Steven Soderbergh

Steven Soderbergh Nationalité : américaine
Naissance : 14 January 1963
Métier : Réalisateur
J'ai toujours le sentiment d'être un apprenti. Tout ce que je sais de moi après huit longs métrages, c'est que par nature, je suis toujours sur la brèche. Dès que j'achève un film, j'ai besoin d'en commencer un autre. Dans un registre totalement différent.
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Contrairement à la majorité des réalisateurs de films d'action, le nom de Steven Soderbergh ne passe pas inaperçu. Si ce nom n'est pas inconnu des amateurs de "films d'auteur" c'est qu' il avait marqué certains esprits lors de la présentation à Cannes en 1989 de Sexe, mensonges et vidéo. Il s’engage d'abord dans une voie anti-commerciale très personnelle, passant pêle mêle du film historique Kafka au documentaire (Gray’s anatomy), du remake (Criss cross) à la comédie déjantée (Schizopolis).

En 1989, le réalisateur signait son premier long métrage, il avait 26 ans, et recevait la Palme d'Or des mains de Wim Wenders tandis que James Spader son acteur principal était également récompensé du Prix d'Interprétation masculine. Après quelques films plus confidentiels il réalise coup sur coup deux films à succès : Hors d'Atteinte et L'Anglais. Ces longs métrages, largement reconnus comme deux réussites par une critique qui avait jusque là un peu descendu son fils prodige, continuent de dévoiler les obsessions de ce réalisateur qui gagne à être connu...En 1963 : L'Etat de Georgie voit naître un réalisateur et s'il ne le sait pas encore, c'est pour bientôt. On peut dire en effet que la carrière de Steven Soderbergh commence à l'age de 13 ans , quand son père l'inscrit dans un atelier d'animation à l'université de Louisiane où il réside. Steven dessine bien mais se lasse d'un travail trop lent à son goût. Il se tourne alors vers le département Super 8.

Entre 1977 et 1979. Il réalise 4 court-métrages plus ou moins expérimentaux avec les moyens du bord. Janitor (1978) est le premier film dans lequel il dirige de vrais acteurs. Deux ans plus tard il poursuit son apprentissage avec Skoal, collage expérimental en noir et blanc de 20 minutes. Il a 17 ans.

Ses études achevées, il cherche du travail à Los-Angeles et est employé comme monteur et "homme à tout faire" à NBC télévision pour l'émission Games People Play. Cette situation ne le menant nulle part, il retourne en Louisiane, à Bâton-Rouge, pour écrire. Il finance son 6ème court-métrage en travaillant comme photographe pour un directeur commercial et réalise ainsi Rapid Eye Movement à l'automne 1981. Il le montre au manager du groupe rock Yes qui cherche alors à produire un film à usage interne. En 1984 il réalise ce documentaire qui plait tant qu'on lui propose finalement de réaliser le chronique vidéo de la tournée. Travaillant tour à tour à la réalisation et au montage, il termine 9012 Live en avril 1985, cité aux Grammy Awards 1986 pour le prix de la meilleur vidéo musicale de l'année.

Cependant malgré ce succès, les portes de la réalisation cinématographique ne s'ouvrent pas. C'est ainsi qu'il rencontre un agent, Ann Dollard, qui le pousse à écrire. Grace à elle, il vivra de quelques travaux d'écriture et de réécriture, pour Disney notamment (Ann Dollard est d'ailleurs remerciée au générique de Sexe, Mensonge et Vidéo). A l'automne 1986, il réalise Winston, court-métrage dans lequel on trouve déja les thèmes qu'il exploitera plus tard : la déception, l'aliénation au sein d'une relation...

Début 1987 il finit d'écrire une comédie, Dead from the Neck Up, qui sera achetée par Bob Mewmyer et Jonh Kao pour Outlaw production. Le projet n'aboutit pas. Taraudé par l'envie de percer, il vend tout ce qu'il lui appartient, ne garde que ses livres et sa voiture et part pour L.A. Au cours du voyage, alors qu'il vient de confesser ses tromperies passées à son ex-amie, il écrira le premier script de Sexe, Mensonges et Vidéo, qu'il réalise un an plus tard.

Si ce premier film est entouré de beaucoup de mystère, ce n'est pas seulement à cause de ses Palmes. Les journalistes s'interrogent sur la part autobiographique du film, au sujet plus ou moins sulfureux selon la pudibonderie de chacun. Ainsi se révèlerait la part d'ombre d'un réalisateur beaucoup moins chaste et réservé que son look estudiantin ne le laisse présager. De l'aveu même du cinéaste, Sexe, Mensonges et Vidéo vient d'expériences vécues à la suite desquelles il se sentait un peu minable. "J'étais menteur et manipulateur. Je menais plusieurs liaisons de front. C'était de la politique sexuelle, une question de pouvoir, confie-t-il à Henri Béhar du Monde. Quand j'ai réalisé l'effet néfaste de ma conduite sur les autres j'ai arrêté (...) J'ai écrit le scénario de Sexe, Mensonges et Vidéo pendant un voyage entre Bâton-Rouge et L.A. Il est sorti de moi en 8 jours : c'était plus un acte d'expulsion qu'un acte de création ."

