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avec Allociné

[A l'occasion de l'édition numérique du scénario de Peau d'homme, coeur de bête, fluctuat.net s'est associé à OOhOO.com pour un entretien exclusif avec Hélène Angel]

retrouvez l'intégralité du scénario chez 00h00.com

Entretien
avec

Hélène Angel


Peau d'homme, cœur de bête : un premier film chaleureux, violent, servi par une myriade de talentueux comédiens. Hélène Angel réussit à filmer la virilité, fraternité et l'explosion des sentiments. L'Angel des maudits nous parle...

Comment vous est venue l'idée de ce film ?

Lorsque j'ai terminé La Vie Parisienne (court métrage de fiction, 38mm, 1995, NDLR), l'idée de Peau d'homme... m'est venue juste après. Un film en amène un autre. J'ai toujours un temps de gestation durant l'écriture. Je classe, j'observe et je recense tous ce que je peux trouver dans la vie, dans mon entourage. Au final, j'ai en ma possession un tas de documents qui me seront utiles pour le scénario. Par exemple, pour le personnage de Coco, je me suis surtout arrêtée aux faits divers que j'ai pu lire dans la presse. J'ai essayé de comprendre comment tout cela fonctionnait. C'est toujours de cette façon que j'écris un scénario.

Est-ce que la présence féminine dans votre film est un frein à la bestialité ?

Oui. Les femmes ne sont pas porteuses de violence car elles sont plus distanciées dans le film. De toute façon, tous mes personnages masculins ont eu des problèmes avec des femmes à des degrés divers.

On ne peut qu'être surpris par ce regard féminin d'Aurélie qui est en quelque sorte la narratrice du film...

Je pense qu'on a tous des souvenirs d'enfance qui sont restés gravés en nous. Un enfant, c'est une éponge. Il voit tout et même s'il ne comprend pas tout, il le perçoit. C'est pour ça que j'ai donné une place importante au regard d'Aurélie que je considère être le fil conducteur du film. C'est une observation absolue au sein d'une famille comme celle des Pujol. Aurélie ne juge pas, elle les fixe mais ne s'emporte jamais. C'est comme un cinéaste... il doit aimer ses personnages - il sait pertinemment que ce sont des êtres humains - ne pas les juger sinon ce serait malhonnête.

Dans la première partie du film, on sent le désir de présenter les personnages sous une forme lyrique...

J'avais envie de faire autre chose que du réalisme quotidien. Prendre des risques et y aller sans me retourner. Et puis je raffole de tout ce qui est poétique, lyrique... notamment lors de cette séquence du banquet qui rappelle sans cesse les chants moyenâgeux où les chevaliers rendaient hommage à celles qu'ils aimaient. Un code familial où l'honneur a une place importante.

Peut-on qualifier la famille Pujol de gens médiocres ?

Je n'aime pas ce terme que je trouve trop dur. Selon moi, les histoires de familles parlent à nous tous. Même s'il n'y a pas de meurtres ou de viols, nous avons toujours eu une approche différente voire sentimentale avec toutes ces histoires de famille. Elle n'est pas médiocre... plutôt extraordinaire car elle vit une tragédie qui n'est pas souvent quotidienne. Si vous dites que c'est une famille médiocre, vous en venez à dire que je suis médiocre. Il y a du Coco en moi comme il y a du Francky. C'est simple !

Mais alors comment peut-on qualifier tout ces comportements ? Pudiques ou dérangés ?

Ni l'un ni l'autre. Ils s'aiment dans cette famille mais ils ont du mal à l'exprimer. Ils ont des sentiments violents, extrêmes. On a envie de leur dire "calmez-vous !". Je pense aussi que ça ne doit pas être évident de vivre avec eux !

On sent aussi une absence paternelle ?

On sent qu'il y a une image de la virilité qui essaie de se transmettre de génération en génération. De plus, l'absence du père a férocement marqué ces trois frères. Ils n'arrivent pas à se défaire de ce fantôme mais bizarrement, ils en sont fiers. C'est pourquoi ils répètent les choses de la vie. Ce n'est pas pour rien que Francky est flic et Coco légionnaire. Ils sont dans un cercle vicieux. Le problème du père n'est pas résolu. C'est symptomatique. L'idée de pouvoir est mise en valeur par les métiers de ces trois frères et confirme que cette violence qu'ils dégagent est l'incapacité de nommer leur douleur. C'est une manière pour moi d'essayer de comprendre cette tradition pesante de la masculinité dans une famille. Et on le voit bien avec Coco, ça en devient insoutenable.

Mais pourquoi la mère ne réagit pas ?

Elle ne réagit pas car ce serait avouer son échec. Elle les aime ses enfants. Réagir serait admettre qu'elle n'a pas été une bonne mère. Que leur éducation fut lamentable. C'est pourquoi elle accepte tout et se terre dans un mutisme volontaire. Alors que la femme de Francky, qu'on ne voit jamais, a décidé de partir car elle ne supportait plus cette atmosphère. C'est une sorte d'indice que j'ai voulu donner au spectateur pour qu'il ressente un désir de retour. Il y a souvent dans ce film la thématique du retour. Coco revient après quinze années d'errance, les deux jeunes filles reviennent auprès de leur père et surtout Alex qui revient dans la logique des choses : la famille.

Tout ce mécanisme engendre aussi des faits et gestes totalement déraisonnés de la part des personnages...

Tout ceci n'explique pas cela. Je ne peux vous définir ce déraisonnement mais il est évident pour moi qu'ils en arrivent à commettre des actes tragiques. Alex, par exemple, suit une ligne pas forcément explicite, qui l'amène a réagir comme il le fait. Cela peut paraître étrange mais c'est inévitable. N'oubliez pas que c'est un film qui traite essentiellement de l'inconscient...

Ce qui explique la présence de la séquence du cauchemar !

Tout à fait. Je voulais une fois de plus prendre des risques d'un point de vue stylistique. C'est pour ça qu'on a cette impression d'assister à une scène onirique. C'est volontaire. Je voulais traiter la vérité des propos de la sœur aînée par les codes picturaux du conte filmique. C'est-à-dire accentuer le côté morbide de la scène et travailler la couleur ainsi que la photo. Ce qu'il faut retenir de cette séquence, c'est que les parents bouffent leurs enfants. On parlait du rôle de la mère. Je pense que c'est clair ! La présence de l'adulte symbolise un espace cinématographique important : le huis-clos. Ils étouffent leurs enfants.

Vous avez quelques projets ?

Oui plusieurs... mais je ne peux pas vous les dire ! Désolé ! En tout cas, je réfléchis à trois scénarios....

Propos recueillis par
Gaëlle Poyade & Samir Ardjoum

>Peau d'homme, cœur de bête, chronique du film

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(Jeu-concours ouvert jusqu'au 26.10.2000)

Le Forum des Images organise une scéance spéciale de Peau d'Homme Cœur de Bête le vendredi 6 octobre 2000 en présence de Hélène Angel. 
Rencontre-débat à 19h au Forum des images, Porte Saint-Eustache, Forum des Halles, 75001 Paris
>> le site du Forum des Images