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Portraits Volés : lhommage dans luvre de
François Truffaut |
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| " François
est peut-être mort. Je suis peut-être vivant. Il ny a pas de différence,
nest-ce pas ? " Jean-Luc Godard
Quinze ans après la mort du réalisateur des Quatre
Cents Coups et du Dernier Métro, aucun hommage ni rétrospective semble
pointer sur les écrans. Comment honorer ce réalisateur qui savait si bien se souvenir de
ceux quil aimait ou admirait dans ses écrits et dans ses films ? |
Ce fut un dimanche que François Truffaut est allé rejoindre, sans le vouloir
réellement, son père spirituel, un certain Jean Renoir. Il avait 54 ans. Lenfant
sauvage de la Nouvelle Vague laissa un héritage impressionnant. Résumons la
chose , si vous le voulez bien : 3 courts métrages, 21 longs métrages, des
centaines darticles et quelques livres dont deux recueils de critiques et textes sur
des personnalités quil affectionnait. Car la force de Truffaut se trouvait dans sa
persévérance et sa soif de travail. On sait tous quil fut un grand polémiste,
attaquant sans relâche toutes les fausses légendes du cinéma français (voir son texte Une certaine tendance du cinéma
français
). Mais on a la propension doublier
volontairement ? quil rédigea les plus beaux textes sur Renoir, Becker,
Hitchcock
des cinéastes quil aimait, tout simplement. |
| Lécrivain de cinéma du temps des
Cahiers
(1953-1958) mais aussi le cinéaste en tant quessayiste fut un
inconditionnel des hommages et des portraits. Utilisant un style léger, ironique, allant
jusquaux jeux de mots, Truffaut pouvait en une phrase résumer toute une biographie
conventionnelle sur un acteur ou une actrice. Quand Marie Dubois joue, toute
ressemblance avec la vie réelle cesse dêtre fortuite. |
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| A linstar de ses
confrères, on sentait chez Truffaut le devoir, mais aussi le désir, dexprimer son
amour et son respect vis-à-vis dun cinéaste. Il fallait quil sache.
Quil connaisse tous ses secrets ! Le cinéaste tant glorifié apprenait par la
suite quil était admiré par un jeune homme fragile et timide dont la vie
dépendait du cinéma.
Citons un exemple mémorable sur Renoir : " Ce
nest pas le résultat dun sondage mais un sentiment personnel : Jean
Renoir est le plus grand cinéaste au monde ". Puis il conclue cette
affirmation : " Ce sentiment personnel, beaucoup dautres
cinéastes léprouvent également et dailleurs, Jean Renoir nest-il pas
le cinéaste des sentiments personnels ? " Toujours ce soucis
dêtre dans le vrai et de le prouver par une virtuosité stylistique incontournable.
Lorsque le critique
décida de devenir cinéaste, il adopta un comportement qui surprit ses détracteurs. Il
filma des instants de vies pour les consacrer entièrement au cinéma. (Re)voyez ces
premiers films et vous en constaterez les subtilités truffaldiennes rendues dans
tous ces hommages. |
| Les Quatre Cent Coups(1958),
par exemple, est une uvre dédiée à la mémoire dAndré Bazin, mais aussi au
cinéma dAlfred Hitchcock. Observez méticuleusement la séquence de la fête
foraine. Doinel participe à une des attractions. Si vous êtes attentifs, vous
remarquerez parmi les gens qui accompagnent Doinel, un jeune homme de 26 ans qui
nest autre que Truffaut. On appelle cela une présence hitchockienne. Truffaut rend
hommage au cinéma en pratiquant le cinéma de ses pairs. |
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Dans Domicile Conjugal (1970), il fit croiser, le temps
dune courte séquence, Antoine Doinel et M. Hulot (personnage inventé par Jacques
Tati). Une saynète tendre dans laquelle limaginaire rejoignait le burlesque.
Toujours dans ce film, un peu plus loin, Doinel annonce à son meilleur ami quil est
papa. En voici les dialogues : " Pourrais-je parler avec Jean ?
Ah ! Bonjour Mme Eustache, est-ce que Jean Eustache est là ? Ah ! Vous
pourrez lui dire quAntoine Doinel a eu un petit garçon. " Les jeux de
mots du critique ont laissé place aux jeux dimages du cinéaste. Car une chose est
sûre : Truffaut filme des souvenirs de cinéphile. Ses rêves, il nous les offre tel
un bouquet offert avec préciosité à la femme aimée. La force visuelle de la scène où
apparaît un clone dHulot et limprovisation de cette déclaration
damitié au cinéaste Jean Eustache sont plus que des points de détails, ils
forment un puzzle didées, une sorte de canevas nostalgique.
(suite) |
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