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Lauréat de nombreux
prix pour les publicités quil a réalisées, une même envie lamène
dans ces deux genres à parler de la société.
« Pour moi, ce film est autant une réflexion sociologique quun
portrait. Jai dit ce que je pensais dans un style très commercial, jessaye
de faire de même ici. Jai commencé ma carrière dans un style très
réaliste et depuis trente ans, je travaille dans ce style. Aujourdhui, jai
pensé quil fallait que je condense mon expression, que je la simplifie,
que je la purifie. Mais, en fait, je dis les mêmes choses que quand jétais
jeune. Je faisais déjà part de mes opinions sur la société ! Sauf quaujourdhui
jai trouvé un style un peu plus abstrait, mais en fait le sujet est le
même. Il sagit toujours de la vulnérabilité humaine, du respect quon
lui porte, des humiliations, comment faire face, le sentiment de
culpabilité et comment sen sortir
Vous avez des nerfs dans vos mains,
vous pouvez vous coincer un doigt, mais vous avez aussi les nerfs de lâme
qui font tout aussi mal quand on les touche. Et cest pourquoi nous avons
cette culpabilité spécifiquement humaine. Pour moi, la culpabilité est
une chose étrange. Nous lavons, et nous aimerions si souvent ne pas lavoir,
parce que cela serait plus simple de continuer, davancer sans elle. Et
comment se sortir de cette conscience des choses
? »
Le film se
construit autour de personnages vivant séparément un événement face
auquel ils se retrouvent seuls. Leur unique dénominateur commun étant quils
appartiennent à une même société. Loin dêtre linéaire, la structure
du film ne satisfait cependant pas le réalisateur qui aurait voulu être
plus radical.
« En Suède,
en Scandinavie, et même peut-être partout dans le monde, il y a cette
particularité dans la manière de raconter les histoires. Cest ce que jappelais
une philosophie anglo-saxonne de la dramaturgie, et cest ce qui fait que
la plupart des films sont similaires. Ils sont toujours structurés de la
même façon et je trouve cela très ennuyeux. Je voulais casser cela, aller
à lencontre de cette mode, faire quelque chose de plus associatif, mais
après coup je me suis rendu compte que javais été trop sage et un peu
trop lâche. Cest beaucoup plus conventionnel que prévu, javais
prévu dêtre complètement libre
»
Si ses esprits
étaient occupés à jouer avec une lâche culpabilité, le réalisateur a
cependant travaillé dans des conditions dindépendance. Possédant son
propre studio, il put travailler au film pendant quatre ans, sans même
conduire une société de production à la faillite. Comment en est-il
arrivé à avoir ce studio, pourquoi ce choix, est-ce la seule façon de
réaliser des films suédois ?
« En Suède
nous avons également un système daide à la creation et des
financements provenant de lEtat. Mais comme toujours ces fonds sont aux
mains de la bureaucratie. Et jai pensé que je nappartenais pas à
cette bureaucratie. Ils ne maiment pas et moi non plus parce que je les
trouve incompétents. Donc jai eu le sentiment de devoir être en marge.
Jy ai pensé de façon très pragmatique et jai construit cette façon
dont nous travaillons aujourdhui, de manière très indépendante, enfin
je lespère
Dans un sens on ne peut jamais être indépendant,
pourtant jai essayé de le faire et cela ma pris beaucoup de temps
pour créer ces conditions. »
Loin dêtre
emprunt didéalisme ou de faire la part belle aux numéros de claquettes,
le titre de ce film évoque une comédie musicale. Doù vient un tel
titre ?
Cest
tellement banal
Cest simplement parce que jécrivais des notes sur
le film sur un carnet dans mon studio situé au deuxième étage. Et je me
suis dit que ce titre Chanson du Deuxième Étage sonnait vraiment
bien et que je pourrais peut-être lui trouver une raison. Mais quand nous
avons eu fini le film, elle semblait de moins en moins évidente. Nous avons
quand même conservé ce titre
Bien sûr, il y a un lien avec le livre de
Dostoïevski Mémoires écrits dans un souterrain et il y a sans
doutes de nombreux liens avec ce livre, et jirai plus loin : si ce titre
navait pas existé, je ne laurai sans doute pas trouvé
Il sagit
de notes, de réflexions sur lexistence
»
Pourtant laspect
musical du film est évoqué à deux reprises : dans le titre et dans une
séquence au cours de laquelle les passagers du métro se mettent à chanter
Pourquoi cette référence sous-jacente à la comédie musicale ?
« Cette
chanson provient plus dune complainte de désespoir et de tristesse, d'une
douleur mentale. Cest comme de lopéra. Cela fait longtemps que jai
cette idée. Je voulais avoir une séquence au cours de laquelle des
personnes dune institution officielle, comme la poste ou une banque, se
mettraient soudainement à chanter à cause de leurs souffrances
»
De même, on
retrouve une certaine filiation dans lutilisation du maquillage qui fige
les traits de chaques protagonistes dans un voile blanc
Pouvez-vous nous
dire ce que cette façon de grimer vos acteurs signifie ?
« Je
souhaitais que les personnages soient plus universels. Je les ai grimé de
cette manière afin quils représentent lespèce humaine plus que des
individus spécifiques. Le monde occidental connaît le visage blanc à
travers celui du clown, que nous retrouvons également dans le théâtre
japonais. Tous deux représentent lespèce humaine et son universels. Je
cherchais cette universalité parce que je pense que nous sommes tous
similaires. Je voulais que de cette manière nous soyons amenés à
ressentir une empathie à légard des personnages. »
Pourriez-vous
nous dire comment vous avez déterminé votre façon de cadrer chaque
scènes ?
« Je nai
jamais construit les plans dans une recherche de la diagonale ! Jai
cadré en fonction de ce que je ressentais, de ce qui me semblait être le
mieux après avoir essayé sous différents angles
Mais je me fie le plus
souvent à mon instinct »
Propos
recueillis et traduits par Anne-Laure BELL
lire aussi la
chronique de Chansons du deuxième
étage
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