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avec Allociné

 

Filmographie

1969
More
1971
Sing-sing,
le cochon aux
patates douces
(CM)
Maquillages (CM)
Le Repas rituel (CM)
1972
La Vallée
1974
Général
Idi Amin Dada
1975
Maîtresse
1977
Koko,
le gorille qui
parle
1982-84
Charles
Bukowski

(50 vidéos)
1984
Tricheurs
1987
Barfly
1990
Le Mystère
von Bülow
1992
J.F partagerait
appartement 

1994
Kiss of death
1995
Before and after
1997
L’Enjeu
2000
La Vierge
des tueurs

 

 

 

 

lire aussi la chronique du film "La Vierge des tueurs"

Barbet
Schroeder
L’Explorateur de l’ici et maintenant


Une récurrence émerge néanmoins : tous les principaux protagonistes de ces histoires dont Schroeder participe toujours à l’écriture, s’inspirent de personnes, comme on dit, réelles. C’est pour lui un besoin, une nécessité sans laquelle rien ne respire et ne vit. "Le Mystère von Bülow", que Coursodon et Tavernier qualifient de manière sibylline de faux documentaire et de fausse fiction, est à ce titre exemplaire. Il reprend un fait-divers célèbre des années 80, et s’insère dans le genre des « true crime stories » dont raffolent les anglo-saxons . S’il y a ainsi une chose qui n’apparaîtra jamais dans un film de Barbet Schroeder, c’est ce carton d’avertissement si incongru mais très fréquent qui déclare que « tout rapport avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence ». Mais qui sait ? Dans une œuvre si protéiforme, à la liberté gagnée dans la lutte et la persévérance, tout peut arriver. "L’Enjeu" amorçait déjà un glissement sur la pente parfois sans retour du cinéma hollywoodien. Mais notre explorateur de la vérité est depuis revenu à son obsession première, le roman dont est tiré "La Vierge des tueurs" ayant un aspect autobiographique.

Cette recherche du vrai, qui a déjà une valeur en soi, sert ici un dessein plus vaste. Elle est le cadre d’une analyse des comportements déviants et de la confrontation de l’altérité. L’honnêteté qui préside à la peinture de personnes réelles permet de faire accepter plus facilement l’horreur ou la bizarrerie de leurs attitudes. "Barfly", d’après Bukowski, ou son dernier film nous touchent par cette capacité à approcher la dimension de l’humain, trop humain. Obsédé par le désir de ne jamais se répéter, Schroeder est fasciné par ces individus qui se laissent dévorer par la réitération jusqu’à la chute de la folie, une folie qui se vit dans la banalité du quotidien. Il approche de cette zone frontière entre la normalité et la démence. Il en questionne l’existence, la réalité et induit le trouble. La perturbation est là qui guette. Elle attend de sortir de l’oubli dans lequel l’a jetée notre désir de croire que la vie et la fiction cohabitaient dans une étanchéité rassurante.

Barbet Schroeder est un cinéaste de la fissure, du dilemme. Ces choix cornéliens auxquels sont sommés de répondre ces personnages, entre la sincérité et le mensonge, entre l’intérêt collectif et l’imprécation sociale, il les amène devant les spectateurs. Il sollicite une participation morale qui nourrit la progression du récit. La manipulation non du regard mais du point de vue est assumée totalement, et est peut-être même l’objectif premier de son œuvre. Le général Idi Amin Dada, le joueur incarné par un Jacques Dutronc obsessionnel dans "Tricheurs", von Bülow ou le psychopathe de "L’Enjeu" sont tous des substituts de metteurs en scène. Ils tentent d’introduire leur fiction dans la réalité du collectif.

Ces dispositifs manipulateurs supposent en amont une retenue d’ordre stratégique. Cette froideur, ce temps de réflexion que s’impose Schroeder avant chaque nouveau film, transparaissent dans sa manière de saisir l’environnement. Ses décors, véritables projections mentales investies comme des sujets centraux de l’histoire, sont découpés au scalpel par une caméra qui en souligne le caractère souvent métallique, froid et lisse. La particularité de l’humain, sa tendance à la déviation et aux ruptures, explose alors au milieu du hiératisme de ces murs. La folie vient s’y frotter, telle une onde sismique parcourant un champ de neige immaculée. Elle sourde, elle glisse sur la surface.

Cette œuvre d’explorateur curieux dessine depuis maintenant plus de trente ans une chose rare et précieuse. Ses divers opus sont un peu comme les lignes de la main, des traits qui dans leurs circonvolutions et leurs détours proposent à voir le visage d’un homme. Arpenter les genres et les lieux, aller au devant de l’autre ne se réduit pas alors à une recherche inconditionnelle de l’inédit. Au contraire, cela aboutit à la révélation d’un paysage en expansion, de plus en plus riche et complexe ; un univers où le cinéma se confond avec la vie, et où l’être humain évolue dans toute sa plénitude, libre de succomber à la crise ou
à l’incohérence. En fait ces traits rappellent les biographies imaginaires de Borges. Dans ces fictions, l’homme ne se réduit jamais à son œuvre ou à un geste qui pourtant se frottent à l’exhaustif et à l’infini. Mais à la différence de ces nécrologies rêvées, les choses sont ici en devenir. Et elles suivront certainement d’autres chemins insoupçonnés et réjouissants.

M.Merlet

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