Malgré le succès imprévu de cette petite production à 7 millions de francs, le jeune réalisateur tout frais arrivé dans la cour des grands se permet une insolence qui montre déja une indépendance vis-à-vis des institutions et du "qu'en dira-t-on". Après la Palme il déclare : "C'est depuis ma sortie de lycée en 1980 que j'essaie de faire un film !(...) J'ai peut-être connu le succès de jour au lendemain mais il s'est passé huit ans entre le fameux jour et le lendemain."

Après le succès de Sexe, mensonges et Vidéo les producteurs affluent plus rapidement. Alors qu'ils venaient d'acheter son film, Claude Berri et Paul Rassam, tous deux à la tête de AMLF, décidèrent d'investir dans le prochain Soderbergh au titre de la société RennProduction. Ils se chargèrent de trouver les financements pour Kafka. "Paul a aimé le sujet de Kafka et c'est lui qui s'est occupé de tout. C'est vraiment lui qui a rendu le film possible. La société de production de Barry Levinson, Baltimore Pictures, a été son partenaire aux Etats-Unis" confie le réalisateur à Jean-Michel Frodon du Monde. Ce jeune réalisateur malgré son succès continue sa carrière selon ses envies, mène ses recherches selon ses instincts qu'il tient coûte que coûte à préserver : "J'ai mes propres attentes par rapport à ce que je veux faire, auxquelles j'attache plus d'importance" dit-il.

Ainsi il s'engage dans un film complètement différent de son premier long métrage et donne tort à ceux qui l'avaient déjà enfermé dans un genre, pensant qu'il tournerait des variantes de son premier film dit d'auteur. "Je tenais à faire un film loin d'Hollywood, là où personne ne me surveillerait. A Prague, j'étais tranquille" justifie-t-il.

Malgré les échecs successifs des films Le Roi de La Colline, A fleur de peau, Schizopolis et Gray's Anatomy, le réalisateur continue d'enchaîner film sur film, poussé par une recherche intérieure qui semble primordiale dans son parcours de réalisateur. Ce n'est pas tant la satisfaction d'un film bien fait qu'il recherche à cette époque mais plus le parcours qui le mène jusqu'à cette oeuvre, tout en rendant hommage aux réalisateurs tant américains qu'europpéens qui l'ont inspirés (on retrouve dans Kafka, entre autre, une veine du cinéma de l'avant-garde allemande des années vingts). Parmis eux, Richard Lester, un cinéaste anglais auteur de The Knack, des films des Beatles (Help, A Hard Day's Night). Il lui voue un culte curieux au point d'avoir publié un livre d'entretiens avec celui qui "l'a influencé plus que quiconque, en raison de l'énergie et de l'enthousiasme qu'il fait passer dans sa mise en scène et de son approche ludique du cinéma à laquelle (il) aspirait et qu'(il) pense avoir perdu dès Sexe, Mensonges et Vidéo"(Libération 15 mai 1999). Ainsi après A fleur de Peau, il confie à Télérama : "Aucun de mes films ne me satisfait. Je m'en rends compte après coup au moment de contrôler leur diffusion en vidéo. Plus tard quand les gens verront mes films, ils diront : "les quatre premiers étaient des exercices. A un certain moment, il a commencé à faire du cinéma."

Schizopolis, réalisé en 1996, est un film totalement abstrait, une comédie expérimentale dans laquelle il livre son analyse de la vie quotidienne et une interrogation sur l'avilissement de l'homme par les systèmes de communication. Gray's Anatomy est une version filmée dans laquelle un médecin, Spalding Gray, raconte son expérience médicale traditionnelle et alternative.

Aujourd'hui le réalisateur analyse cette période de passages à vide avec beaucoup de lucidité jugeant ces remises en questions comme une étape nécessaire à son travail. "Après Sexe Mensonges et Vidéo beaucoup se sont imaginés que j'en tournerai des variations à l'infini. Que je me laisserai enfermer dans une boîte. Que je deviendrai un "auteur", en quelque sorte. Alors que moi je ne cessais de me répéter que c'était une carrière à la Hawks que je souhaitais. Ou à la Huston. (...) Quand Hawks alignait film sur film, la notion d'auteur n'existait pas. C'est aujourd'hui que l'on peut déceler des tendances, des points communs. John Huston, c'est pareil, il a tout fait : scénariste, adaptateur et parfois réalisateur, seulement à condition que l'histoire écrite par un autre le touche. C'est la diversité de Huston que j'admire, même si à l'évidence, il n'a filmé en définitive que des gens qui se perdaient à obtenir ce dont en fait ils n'avaient nul besoin." déclare-t-il à Télérama N°2282.

