|









|

La suite de l'hommage à François
Truffaut... |
|
Si Truffaut éclairait ses films de clins dil pour rendre hommage à ceux
quil aimait, luvre du cinéaste est également truffée de références
artistiques. Citer tel écrivain, comme Julien Davenne dans la Chambre Verte, lui
allumer un cierge pour ne pas loublier, réaliser un film en mémoire dune
esthétique de cinéma disparue, tels étaient les leitmotivs de Truffaut. En même temps
que le cinéma, François Truffaut découvrait la littérature, confortable refuge pour
fuir une enfance malheureuse. L'unité de l'uvre du cinéaste (ces échos
résonnants de film en film) devient alors profondément marquée par lempreinte des
lettres.
Cest à Balzac,
sans doute parce quil sagit de lauteur le plus admiré, que Truffaut
rend hommage en premier dans les Quatre Cent Coups. Ignorant les pièges du
plagiat, le jeune Antoine Doinel recopie dans un devoir scolaire un passage entier de la Recherche
de lAbsolu et, annonçant déjà le personnage de Davenne, crée un autel pour
lécrivain quil admire. Balzac continue de poursuivre Doinel dans les volets
suivants de la saga.
Dans Baisers Volés,
Antoine Doinel, ébloui par Madame Tabard, confond réalité et fiction en plaquant
lintrigue du Lys dans la Vallée sur sa propre vie. Il voit en Fabienne la
figure de Madame de Mortsauf, et s'identifie à Félix de Vandenesse. Mais, tout comme
linstituteur Petite-Feuille brisait lidentification de Doinel en punissant
pour plagiat le jeune garçon, Fabienne Tabard sait rappeler à Antoine la frontière
entre réalité et fiction. " Moi aussi jai lu le Lys dans la
Vallée (
) mais je ne suis pas Madame de Mortsauf et vous nêtes pas Félix
de Vandenesse ". |
Pour célébrer la
littérature, Truffaut réalise également Farenheit 451, plaidoyer pour la
liberté et procès contre ces pompiers, fantômes nazis qui brûlent les livres. Ce film
incite à la mémoire. Les personnages en effet ne trouvent quune solution pour que
les livres survivent aux cruels autodafés : apprendre romans, essais et recueils par
cur, devenir des "hommes-livres " qui se souviennent et transmettent
leur culture. |
 |
Formé par la
littérature mais aussi par le cinéma, notamment grâce aux séances dHenri
Langlois à la Cinémathèque Française, Truffaut sait également rendre hommage au
septième art. Cest en se souvenant des films muets quil a vu pendant son
adolescence que le réalisateur tourne lEnfant Sauvage. Ce film prend en
effet la forme dun muet. Truffaut alterne les ouvertures et les fermetures à
liris, les fondus au noir. Tourné en noir et blanc et contenant très peu de
dialogues, lEnfant Sauvage revendique sa filiation avec le cinéma muet. Et
puis il y a aussi la Nuit Américaine, dédié aux surs Gish, et réalisé en
hommage au cinéma en général, et aux tournages en particulier. Situant laction du
film dans un studio (à Nice), le réalisateur honore un cinéma tourné en décors
artificiels, avec des grues, de la fausse neige et des stars.
Si Truffaut
sintéresse à la littérature et au cinéma, la peinture a également sa place dans
luvre du cinéaste. Dans Domicile Conjugal, Truffaut cite Balthus, et
certains plans des Deux Anglaises rappellent des tableaux du peintre (les falaises,
les chambres à coucher
). Ce même film sachève dailleurs dans le
musée Rodin. Enfin, grand amateur de musique classique, Truffaut reprend des thèmes de
Maurice Jaubert, compositeur mort à la guerre, pour lHistoire dAdèle H
et la Chambre Verte.
Il y a deux genres
de cinéphiles : ceux qui se souviennent et ceux qui se ressouviennent.
Je veux dire que la valeur sentimentale est totalement différente pour la première
catégorie. Vivre avec les morts, tel Jules Davenne dans la Chambre Verte, peut se
traduire dans la cinéphilie comme une envie accrue de ne vivre que pour la personne
aimée. Erreur ou vérité ? Nous ne pouvons y répondre. Certes François Truffaut
manque. Mais en faire une idole ne suffirait pas à remplacer sa présence. Voir ses
films, lire ses écrits, proposer des débats théoriques sur ses uvres et lui
rendre hommage comme nous le faisons (comme il le faisait si souvent), suffit
amplement à lui rendre cest un sentiment personnel sa
véritable place dans le cinéma français
la première.
Samir Ardjoum, Laure Charcossey |
|
|
Des liens :
- Un site très complet sur
François Truffaut. Chronologie, filmographie, affiches, et extraits de textes critiques :
le site de Jean-Christophe Delpias.
|
|