Une revue écrite par des cinéastes, des
écrivains, des philosophes, des étudiants et des chercheurs, bref par tous ceux que
préoccupent la question de l'image et de son nivellement : la multiplication de la même
réalité édulcorée par l'image spectaculaire et les recettes narratives, orchestrée
dans les fastes du marketing. Une revue où souffle l'esprit de résistance des insoumis,
attitude vitale pour réfléchir la société et créer du lien entre les hommes au-delà
de l'image affectée par la publicité triomphante : un réseau de cinéastes constitué
tout autour de la planète irriguera L'IMAGE, LE MONDE en images et en enquêtes de
terrain où toutes les subjectivités pourront s'exprimer.
Patrick Leboutte, héritier de Serge Daney et des surréalistes
belges, rédacteur en chef de la revue, se définit comme un marcheur, activité de
prédilection par sa lenteur pour opérer en cinéma avec ses cinq sens. Et, c'est
fatalement en pratiquant son hobby que l'idée de la revue
est née en décembre 1995 alors que la France est en grève. L'IMAGE, LE MONDE
s'intéresse de prés aux images du réel et aux lignes de fractures, terrains de
prédilection du documentaire. La plupart des protagonistes sont issus de cette culture et
le pratiquent avec une attitude encore politique, à l'image des frères Dardennes,
adeptes des pavés en or dans la marée Cannoise. A ceux qui estiment que "le
documentaire n'est pas du cinéma dont l'Art est fiction", plutôt que comme
Ferdinand alias Michel Poicard, "et bien allez vous faire foutre", je leur
propose de réfléchir à cette définition de Jean-Louis Comolli, documentariste et
collaborateur de la revue : "on peut dire que si la fiction tente de substituer un
monde imaginaire au monde réel (ce monde étant forcément une partie du monde
imaginaire), dans le documentaire il y a plutôt l'idée de faire apparaître le monde
réel comme un monde imaginaire". Et je leur conseille vivement la lecture des
critiques de Eyes wild shut et Rosetta qui renversent magistralement le
propos.
Réel et imaginaire,
documentaire et fiction, sont les vases communicants qui font tout l'intérêt d'un
cinéma, où Lumière et Mélies sont réconciliés. Et d'une revue passionnante pour
accompagner nos regards sur les images, pour résister aux flux toxiques et désespérants
de celles des médias, pour croire au monde, "c'est ce qui nous manque le plus"
disait Deleuze, et pour y prendre part : si c'est avec une DV, lire au préalable le très
bon dossier consacré à ces
caméras-stylos. En attendant la riche idée d'inclure des images inédites à chaque
numéro, pour que L'IMAGE LE MONDE devienne une vraie revue en cinéma et en images
F.F.