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avec Allociné

Kenji Misumi
à la Cinémathèque de Chaillot
(jusqu'au 26 mars)


La cinémathèque a pour vocation de satisfaire nos passions cinéphiliques : elle ne cesse de revisiter l’histoire du cinéma pour y dénicher des noms injustement laissés dans l’oubli. Il y a quelques années, elle nous offrait une intégrale de Naruse, cinéaste japonais de l’après-guerre considéré aujourd’hui presqu’à l’égal des maîtres Ozu et Mizoguchi. La rétrospective du mois de mars met au goût du jour les films de Kenji Misumi, jusqu’alors pratiquement invisibles et jamais présentés dans leur intégralité.

Misumi a tourné de 1954 à 1975, date de sa mort ; cinéaste de studio, son nom est inséparable de celui de la Daei, grande société de production japonaise, où il était spécialisé dans les films en costume. De la superproduction mythologiques (Bouddha) au film de samouraï en passant par l’inspiration manga (la série des Baby cart), il met la main à toutes les facettes du genre, en reprenant des thèmes familiers à la culture populaire japonaise. Komako de la maison Shirako et La lignée d’une femme sont deux films centrés sur la difficile condition de la femme dans le Japon traditionnel.

Komako et la geisha de La lignée d’une femme sont en lutte contre une société qui ne leur permet pas de vivre librement leurs amours : les moments d’intimité amoureuse sont rendus par des gros plans qui constituent des moments de pose dans le récit et de contemplation esthétique, tel le visage abandonné de la jeune fille dans les bras de son amant. Au contraire la tension psychologique donne lieu à des séquences de montage serré surprenantes, comme si elles rendaient l’accélération des battements du cœur sous l’emprise de la peur. Une autre curiosité est l’apparition dans les deux films d’une femme armée d’un pistolet : on peut la voir comme un double renversé de l’héroïne soumise, un personnage marginal qui fait sa propre loi, mais finit par être condamnée.

Comme dans le cinéma américain, ces audaces stylistiques et thématiques sont la preuve que le cinéma le plus conformiste peut être vecteur d’inventivité. Il ne s’agit pas de crier au génie ; mais la découverte de Misumi d’autant plus intéressante que l’on assiste actuellement à un grande vogue du cinéma japonais (les phénomènes Kitano et plus récemment Kiyoshi Kurosawa) : une bonne raison pour remonter vers leurs prédécesseurs.

Judith Lindenberg