Voilà sans doute ce qui conduit Soderbergh à meubler ses échecs de diverses expériences cinématographiques. Il co-signe le scénario de Veilleur de Nuit de Ole Bordenal, travaille sur celui de Mimic (pour lequel il n'est pas crédité). Ses recherches réalisées lors de ses courts-métrages, lui ont apporté cette capacité à changer de casquette, voire à les mettre toutes à la fois, proprement fasciné qu'il est par toutes les étapes d'un film. Attiré par les travaux de Greg Mottola, il produit En route vers Manhattan - on "attend" d'ailleurs le prochain film de ce réalisateur qui devrait reformer à l'écran le duo Cameron Diaz/Ben Stiller de Mary à tout Prix - et Pleasantville de Gary Ross : "Aider un autre réalisateur à monter un projet et à trouver sa voie, comme je l'ai fait pour trois films (ajouter à la liste Suture de David Siegel et Scott McGhee) me plaît. Ces trois longs métrages étaient tous des premiers films. Ils sont tous arrivés naturellement jusqu'à moi (...) Ces expériences m'ont intéressées, ce qui ne veut pas dire que je veux créer ma propre société de production et devenir producteur."

Sa filmographie révèle son aptitude à changer d'univers, à passer d'un film d'époque (Le Roi de la colline) à un film d'action, à travailler sur un film de commande (Hors d'Atteinte), sur un scénario plus personnel (Schizopolis) ou sur une adaptation littéraire (Hors d'Atteinte d'Elmore Léonard ou Le roi de la Colline d'A.E.Hotchner) en changeant d'économie cinématographique, jonglant entre petits budgets (Schizopolis ou Gray's Anatomy) et grosse fortune (46 millions de $ pour Hors d'Atteinte). Toujours employé comme façade par des studios qui cherchaient ainsi à redorer leur image en ayant un auteur dans leur écurie, Steven Soderbergh a su utiliser un système dont il n'a jamais été dupe : "Donc les films "hollywoodiens" règnent sans partage sur le marché : ceux où tout est évident dès la première vision, ou même avant d'avoir vu le film. (...) Pour moi l'idéal est donc de travailler avec un studio pour bénéficier de sa distribution tout en préservant ma marge de manoeuvre. C'est ce que j'espère réusssir avec mon prochain film." (Le Roi de la Colline produit par Universal) dit-il à Jean-Michel Frodon du Monde en 1992.

"Ce qui est important, conclue-t-il dans le Libération du 15 mai 1999, c'est de maintenir l'enthousiasme de l'amateur. Après A Fleur de peau, j'ai réalisé que j'avais perdu cet enthousiasme (...) je ne comprenais plus grand chose à ce que je faisais. Mon cinéma devenait trop léché, ténu, formel, sérieux et sombre..." "Tout est fonction de l'idée que l'on se fait du succès. Aucun de mes films n'a rapporté d'argent depuis Sexe Mensonges et Vidéo, pas même Hors d'Atteinte. Ca ne m'empêche pas de travailler et de poursuivre mes explorations. Je trouve toujours des gens prêts à parier sur mon nom."

Après son sixième long métrage, Gray's Anatomy, il décide de mettre son journal monographique au placard, retrouve ses anciens amis pour tout recommencer à zéro. En 1998 il réalise Hors d'atteinte, qui rencontre le succès critique qu'on lui connait, rafflant le prix du meilleur film décerné par la société américaine des critiques. En 2000, après une présentation hors compétition remarquée au festival de Cannes, il présente sur les écrans français son huitième film L'Anglais.

Il signe ensuite Ocean’s eleven avec lequel il décolle au box office, s’autorisant même deux suites (Ocean's Twelve et Thirteen). La saga réunit une fois de plus un casting impressionnant (Brad Pitt, George Clooney, Matt Damon ou encore Julia Roberts). En 2002, il fait du conte fantastique Solaris un huis-clos psychologique salué par la critique. Il innove avec Bubble au niveau du mode de diffusion cette fois-ci, choisissant de sortir son film en salle en même temps qu’en dvd et que sur le Net en VOD.

 

Personnalités associées à Steven Soderbergh

Inspirations Frankie Muniz
Collaborations Jennifer Lopez, Topher Grace, Tobey Maguire, Andie MacDowell, Katherine Heigl, Sandra Oh, David Duchovny, Benjamin Bratt, Marg Helgenberger, Rena Sofer, T.J Thyne, Peter Fonda, Ian Holm
Amis/Famille Jules Asner

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