Depuis deux décennies lIran est indéniablement le théâtre dune éclosion cinématographique sans précédent. Pour notre plus grand plaisir, le Festival dautomne
consacre une rétrospective, qui ne prétend aucunement à lexhaustivité, mais qui rend compte dun cinéma iranien placé sous le double signe de la tradition et de la
modernité.
Aujourdhui les noms de Abbas Kiarostami, de Shahid Saless ou de Mohsen Makhmalbaf ne suffisent plus, en dépit de leur notoriété mondiale, à rendre compte
dune création iranienne extrêmement diverse. La tentation la plus immédiate est évidemment de sattarder sur ces films qui ont été consacrés par les festivals
internationaux. Ainsi la rétrospective met en avant Le Cercle de Jafar
Panahi (Lion dor à Venise) et Le Ballon blanc (Caméra dor à Cannes en
1995) ; les deux films grandioses de lambitieux Amir Naderi, Le Coureur et
LEau, le Vent, la Terre, respectivement récompensés par le Grand prix du festival des Trois Continents de
Nantes en 1985 et 1989, mais aussi par le prix du jury du Festival de Venise en
1995 ; Det, une petite fille, réalisé par Abolfazl Jalili ou bien encore
LHomme dAbadan de Kianush Ayari, Léopard dargent à Locarno en 1994. Il y aura également les derniers en date à sêtre distingués sur la scène mondiale, à savoir Samira
Makhmalbaf avec Le Tableau noir, une parabole touchante sur lémancipation dun peuple par le savoir, sans oublier Assan Yetapanah, (ancien assistant de Panahi
sur Le Miroir de Kiarostami) pour Djomeh Caméra dor à Cannes cette année.
Mais le programme de ce Festival dautomne a surtout pour but de faire découvrir au public la génération montante du cinéma iranien,
tout en soulignant la continuité des thèmes traités, et des films mis sous scellés par le régime khomeyniste ou rarement diffusés en occident : par exemple luvre poétique de Foruk
Farokhzad, La Maison est noire, qui allie la critique sociale et une réflexion sur lhumain mais également une série peu connue de courts métrages de linégalable
Kiarostami, au nombre desquels La Récréation, Solution ou
Le Pain et la Rue. Parallèlement des films marginaux, non moins superbes, tels que des mélodrames
populaires, Le Foulard bleu (récompensé par le Léopard de Bronze en 1995) ou
Narges de Rakhsan Bani-Etemad, une réalisatrice qui témoigne à la fois de la
féminisation de la profession et de la nécessité de briser les tabous imposés par la censure dEtat.
La liste est longue et il faudrait tous les citer mais limportant sans doute, cest cette volonté affichée de chacun de sextirper de cette ornière, lEtat, qui à tout instant
risquait, et risque parfois encore de faire avorter un projet on den interdire le développement.
Pour leur combat contre la sclérose morale et religieuse, des réalisateurs aussi différents que Kamran Shirdel, Naderi ou Rafi Pitts méritent le respect. Car
ils déchiffrent le présent au miroir de la politique et dune histoire qui na rien en commun avec celle que nous pouvons connaître. La création,
là-bas, est soumise aux aléas du pouvoir, et tout de même, encore un peu, au bon vouloir de la République islamique. Tous ces cinéastes alors nattendent quune
chose : quun regard ouvert se pose sur leur si belle culture.
Anthony
Dufraisse |