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avec Allociné

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interview
Marzieh Meshkini


Marzieh Meshkini
: Je vais vous raconter une petite histoire. C'était il y a cinq ans. Samira Makhmalbaf avait refusé de poursuivre ses études. Au début, cela nous avait énormément choqués car nous savions que Samira était douée, par conséquent, nous ne comprenions pas son choix de tout arrêter. En fait, elle voulait tout simplement apprendre par elle-même et notamment grâce au cinéma. Un outil de communication qu'elle jugeait irréprochable. Son père, Mohsen, a donc pris la décision de fonder une sorte d'école de cinéma privée où les membres seraient en partie constitués de sa famille et de quelques amis proches. Ce serait un endroit où l'on apprendrait la force et le langage cinématographique. Et c'est de là que j'ai commencé à m'y intéresser de plus près.

Flu : Ce qui est assez intéressant dans vos propos et qui frappe immédiatement, c'est le temps que vous preniez pour raconter une histoire. Chose que j'ai d'ailleurs ressenti en voyant votre film…
Je n'ai pas vraiment raconté d'histoire, j'ai relaté les faits comme cela s'est réellement passé. Il y avait le début (le refus de Samira), le milieu (la création par Mohsen de cette école de cinéma) et la fin (mon envie d'en faire partie). Il y a eu un cheminement qui a fait que cette histoire s'est crée ainsi. Certaines personnes m'ont fait remarquer l'absence de fin dans mon film, ce qui est assez surprenant. Mais comme le spectateur s'empare du film pour en faire ce qu'il veut, il est libre de penser ce qu'il veut de mon histoire. Vous pensez, peut-être qu'il y avait une fin…soit ! mais d'autres sont en désaccord avec vous et ils ont aussi raison que vous ! C'est surprenant mais c'est ainsi que fonctionne le cinéma !

Le jour de la sortie de votre film coïncide avec la Journée de la femme. Avez-vous rencontré quelques difficultés au cours de l'élaboration de votre film ?
Dans tous les pays du monde, il y a une méfiance entre les hommes et les femmes. De plus, les grosses responsabilités dans les festivals ou bien dans les gouvernements ont toujours été attribuées aux hommes, comme si cela ne pouvait être à la charge d'une femme. Allez comprendre pourquoi ! En Iran, il y a 500 réalisateurs dont 10 sont des femmes. Tout de suite, les gens remarquent la différence. Et je l'ai tout de suite ressenti cette différence. Tous les jours, je devais tirer les choses au clair sur le plateau de tournage et leur faire comprendre que l'auteur du film, c'était moi et surtout que je savais ce que je faisais. Les hommes avaient du mal à m'écouter car ils étaient assez réticents à l'idée que cela soit une femme qui dirige tout cela. Je devais dépenser deux fois plus d'énergie qu'un homme pour arriver à mes fins. Mais attention, il ne faut pas généraliser cette situation uniquement qu'en Iran. En France, combien y a-t-il de femmes cinéastes ?

Pourquoi avoir choisi de diviser votre film en trois sketchs ?
J'avais envie de montrer trois étapes différentes de la vie d'une femme, dans trois lieux différents et dans trois périodes différentes. Si je m'étais concentrée sur une seule femme, je n'aurais pas pu raconter autant de choses.

Vous avez énormément travaillé le son dans votre film…
Il y a deux parties dans le cinéma, le son et l'image. L'image, c'est le corps du film. Elle peut prendre plusieurs formes, être belle ou totalement simple. Mais le son, c'est l'âme du film. Si vous voulez communiquer avec un être humain, il faut que vous connaissiez son âme. Pour avoir les deux dans un film, il faut qu'il y ait une parfaite harmonie entre ces deux critères.

Vous avez d'autre projets ?
Il faut que vous sachiez une chose. Dans l'école de cinéma de Mohsen Makhmalbaf, l'enseignement se fait en deux parties. On apprend ce qu'est le cinéma puis on en fait. Faire un film, c'est s'exprimer. Pour savoir écrire un verset, ou un poème, ou raconter une histoire, il faut connaître le sens des mots et surtout la force de ces mots. Au cinéma, c'est exactement la même chose, sauf que nous parlons en terme d'images. Je ne suis pas encore assez familière de l'image dans le sens esthétique du terme. Une image qui n'a pas grand chose à dire ne sert à rien. Par contre, une image qui porte les souffrances, les désirs ou bien les envies de son auteur, cette image-là est à conserver. Il faut que je sois satisfaite de ce que j'ai fait, de ce que je fais et de ce que je ferais !

Propos recueillis par Samir Ardjoum

 

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