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Fluctuat : Quel est votre premier
contact avec l'œuvre de David Cronenberg ?
Serge Grünberg : C'était à Londres en 1976.
Sortait Rage. La Couverture de Time Out lui était consacré.
C'était une sorte de Bande dessinée, inspirée du Pop Art, avec
une bulle intéressante un peu dans le style situationniste,
et ça m'a donné envie d'aller voir ça. Donc j'ai découvert Cronenberg
comme ça, et ensuite je suis resté un fan, donc j'ai vu son
deuxième film très vite. J'ai pris contact avec lui vers 90,
quand j'ai su qu'il allait réaliser Le Festin nu. J'avais travaillé
sur Burroughs avant, j'avais fait ma thèse de doctorat sur lui
et ça me paraissait tellement juste qu'il réalise le Festin
Nu, parce qu'il semblait tellement proche de Burroughs que j'ai
pris contact avec lui et ça n'a pas cessé depuis. Nos relations
n'ont fait que s'approfondir. Dans le temps j'ai dû faire une
douzaine d'articles qui lui étaient consacrés. J'ai donc été
sur le tournage du Festin Nu. Nos relations ont maintenant dépassé
ce stade-là, mais ça n'empêche pas que je garde un regard critique
sur son œuvre. La critique et l'empathie ne sont pas forcément
contradictoires.
Vous ne l'avez donc pas rencontré avant
le Festin Nu ?
Non. Je suivais sa carrière et puis il y avait d'autres gens
aux Cahiers du Cinéma, en particulier Charles Tesson, qui avaient
déjà écrit pas mal de choses sur lui. De toute façon, il a toujours
suscité un intérêt aux Cahiers, mais un intérêt qui a toujours
été un peu minoritaire. Daney s'y intéressait beaucoup. Je me
souviens que le jour de son enterrement, Skorecki a dit qu'il
était allé à Amsterdam, par une vague de froid extraordinaire,
uniquement pour voir Vidéodrome. Mais il est vrai qu'aux Cahiers,
Cronenberg a commencé à être pris au sérieux à partir de Faux
Semblants, majoritairement.
Pourtant,
il nous semblait que Charles Tesson avait classé Scanners dans
la liste des meilleurs films de l'année, dès sa sortie…
Tout à fait… il a écrit sur Cronenberg avant… Et quand on regarde
dans la liste des articles des Cahiers, je ne crois pas qu'il
ait eu un seul article défavorable. Aux Cahiers, on a commencé
à s'intéresser au cinéma underground avec Shirley Clarke. Cronenberg
a vraiment commencé comme cinéaste underground. Il avait déjà
une petite réputation dans les milieux underground, mais ça,
les Cahiers étaient passés à côté, et moi aussi d'ailleurs.
Et dès qu'il est rentré dans le cinéma commercial, assez vite
on s'y est intéressé. Ce qui est drôle, et ce qui définit assez
bien Cronenberg, c'est que pendant tout le début de sa carrière,
Scanners y compris, il était un peu cantonné aux fanzines, festivals
spécialisés, ce qui l'a d'une certaine façon protégé. Tous les
cinéastes américains importants d'aujourd'hui, et au delà de
l'Amérique, puisque James Cameron est canadien, tous ont fait
leurs premiers pas dans le cinéma de façon un peu protégée :
faire des petits films avec de très petits budgets, des plans
de production infernaux, des tournages pas possibles, pour être
confronté non pas à la grande critique hollywoodienne, qui,
de toute façon, n'a pas tellement de goût, mais justement à
des micro-milieux de fans… Je crois que c'est souhaitable, certainement
aujourd'hui plus que jamais.
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