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avec Allociné

Quelques mots avec
Asia Argento


Fluctuat : Pourquoi avoir choisi de conclure votre film sur cette symbolique chrétienne ?
Asia Argento : La fin n'est pas chrétienne du tout. La vierge Marie n'est pas une sainte, c'est un être humain. J'ai lu pas mal de livres qui expliquaient comment à cette époque, les romains violaient des jeunes filles en se faisant passer pour des anges. Les jeunes filles pensaient alors être enceintes des anges !

Flu : Pourtant, la dernière image de Kirk, en haut des escaliers, dans cette lumière blanche, rappelle une sorte d'image christique…
A.A. : Non … je ne vois pas ça … bien que je sois fascinée par les archétypes chrétiens et l'esthétique qui leur est liée, comme tous ces saints recouverts de sang et ces pauvres femmes brûlant dans les flammes. Je ne suis pas chrétienne … je n'ai pas même été baptisée. C'est juste une fascination pour l'imagerie.

Flu : Autre chose… vous dites que votre film n'est pas fantastique et qu'il n'a rien à voir avec les films d'horreur tels que les fait votre père. Il y a pourtant un quelques scènes très inspirées d'une certaine imagerie sanglante, quelques images horribles … (la scène de l'ovredose, le fœtus à 2 têtes …)
A.A. : Et bien … c'est plus Fellini à ce moment là que Dario Argento. Néanmoins … je suppose que tout cela est aussi en moi depuis très longtemps. Je n'ai jamais pensé le faire de façon consciente. Ce sont aussi des obsessions au fond de moi … je n'ai pas besoin de les rattacher à mon père. J'ai vu Suspiria quand j'avais 5 ans ! Je n'ai pas besoin de repenser à chacune de ces scènes … je les ai vues au moins 15 fois depuis que je suis adulte !

Flu : Enfin, comment vous ressentez-vous maintenant le fait de dévoiler autant votre intimité, de la partager ainsi avec votre public ?
A.A. : C'est une arme à double tranchant : d'un côté, c'est une façon de blesser les gens, ou d'être proche d'eux très vite. C'est un peu comme avoir un rapport sexuel avec quelqu'un que vous ne connaissez pas. Vous prenez de l'amour très vite, pour rien, mais en même temps vous vous sentez très vulnérable … vous vous faites du mal. Il est très facile de me blesser. Je ne suis pas détachée de ce film … et pourtant, j'ai toujours été très détachée de tout ce que j'ai fait avant, je ne me souciais pas vraiment de ce que les gens disaient et pensaient après coup. Mais là, je prends les attaques comme quelque chose de personnel … et naturellement, cela me blesse profondément.

Propos recueillis par Nicolas Martin