Michael Winterbottom naît en 1961 dans le Lancashire, dune mère institutrice et
dun père employé chez Philipps. Chez les "derrières dhiver"
(winter bottom) la télévision reste allumée toute la journée. Ainsi le petit Michael
se fait une solide culture cinématographique de films anciens et nouveaux.
Il conserve ses penchants pour l'image en
fréquentant les ciné-clubs locaux alors quil est étudiant en lettres à
luniversité dOxford. Après avoir obtenu une licence, il part à Bristol
suivre une formation cinématographique. Cest à Londres quil fait ses débuts
dans la télévision en travaillant sur des téléfilms en tant quassistant-monteur
à la Thames télévision. Puis il travaille comme documentaliste pour Lindsay Anderson,
qui réalise un documentaire sur le cinéma britannique.
En 1986, il travaille
à la réalisation dune série télé, Boon, qui raconte les déboires de
deux sapeurs pompiers. Cest sur ce tournage quil rencontre Stephen Dillane,
acteur principal de son futur film Welcome to
Sarajevo. Il débute réellement sa carrière de réalisateur en 1988, en
signant deux documentaires sur Ingmar Bergman qu'il na jamais pourtant jamais
filmé. Annonçant déjà un goût pour le montage, il compose son premier portrait,
The Magic lantern, de quelques films amateurs quil tourne et rehausse dune
voix-off tirée des mémoires du grand cinéaste suédois. Il se plonge dans son
uvre pendant six mois, se passionne pour sa méthode de travail, admire sa façon de
tout contrôler. De même, le deuxième volet, Ingmar Bergman : The director, sera
réalisé à partir dinterviews de ses collaborateurs. Bergman ayant un droit de
regard avant diffusion des films, le jeune bleu montre ses films au maître pour son
approbation, quil obtient.
Il travaille pour la
première fois avec Frank Cottrell Boyce en 1989 sur True romance. Cette dramatique
télé pour enfant dune demi-heure, raconte lhistoire dun petit garçon
amoureux de sa voisine plus âgée que lui. Suivent The Strangers en 1989, un film
pour la télévision, puis Forget about me en 1990. Under the sun réalisé
en 1992, raconte lhistoire dune jeune femme qui décide de faire le tour du
monde sans jamais parvenir à dépasser lEspagne. Le tournage se déroule au fur et
à mesure que le scénario sécrit.
La même année, il
le réalise pour une télévision Time riders (En selle pour le passé) et Love
lies bleeding. Cette histoire est tirée dun sujet autobiographique de Rosan
Bennett. Un prisonnier, incarné par Mark Rylance, est en permission pour une journée. Il
retrouve son amie et revoie ses amis de lIRA dont il fait partie. Ce film remportera
le Silver Award du New York Television Festival 1993. Toujours pour la télévision, il
réalise cette année là The Mad woman in the Attic, le premier épisode
dune série qui deviendra un succès : Craker. Diffusée sur Granada, la
série raconte les aventures dun criminologue qui se prend pour un détective.
En 1994, il réalise
toujours pour la télévision - les quatre épisodes de Family. Produit par
son ami de longue date Andrew Eaton et écrit par Roddy Doyle, lauteur de la
trilogie The Commitments, The Snapper et The Van, chaque
épisode expose la vie de la famille Spencer selon le point de vue dun de ses
membres : Le père, Charlo, son fils John Paul, sa fille Nicola, et sa femme Paula
constituent une famille dublinoise archétypale. Ce feuilleton est couronné par de
nombreux prix dans des festivals de cinéma et de télévision du monde entier, et obtient
notamment le prix Europa du programme de l'année 1994 et le Royal Society Award de la
meilleure série dramatique de lannée.
Suite au succès de Family,
Andrew Eaton et Michael Winterbottom sassocient et fondent en mars 1994 Revolution
Film, une société de production qui leur permet de développer leurs propres projets.
Après maintes collaborations avec Frank Cottrell Boyce, tous deux ont le désir de faire
ensemble un film pour le cinéma : Delitious. Portrait de trois jeunes de vingt
ans, projet avorté, économiquement infaisable.
En 1995, naît alors Butterfly
Kiss, film peu coûteux (400 000£), ne mobilisant quune équipe de vingt
personnes. C'est une histoire damour qui a pour cadre lautoroute du Nord de
lAngleterre. Eunice (Amanda Plummer), une sorte damazone des temps modernes,
est à la recherche de Judith. Le corps percé, tatoué, enchaîné, elle écume les
stations service et rencontre Miriam (Saskia Reeves), une serveuse, jeune femme coincée
qui se met en tête de la suivre et avec laquelle elle finira sa route.
