vos oeuvres ?
M.J. : La
nudité, c'était un uniforme. Ce n'était pas par hasard que nous
utilisions des uniformes, entre autres ceux du clergé. La nudité
des pauvres, c'était le symbole d'une égalité. L'uniforme de
l'égalité, si vous voulez.
FL.: Quelles
étaient vos éventuelles influences ?
M.J. : J'avais
surtout en tête quatre réalisateurs, mes professeurs dirais-je
: Michelangelo Antonioni, Ingmar Bergman, Andrzej Wajda, John
Ford. Ce sont définitivement mes emblèmes. Ils ont certainement
nourri mon travail, mais je ne saurais dire précisément en quoi.
Fl. : Des poètes
et écrivains ont participé en grand nombre aux diverses révolutions
de l'histoire hongroise. Aviez-vous alors des références littéraires?
M.J. : Certainement.
Car je ne suis pas né dans le cinéma, à la différence des tout-petits,
aujourd'hui. Tout le monde maintenant est entouré d'images.
Nous, nous ne l'étions pas. Alors on a commencé à chercher dans
la littérature européenne, hongroise... dans des écrits datant
de cent, deux cents ans. On pourrait en retrouver des passages,
des morceaux, dans mes films. Mais où précisément, encore une
fois, je ne sais pas.
Fl. : Selon vous,
vos films ont-ils influencé d'autres réalisateurs ? Je
pense en particulier à Théo Angelopoulos, avec Jours de 36
(1972) et Les Chasseurs (1977)?
M.J. : Dans
les années 60, nous nous sommes rencontrés à Cannes et sommes
devenus amis. C'est, à sa manière, un génie qui fait de très
beaux films. Mais il ne m'a jamais dit s'il s'était inspiré
de mes films.
Fl. : Et votre
compatriote Béla Tarr avec ses longs plans-séquences ?
M.J. : Il
a commencé bien plus tard que moi, dix ans après. Je le connais
bien sûr. On a filmé effectivement les mêmes paysages en utilisant
tous les deux des plans-séquences. Comme si l'un engendrait
l'autre. On peut dire que le paysage, et pas seulement les idées,
induisait le plan-séquence. Il influençait le filmage.
Fl. : Sur quoi
travaillez-vous actuellement?
M.J. : Je
prépare un court-métrage. Le style sera très différent de celui
de ces quatre films. Comme mes trois derniers réalisés depuis
1998, il sera ironique.
Fl. : Je vous
remercie, en espérant une reprise prochaine de tous vos films.
M.J. : Merci.
Entretien réalisé
en français, par Manuel
Merlet,
à Paris, le 5 septembre 2001.
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Jancsó
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