Chroniques

Cinema

dossiers

avec Allociné

 

Rétrospective
Sydney Pollack

Le chef d'oeuvre de Pollack : On achève bien les chevaux

Sans malice

A l'occasion de la sortie du dernier film de Sydney Pollack, L'Ombre d'un soupçon, quelques-uns de ses films sont réédités. Si certains pensent - à tort - que Pollack n'a fait que des sous produits (Havana, Tootsie ou Sabrina), ils sont dans le faux. Alors voilà une bonne raison de pouvoir effacer quelques erreurs incongrues et de rappeler que Sydney Pollack fut un cinéaste prometteur. Voici les perles à ne pas manquer !

 

Propriété interdite (This Property is condemned, 1966)

Les Années 30. Owen Legate (Robert Redford) arrive dans une petite ville du Sud. Son objectif : procéder au licenciement d'une partie du personnel d'un chemin de fer. Mais il découvre l'amour auprès d'une jeune fille séduisante et mystérieuse. Sur un scénario de Coppola, Pollack, dont ce fut le premier film, réussit un coup de maître. Certains virent dans cette histoire d'amour sur fond de licenciement social, une parabole sur la crise intérieure des Etats-Unis. Peu importe, la force du film est ailleurs. Peut-être dans ce jeu tout en finesse de Natalie Wood ou l'ambiguïté du personnage interprété par Robert Redford. Les intentions de cet Owen sont floues : est -il vraiment arriviste? Pollack ne l'explique pas. Par contre, il aime filmer les gestes habituels de ses personnages; Qu'ils soient doux (Le corps de Natalie Wood) ou saccadés (la démarche ferme de Redford), l'auteur choisit de transcender la psychologie de ses protagonistes par un filmage discret et férocement loyal. L'image Pollackienne à ses débuts.

 

Un château en Enfer (Castle Keep, 1969)

Un film de guerre assez original dans la production de l'époque. Réunissant quelques grands acteurs (Burt Lancaster - Petre Falk), Pollack filme non pas la guerre avec sa grosse artillerie et son bruit assourdissant, mais plutôt les rouages inhérents à la production d'une guerre. Pourquoi les Hommes en arrivent à s'entretuer ? Ecoutons-le : " Je crois que les guerres sont menées pour des illusions, des raisons complètement artificielles. C'est ce que j'avais essayé de dire, sans vraiment y réussir, dans Castle Keep ". Souvent dans ce genre d'exercice, le réalisateur a tort. Castle Keep respecte les règles des films de commando (un groupe de soldats lutte pour sa survie) mais là où l'originalité Pollackienne fait son effet, c'est dans les rapports humains. Aussi limpides que dans les films de Mann (Cote 465, 1956) ou ceux de Walsh (Objective Burma ! , 1945), les dialogues sont la force de ce film. Evitant tout manichéisme, Pollack disseque le problème de ces soldats, forcés de prendre position dans un château, afin de faire front a une éventuelle offensive allemande. Et de surcroît, il réalise un film d'une force exceptionnelle. A (re)découvrir !

 

On achève bien les chevaux (They shoot horses, dont they ? , 1969)

Le chef-d'œuvre absolu de Pollack ! Il faut avoir vu ce film poignant une fois dans sa vie pour saisir le génie visuel de ce grand cinéaste. L'histoire, on la connaît : durant la Grande dépression qui sévit aux Etats-Unis, durant les années 30, des marathons de danse furent organisés. Ce système cruel et inhumain consistait à récompenser le couple qui resterait en piste le plus longtemps. Montant du pactole : 1500$. Adaptant le beau roman de Horace McCoy, Pollack construisit son film sur le canevas habituel des huis clos. Le temps est ainsi accentué par des séquences d'une temporalité dense. Les trois unités cinématographiques sont respectées : le lieu, la piste de danse et les vestiaires ; le temps, la soirée entière ; l'action, les danses. Ce dispositif mis en place part Pollack sert le film dans ce que l'on peut faire de mieux. Ces hommes et ces femmes suent, souffrent, se tuent pour une once de liberté et de respect. C'est pourquoi, le réalisateur choisit de rendre cet " exténuement qui vide les personnages de leur énergie vitale ". Outre une interprétation convaincante et une photo admirable (les paysages sublimes des campagnes), Pollack tisse une toile solide et nous l'offre pour notre plus grand plaisir.

 

Jeremiah Johnson (1972)

A travers cette unique incursion dans un genre mythique, le western, Pollack, comme à son habitude, ne s'intéresse ni aux sempiternelles attaques de diligence ni aux duels languissants. Il va, assisté de son acteur fétiche Redford, contourner le genre pour lui redonner ses lettres de noblesse. Jeremiah Johnson, c'est une recherche d'identité. Las de vivre parmi des hommes qui se croient civilisés, Jeremiah décide de vivre en ermite parmi la Nature et les Indiens. L'histoire est un prétexte à pointer du doigt la bassesse et l'ignorance de l'homme. " Nous ne voulions pas insister sur l'aspect excessivement violent ou barbare du personnage, mais plutôt raconter l'histoire d'un homme qui renie la société organisée et qui s'élève jusqu'à des montagnes vierges pour se modeler une vie à sa mesure, libérée des contraintes imposées par la civilisation. Il découvrira que pareil endroit n'existe pas " Et n'existera jamais. Une œuvre ouvertement pessimiste de la part d'un cinéaste qui après avoir critiqué l'état social de son pays, s'en prend - à juste titre - à la médiocrité naturelle de l'Homme.

Samir Ardjoum

Rétrospective Sydney Pollack : Jeremiah Johnson, Propriété interdite, Bobby Deerfield, Un château en Enfer, On achève bien les chevaux, Yakuza, Absence de malice