Chroniques

Cinema

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avec Allociné

 

Filmographie

1969
More
1971
Sing-sing,
le cochon aux
patates douces
(CM)
Maquillages (CM)
Le Repas rituel (CM)
1972
La Vallée
1974
Général
Idi Amin Dada
1975
Maîtresse
1977
Koko,
le gorille qui
parle
1982-84
Charles
Bukowski

(50 vidéos)
1984
Tricheurs
1987
Barfly
1990
Le Mystère
von Bülow
1992
J.F partagerait
appartement 

1994
Kiss of death
1995
Before and after
1997
L’Enjeu
2000
La Vierge
des tueurs

 

 

 

 

lire aussi la chronique du film "La Vierge des tueurs"

Barbet Schroeder
L’Explorateur de l’ici et maintenant


Quand on voit pour la première fois Barbet Schroeder, ce qui frappe d’abord chez lui, c’est son regard. Des yeux d’enfant baignés d’un éclat rieur, dont la forme en amande suggèrent l’espièglerie et la curiosité. Cette impression est d’autant plus forte et étrange que l’homme est grand, sa massivité contrastant avec la légèreté de ces deux points lumineux. Ce corps imposant, il sut l’utiliser dès sa dix-neuvième année en faisant l’acteur ; plus qu’en l’étant, à l’attention d’un Eric Rhomer apprenti-cinéaste. Il joua en effet dans "La Boulangère de Monceau", le premier film de l’ancien collaborateur des Cahiers du cinéma. Avec lui, il partagera plusieurs fois la fonction de producteur puis fondera les célèbres Films du losange, une maison à laquelle il participe encore de nos jours.

Sa silhouette, il l’a également mise au service des jeunes réalisateurs de la Nouvelle Vague, pour qui il monta le fameux "Paris vu par…", ou, plus récemment, de Chéreau et de Burton. Mais le rôle d’acteur lui sied peu. Il était et reste en priorité intéressé par la mise en scène, et par l’ensemble des étapes qu’implique la confection d’un film. Il sollicite le mouvement et l’activité. Car, avant toute chose, c’est un explorateur. Il est de ceux qui cherchent, non pas parce qu’ils sont perdus, mais au contraire parce qu’ils savent ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent. Il avance dans un film comme on bat le terrain. Il en fait l’expérience.

Pour John Huston, certains tournages étaient prétexte au voyage et à la visite de contrées lointaines. L’Inde, l’Afrique ou le Mexique sont autant de lieux qu’il prit plaisir à traverser au point que le tournage en devenait parfois secondaire. Barbet Schroeder pourrait tendre à cela si pour lui, au contraire, tout pas effectué en territoire inconnu ne l’était pour le bénéfice du film. A chaque nouvelle entreprise, il effectue un énorme travail de documentation et de préparation. Il se décrit d’ailleurs lui-même comme un « fétichiste de la réalité », de l’ici et maintenant, ne pouvant s‘enfoncer dans les régions de l’imagination qu’en emportant toutes les informations offertes par le réel. Un réel qui ne prend sens que dans la confrontation physique, dans la rencontre, mais dont il n’est cependant pas dupe.

Car tout un pan de son œuvre se construit sur cette alternance, cette valse entre la fiction et la réalité, entre le cinéma romanesque et le documentaire. Même quand il semble se consacrer uniquement à ce dernier, comme dans "Koko, le gorille qui parle" ou "Général Idi Amin Dada", il ne peut s’empêcher de souligner la présence de la mise en scène dans le réel. Poussé par un humour tordu et grinçant dont il est coutumier, il ira jusqu’à sous-titrer le film sur le dictateur ougandais «autoportrait», le créditant au générique de la musique originale. Dans un mouvement inverse, lorsqu’il s’enfonce en Nouvelle Guinée avec sa compagne Bulle Ogier et l’équipe de "La Vallée", il va à la rencontre de tribus indigènes. Et sur l’écran, ce qui était un film hippie sur la recherche d’une utopie, d’un Eden perdu, bifurque insensiblement vers le témoignage, vers l’enregistrement brut de pratiques ancestrales peut-être vouées à la disparition. Là encore, Schroeder accepte et revendique cette prégnance de la réalité. Il garde au montage le moment où un chef de tribu exprime le souhait, au milieu de ce qui est accepté comme fiction, que le film apportera au reste du monde la beauté de son peuple. Il y a en cet instant magique, troublant, irruption violente du réel dans la narration. En fait, le premier retrouve en toute logique son statut de géniteur du second, rôle dont on l’avait peut-être trop souvent dessaisi.

Ces saillies, signes d’une véritable mais passionnante schizophrénie du style, se dessinent plus ou moins à la surface du film. Elles causent aspérités et autres fractures, jusqu’à fixer, dans "La Vierge des tueurs", cet air du temps et ce présent des rues si chers à la Nouvelle Vague. Cette insémination peut prendre des formes multiples. Elle se décline jusqu’à l’étourdissement, de la présence de véritables sado-masochistes lors des séances drôles et glaçantes de "Maîtresse" au rôle du directeur de casino confié à un ami joueur professionnel dans "Tricheurs", ou dans le soin méticuleux apporté aux détails de films d’action a priori invraisemblables comme "J.F partagerait appartement" ou "L’Enjeu". L’évasion de Michael Keaton dans ce dernier est ainsi un joyau d’intelligence et de précision.

Une récurrence émerge néanmoins... (suite de l'article)