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captive" |

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entretien
avec
Chantal Akerman
(suite) |
Flu : La bande son est assez exceptionnelle ! Comment lavez vous travaillée ?
C.A. : La musique dans ce genre de film apporte une tension concrète et diaboliquement efficace. Mais je voulais aussi une certaine diversité. Si vous opposez les
séquences de filatures et celle qui clôt le film, vous constaterez que la bande son est identique et doublement infaillible. De la tension, on passe au lyrisme !
Flu : Tout comme "Vertigo" !
C.A. : Evidemment ! Le film dHitchcock traite dune obsession amoureuse et ce nest donc pas un hasard si lon y trouve quelques similitudes avec mon film.
Dailleurs, je lavais revu avant de faire le film !
Flu : Comment sest passé votre rencontre avec les deux jeunes acteurs, Sylvie Testud et Stanislas Merhar ?
C.A. : Ca sest passé ! Stanislas est beaucoup plus timide et renfermé, tout le contraire de Sylvie
A la lecture du scénario, Sylvie voulait à tout prix faire le film même si
son audition ne mavait pas convaincue. Et puis tout sest illuminé lorsque je les ai vus ensemble. Il y eut un désir de créer quelque chose qui ma tout de suite
fascinée. Et cest un plaisir pour un metteur en scène de ressentir cela. Le contraste entre eux était très fort. Et cela fonctionnait à merveille pour les personnages.
Ensuite je les ai fait travailler chez moi pour que nous puissions sympathiser et surtout pour quil y ait un échange bénéfique et utile. Souvent, tous les acteurs du film
se retrouvaient à mon domicile
Il y avait une certaine connivence qui amenait une idée de cinéma qui me plaisait. Il faut savoir sadapter aux exigences des acteurs
et ne pas trop leur taper dessus sinon vous narriverez à rien, ce qui serait la fin du tournage.
En ce qui concerne "La Captive", jai essayé de leur donner toutes les indications possibles sans pour autant les brusquer ou bien les ennuyer avec des analyses
idiotes et impossibles. Cela sest fait progressivement et cest comme cela que lorsque nous nous sommes retrouvés sur les lieux de tournage, ils étaient prêts et surtout ils avaient de la
place pour exister !
Flu : Vous avez toujours procédé ainsi pour la direction dacteurs ?
C.A. : Ca dépend ! Jai eu la chance de répéter trois semaines avant le tournage avec les principaux comédiens, cest la première fois ! Par exemple, sur
"Le Divan à New York", jai beaucoup travaillé avec William Hurt car il me lavait demandé, au contraire de Juliette Binoche. Il ny a jamais un film qui se ressemble. Tout est lié
aux gens avec lesquels vous travaillez. Il ny a pas de véritables lois comme il ny a pas de règles absolues ! Je nai pas de méthodes spécifiques ! Les acteurs
sadaptent à mon univers et moi jen fais autant.
Flu : Comment adapter Proust ?
C.A. : Je nai pas essayé de coller au texte. Lunique question que je me suis posée fut la
suivante : Que te restes-t-il en mémoire ? Adapter un monument comme Proust revient tout simplement à filmer laffection, lémotion et la tristesse. Ensuite nous sommes revenus au livre pour quelques détails. Il y a eu comme cela des
va-et-vient littéraires et concrets. La lettre au cinéma nest pas une excellente solution surtout lorsquil y a une adaptation littéraire en jeu. On ne peut pas sinspirer
du livre sinon cela devient une sorte de bataille - perdue davance - contre la littérature. Et puis, je me suis sentie comme chez moi avec Marcel. Je ne voulais pas
faire un film où le spectateur serait constamment écrasé. Ce genre de prétention absurde ne mintéresse pas. Un homme ma dit en voyant le film que cest une vérité
paradoxale. Il na pas tout à fait tort.
Entretien réalisé par Yves Le Corre et Samir Ardjoum
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