Puis Winterbottom
réalise Go now !. Produit par Revolution Film pour la BBC, ce film est tiré
dun scénario écrit par Jim McGovern et Paul Henry Powell. Ces derniers
sétaient rencontrés lors dun atelier décriture pour patient atteint
de la sclérose en plaque. Comme nombre de projet de Winterbottom, le film se réalise
très rapidement : en janvier 1996 la BBC donne son accord, quatre mois plus tard, le
film est terminé. Nick interprété par Robert Carlyle, est atteint par cette maladie
qui, petit à petit, le transforme. Il subit ses symptômes et ne supporte plus ni sa
femme Karen (Juliet Aubrey) ni ses amis du club de foot, qui lui rappellent sa condition
physique antérieure, quand il était considéré comme un excellent amant et adulé pour
ses dribbles et ses buts. Le film ne se contente pas de parler de la maladie, il la place
dans un contexte quotidien, sans exacerber le misérabilisme. Trevor Waite, le monteur de
ce film, remporta le Prix Europa du meilleur montage et les Royal Television Society
Awards couronnèrent Robert Carlyle du prix du meilleur acteur et les deux
scénaristes
du prix du meilleur scénario. Alors quil tournait Go now !,
Michael Winterbottom réfléchissait déjà au scénario de Jude.
La même année il
réalise pour Revolution Films une adaptation du roman de Thomas Hardy Jude
lobscur, son livre préféré. Cet auteur lavait déjà inspiré à tel
point quil avait fait un court-métrage à partir de ses écrits. Jude (Christopher
Eccleston) est un jeune homme instruit qui habite la campagne et rêve dêtre
professeur à Oxford. Ses premières amours lobligent à faire un mariage de
convenance au cours duquel sa femme le quitte. Il part alors pour la ville et tente de
devenir professeur, ce que ses origines sociales, malgré ses connaissances, lui
interdisent. Il tombe amoureux de sa cousine (Kate Winslet) qui laime mais lui
préfère pour un temps un professeur rangé. Mais attirés lun par lautre,
les deux jeunes gens partent finalement ensemble. Lex-femme de Jude revenue
dAustralie où elle avait fuit revient dans sa vie pour lui donner son enfant. Les
amoureux, maintenant parents de deux enfants, vont de villes en villages sans cesse
chassés parce quils vivent en concubinage. Beaucoup trouveront ce film très beau,
très romantique, dautres dont je fais partie, sennuieront devant ce
déploiement de misérabilisme emballé de joliesse. Les décors sont beaux, certes, mais
cette saga à force de rebondissements ne sattarde pas assez sur la nature profonde
des personnages. Peut-être aurais-je préféré que Winterbottom utilise son talent de
cadreur pour resserrer ses images au plus près de ses protagonistes. Maints déboires
entravent ce couple sauvé par lamour, et nous avons parfois limpression
quil ne sagit là que dun épisode rajouté à leur histoire déjà
périlleuse. Quand les trop lourdes entraves sociales conduisent peu à peu à la rupture,
nous savons que rien dheureux ne peut leur arriver.
Ce film, présenté au festival de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, obtint le
prix du Festival de Dinard et le prix du festival des Cinéastes à Madrid, ainsi que le
Michael Powell Award du meilleur film britannique au Festival du Film dEdimbourg.
En 1997, il réalise Welcome to Sarajevo grâce à
Revolution Films. Au sein de sa société de production, il est également producteur
exécutif de Resurection man, réalisé par Marc Evans.
Lannée suivante, il réalise I Want
You, dans lequel il retrouve Marisa Tomei. Rachel Weisz et Alessandro Nivola
font également partie du casting de ce très beau film.
Lannée 1999 ne
fût pas spécialement prolifique pour ce réalisateur habitué à enchaîner les
tournages. Après avoir présenté Wonderland
au dernier Festival de Cannes, il sort cette semaine sur les écrans parisiens With or without you. Allant vers une
précision de plus en plus grande, ce portraitiste populaire arrive à nous toucher par
ses audaces filmiques, ses filtres dans I Want you qui subliment la côte Sud de
lAngleterre, de même que lutilisation audacieuse du montage en accéléré
dans Wonderland transportent le spectateur dans les sentiments de la protagoniste,
perdue dans une grande ville.
On attend avec
impatience son prochain film Kingdom come produit par sa Revolution Films et dont
le tournage est prévu pour février 2000. Ecrit par Frank Cottrell Boyce, le scénario
est une adaptation dun livre de John Irving The Cider House Rule. Nastassia
Kinski et Wes Bentley sont dores et déjà prévus pour incarner les rôles
principaux.
Anne-Laure BELL