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avec Allociné

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La suite de l'hommage à François Truffaut...

Si Truffaut éclairait ses films de clins d’œil pour rendre hommage à ceux qu’il aimait, l’œuvre du cinéaste est également truffée de références artistiques. Citer tel écrivain, comme Julien Davenne dans la Chambre Verte, lui allumer un cierge pour ne pas l’oublier, réaliser un film en mémoire d’une esthétique de cinéma disparue, tels étaient les leitmotivs de Truffaut. En même temps que le cinéma, François Truffaut découvrait la littérature, confortable refuge pour fuir une enfance malheureuse. L'unité de l'œuvre du cinéaste (ces échos résonnants de film en film) devient alors profondément marquée par l’empreinte des lettres.

L'affiche des Quatre Cents coups, 1959
Truffaut et Jean-Pierre Léaud, au mixage de "Baisers volés", 1968

C’est à Balzac, sans doute parce qu’il s’agit de l’auteur le plus admiré, que Truffaut rend hommage en premier dans les Quatre Cent Coups. Ignorant les pièges du plagiat, le jeune Antoine Doinel recopie dans un devoir scolaire un passage entier de la Recherche de l’Absolu et, annonçant déjà le personnage de Davenne, crée un autel pour l’écrivain qu’il admire. Balzac continue de poursuivre Doinel dans les volets suivants de la saga.

Dans Baisers Volés, Antoine Doinel, ébloui par Madame Tabard, confond réalité et fiction en plaquant l’intrigue du Lys dans la Vallée sur sa propre vie. Il voit en Fabienne la figure de Madame de Mortsauf, et s'identifie à Félix de Vandenesse. Mais, tout comme l’instituteur Petite-Feuille brisait l’identification de Doinel en punissant pour plagiat le jeune garçon, Fabienne Tabard sait rappeler à Antoine la frontière entre réalité et fiction. " Moi aussi j’ai lu le Lys dans la Vallée (…) mais je ne suis pas Madame de Mortsauf et vous n’êtes pas Félix de Vandenesse ".

Pour célébrer la littérature, Truffaut réalise également Farenheit 451, plaidoyer pour la liberté et procès contre ces pompiers, fantômes nazis qui brûlent les livres. Ce film incite à la mémoire. Les personnages en effet ne trouvent qu’une solution pour que les livres survivent aux cruels autodafés : apprendre romans, essais et recueils par cœur, devenir des "hommes-livres " qui se souviennent et transmettent leur culture.

Farenheit 451, réalisé en 1966

Formé par la littérature mais aussi par le cinéma, notamment grâce aux séances d’Henri Langlois à la Cinémathèque Française, Truffaut sait également rendre hommage au septième art. C’est en se souvenant des films muets qu’il a vu pendant son adolescence que le réalisateur tourne l’Enfant Sauvage. Ce film prend en effet la forme d’un muet. Truffaut alterne les ouvertures et les fermetures à l’iris, les fondus au noir. Tourné en noir et blanc et contenant très peu de dialogues, l’Enfant Sauvage revendique sa filiation avec le cinéma muet. Et puis il y a aussi la Nuit Américaine, dédié aux sœurs Gish, et réalisé en hommage au cinéma en général, et aux tournages en particulier. Situant l’action du film dans un studio (à Nice), le réalisateur honore un cinéma tourné en décors artificiels, avec des grues, de la fausse neige et des stars.

Si Truffaut s’intéresse à la littérature et au cinéma, la peinture a également sa place dans l’œuvre du cinéaste. Dans Domicile Conjugal, Truffaut cite Balthus, et certains plans des Deux Anglaises rappellent des tableaux du peintre (les falaises, les chambres à coucher…). Ce même film s’achève d’ailleurs dans le musée Rodin. Enfin, grand amateur de musique classique, Truffaut reprend des thèmes de Maurice Jaubert, compositeur mort à la guerre, pour l’Histoire d’Adèle H et la Chambre Verte.

Il y a deux genres de cinéphiles : ceux qui se souviennent et ceux qui se ressouviennent. Je veux dire que la valeur sentimentale est totalement différente pour la première catégorie. Vivre avec les morts, tel Jules Davenne dans la Chambre Verte, peut se traduire dans la cinéphilie comme une envie accrue de ne vivre que pour la personne aimée. Erreur ou vérité ? Nous ne pouvons y répondre. Certes François Truffaut manque. Mais en faire une idole ne suffirait pas à remplacer sa présence. Voir ses films, lire ses écrits, proposer des débats théoriques sur ses œuvres et lui rendre hommage comme nous le faisons (comme il le faisait si souvent), suffit amplement à lui rendre – c’est un sentiment personnel – sa véritable place dans le cinéma français… la première.

Samir Ardjoum, Laure Charcossey

Des liens :

- Un site très complet sur François Truffaut. Chronologie, filmographie, affiches, et extraits de textes critiques : le site de Jean-Christophe Delpias.