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avec Allociné

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entretien avec
Roy Andersson
(Chanson du deuxième étage)

Roy Andersson appartenait à la génération montante des cinéastes suédois en 1970. Il a réalisé de grands succès, notamment Histoire d’Amour Suédoise. Il cherchait à y décrire alors la vie de tous les jours de manière très prosaïque. Connu pour son exigence et sa recherche formelle, il signe Chanson du Deuxième Étage, présenté à Cannes cette année… Rencontre éclair autour d’un double scotch.


Lauréat de nombreux prix pour les publicités qu’il a réalisées, une même envie l’amène dans ces deux genres à parler de la société.

« Pour moi, ce film est autant une réflexion sociologique qu’un portrait. J’ai dit ce que je pensais dans un style très commercial, j’essaye de faire de même ici. J’ai commencé ma carrière dans un style très réaliste et depuis trente ans, je travaille dans ce style. Aujourd’hui, j’ai pensé qu’il fallait que je condense mon expression, que je la simplifie, que je la purifie. Mais, en fait, je dis les mêmes choses que quand j’étais jeune. Je faisais déjà part de mes opinions sur la société ! Sauf qu’aujourd’hui j’ai trouvé un style un peu plus abstrait, mais en fait le sujet est le même. Il s’agit toujours de la vulnérabilité humaine, du respect qu’on lui porte, des humiliations, comment faire face, le sentiment de culpabilité et comment s’en sortir… Vous avez des nerfs dans vos mains, vous pouvez vous coincer un doigt, mais vous avez aussi les nerfs de l’âme qui font tout aussi mal quand on les touche. Et c’est pourquoi nous avons cette culpabilité spécifiquement humaine. Pour moi, la culpabilité est une chose étrange. Nous l’avons, et nous aimerions si souvent ne pas l’avoir, parce que cela serait plus simple de continuer, d’avancer sans elle. Et comment se sortir de cette conscience des choses… ? »

Le film se construit autour de personnages vivant séparément un événement face auquel ils se retrouvent seuls. Leur unique dénominateur commun étant qu’ils appartiennent à une même société. Loin d’être linéaire, la structure du film ne satisfait cependant pas le réalisateur qui aurait voulu être plus radical.

« En Suède, en Scandinavie, et même peut-être partout dans le monde, il y a cette particularité dans la manière de raconter les histoires. C’est ce que j’appelais une philosophie anglo-saxonne de la dramaturgie, et c’est ce qui fait que la plupart des films sont similaires. Ils sont toujours structurés de la même façon et je trouve cela très ennuyeux. Je voulais casser cela, aller à l’encontre de cette mode, faire quelque chose de plus associatif, mais après coup je me suis rendu compte que j’avais été trop sage et un peu trop lâche. C’est beaucoup plus conventionnel que prévu, j’avais prévu d’être complètement libre… »

Si ses esprits étaient occupés à jouer avec une lâche culpabilité, le réalisateur a cependant travaillé dans des conditions d’indépendance. Possédant son propre studio, il put travailler au film pendant quatre ans, sans même conduire une société de production à la faillite. Comment en est-il arrivé à avoir ce studio, pourquoi ce choix, est-ce la seule façon de réaliser des films suédois ?

« En Suède nous avons également un système d’aide à la creation et des financements provenant de l’Etat. Mais comme toujours ces fonds sont aux mains de la bureaucratie. Et j’ai pensé que je n’appartenais pas à cette bureaucratie. Ils ne m’aiment pas et moi non plus parce que je les trouve incompétents. Donc j’ai eu le sentiment de devoir être en marge. J’y ai pensé de façon très pragmatique et j’ai construit cette façon dont nous travaillons aujourd’hui, de manière très indépendante, enfin je l’espère… Dans un sens on ne peut jamais être indépendant, pourtant j’ai essayé de le faire et cela m’a pris beaucoup de temps pour créer ces conditions. »

Loin d’être emprunt d’idéalisme ou de faire la part belle aux numéros de claquettes, le titre de ce film évoque une comédie musicale. D’où vient un tel titre ?

“C’est tellement banal… C’est simplement parce que j’écrivais des notes sur le film sur un carnet dans mon studio situé au deuxième étage. Et je me suis dit que ce titre Chanson du Deuxième Étage sonnait vraiment bien et que je pourrais peut-être lui trouver une raison. Mais quand nous avons eu fini le film, elle semblait de moins en moins évidente. Nous avons quand même conservé ce titre… Bien sûr, il y a un lien avec le livre de Dostoïevski Mémoires écrits dans un souterrain et il y a sans doutes de nombreux liens avec ce livre, et j’irai plus loin : si ce titre n’avait pas existé, je ne l’aurai sans doute pas trouvé… Il s’agit de notes, de réflexions sur l’existence… »

Pourtant l’aspect musical du film est évoqué à deux reprises : dans le titre et dans une séquence au cours de laquelle les passagers du métro se mettent à chanter… Pourquoi cette référence sous-jacente à la comédie musicale ?

« Cette chanson provient plus d’une complainte de désespoir et de tristesse, d'une douleur mentale. C’est comme de l’opéra. Cela fait longtemps que j’ai cette idée. Je voulais avoir une séquence au cours de laquelle des personnes d’une institution officielle, comme la poste ou une banque, se mettraient soudainement à chanter à cause de leurs souffrances… »

De même, on retrouve une certaine filiation dans l’utilisation du maquillage qui fige les traits de chaques protagonistes dans un voile blanc… Pouvez-vous nous dire ce que cette façon de grimer vos acteurs signifie ?

« Je souhaitais que les personnages soient plus universels. Je les ai grimé de cette manière afin qu’ils représentent l’espèce humaine plus que des individus spécifiques. Le monde occidental connaît le visage blanc à travers celui du clown, que nous retrouvons également dans le théâtre japonais. Tous deux représentent l’espèce humaine et son universels. Je cherchais cette universalité parce que je pense que nous sommes tous similaires. Je voulais que de cette manière nous soyons amenés à ressentir une empathie à l’égard des personnages. »

Pourriez-vous nous dire comment vous avez déterminé votre façon de cadrer chaque scènes ?

« Je n’ai jamais construit les plans dans une recherche de la diagonale ! J’ai cadré en fonction de ce que je ressentais, de ce qui me semblait être le mieux après avoir essayé sous différents angles… Mais je me fie le plus souvent à mon instinct »

Propos recueillis et traduits par Anne-Laure BELL

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