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avec Allociné

 

au reflet médicis jusqu'au 8 janvier 2001
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Pépé le Moko

Julien Duvivier
rétrospective
au Reflet Médicis

"Si j'étais architecte et devais construire un monument du cinéma, je placerais une statue de Duvivier au-dessus de l'entrée. Ce grand technicien, ce rigoriste, était un poète. Ses films ne se limitent jamais à l'exposition du sujet, ils nous entraînent dans un monde à la fois réaliste et irréel. Ses personnages sont vrais, et pourtant il leur arrive d'être fantastiques. Duvivier est un point de départ vers une manière de raconter une histoire avec une caméra qui est, à proprement parler, le style contemporain.
Puisse son influence demeurer"
Jean Renoir


Julien Duvivier le pessimiste amoureux

En France, dans les années trente et donc, à l'avènement du parlant, certains cinéastes avaient un point commun : ils devaient se démarquer de l'envahisseur hollywoodien. Hollywood. Ce pays où l'on trouve tant de désirs, tant de choses incongrues, des producteurs fous amoureux de starlettes diaboliquement ravissantes, des épopées vertigineuses, de beaux gosses se baladant dans des rues semées d'embûches. Duvivier était une exception dans cette règle française et peut-être une référence dans le cinéma mondial. Il fut tellement original qu'il suscita l'admiration d'un Suédois nommé Bergman et d'un être étrange aux multiples nationalités et dont le regard trompait tout le monde, Orson Welles.

On trouvait tout et de tout en effet dans un film de Duvivier ! Une note de facture impayée, un jeune homme qui venait de se faire larguer par sa copine, une histoire d'adultère filmée à la puissance 10, le désarroi sexuel d'une femme frigide, l'envie de réussir entre amis, les parties de pêches le dimanche après-midi, les erreurs judiciaires, la honte de ne pas être comme les autres. Les regards de tous ceux qui eurent envie de dire une fois dans leur vie : je t'aime … et le pessimisme amoureux. Duvivier avait le don de filmer les choses ordinaires d'une façon extraordinaire. Aucun artifice, aucun mouvement de caméra superflu, aucune direction d'acteur exagérée, Duvivier filmait les êtres comme des plaisirs inassouvis.

S'il n'y avait qu'un seul titre à retenir de cette rétrospective, qu'un seul film de Duvivier, qu'une seule œuvre des années quarante à conserver, ce serait Panique (1946). Chef d'œuvre définitif, maintes fois revu et immensément riche en trouvailles visuelles. Panique, c'est l'accomplissement d'un art, d'un style, d'une thématique que seul Duvivier pouvait transcrire à l'image. Bergman lui-même autopsia ce film et en resta pantois. Plans serrés pour mieux cerner la médiocrité de l'être humain, direction éblouissante et surtout une atmosphère fantomatique qui plonge le spectateur dans une spirale où ses propres larmes seront la preuve d'une émotion partagée. Plusieurs scènes confirment le génie de l'espace cinématographique de Duvivier mais une cependant apparaît comme la définition de l'émotion au cinéma : la séquence finale où le plus grand acteur du cinéma français, j'ai nommé Michel Simon, arrive sur la grande place et s'aperçoit de l'absence - mystérieuse - de la foule. Progressivement, il analyse la scène qui s'offre à lui et finit par voir ses propres valises, posées délicatement à même le sol, symbole de l'exclusion. Toute la thématique de Duvivier est dans ce plan, dans le regard de Simon qui, médusé, a compris deux choses : que la solitude, qu'il a toujours vécue, l'exclu définitivement de la société et puis surtout qu'il va être la victime innocente d'une assistance tortionnaire.

Ce qui viendra ensuite sera à double tranchant pour ce cinéaste. Il va sans cesse tourner, ne faire que cela, ce qui le plongera dans une incompréhension assez troublante. Car l'objectif de Duvivier est de montrer aux autres et surtout aux critiques qu'il n'est et ne sera jamais un has-been. Une anecdote assez onirique et amusante est à rappeler. A la sortie de Voici le temps des assassins, le jeune critique François Truffaut écrit dans Arts, le 18 avril 1956 : " Duvivier a tourné 57 films ; j'en ai vu 23 et j'en ai aimé 8. De tous, Voici le temps des assassins me semble le meilleur " Duvivier le contacte et lui propose de collaborer à l'écriture d'un scénario. Le projet prend du temps et semble disparaître. Et puis, Truffaut reçoit une lettre du cinéaste : "Cette nuit, j'ai fait un curieux rêve. vous et moi étions au Havre. Nous étions sur le point d'embarquer pour l'Amérique sur un énorme paquebot dont je voyais très nettement le nom : L'Atlantique…C'était moi qui vous offrais le voyage !!! Mais au moment de monter à bord je m'apercevais que je n'avais pas pris votre billet de passage…Vous entriez dans une colère folle, et me disiez mes quatre vérités. Alors j'allais trouver le chef-purser qui se rappelait que j'avais traversé en 1948 et qui me donnait une cabine. Puis tout à coup nous étions en mer et on me demandait au téléphone…Je ne saurai jamais qui m'appelait car à ce moment je me suis réveillé." La preuve que Duvivier ne voulait pas être mis au banc des indésirables et des tâcherons.

Cette rétrospective, qui se tiendra durant les mois de décembre et janvier au Reflet Médicis, présente une vingtaines de films. Certains seront des surprises. Tous auront la griffe de celui qui aimait à définir son travail par ces quelques phrases : " Le cinéma c'est un métier, un rude métier que l'on acquiert. Personnellement, plus je travaille, plus je m'aperçois que j'apprends et que je ne sais rien proportionnellement aux infinies possibilités cinématographiques "

Samir Ardjoum

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