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Rétrospective Alfred Hitchcock
à la Cinémathèque de Paris (Palais de Chaillot)
Semaine du mercredi 17 au vendredi 19 novembre
Quelques perles à
ne pas manquer...
Les Amants du Capricorne
Le Grand alibi
L'Inconnu du Nord-express
Fenêtre sur cour
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| Mercredi
17 novembre 19h00
Les
Amants du Capricorne
(Under Capricorn, 1949)
Une uvre qu'il faudra un jour
réhabiliter. Under Capricorn fait partie d'un genre de film qu'affectionnait
Hitchcock : le cinéma romanesque. Unique incursion du maître du suspense dans ce Haut
de Hurlevent australien, Hitchcock réussit à moitié son pari. |
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| L'histoire
est simple : en 1830, le cousin du gouverneur de Sydney se prend d'affection pour la femme
d'un ancien bagnard devenu propriétaire. Mais la jeune femme cache un lourd secret
Le principal inconvénient (si on peut se le permettre !) réside dans le découpage
technique. L'auteur de Rebecca a trop privilégié la technique au détriment du
récit. L'importance de ses propos devient par conséquent incohérente. De plus, le
bavardage perpétuel de ses personnages nuit au récit et à sa compréhension. Mais cela
n'est pas une raison pour négliger Under Capricorn. L'ultime intérêt de ce film
provient de l'essence même de sa mise en scène. Dès la première séquence, et ce
jusqu'à la dernière révérence de Michael Wilding, nous voyons un film en train de se
faire
une improvisation involontaire de la part d'un cinéaste réputé pour sa
maîtrise parfaite de la construction scénaristique ! Outre les sublimes travellings qui
traduisent tantôt l'assurance tantôt la peur de Henrietta (Ingrid Bergman), la fameuse
séquence où Bergman découvre dans son lit une tête de mort réduite et le jeu bestial
de Joseph Cotten font d'Under Capricorn une des nombreuses preuves visuelles de la
diversité cinématographique du Lord anglais
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21h30
Le
Grand alibi
(Stage Fright, 1950) |
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| Stage
Fright possède le même canevas que Young and Innocent ou bien les Thirty-nine
Steps : une personne est accusée d'un méfait qu'elle n'a pas commis. Pour prouver
son innocence, elle doit d'une part échapper aux autorités policières et d'autre part
résoudre elle-même l'enquête afin de confondre le véritable coupable. Stage Fright
est sans aucun doute le plus abouti et le plus spirituel de cette "série" de
films. Selon Henri Guieysse, le scénario passe " au second plan car Hitchcock
s'est intéressé à brosser une galerie de portraits, au travers de séquences
savoureuses et morbides ". Cette piste cinématographique prend plus de valeur
par l'utilisation du flash-back de la première séquence. Un "retour en
arrière" fameux et étrange qui confirme une progression constante de la technique
chez Hitchcock. De plus, l'auteur choisit ce procédé non pour faciliter le découpage
technique, mais pour libérer le spectateur de toute conscience morale sur les soi-disant
personnages gentils : " le héros participe à la fois de la culpabilité
et de l'innocence. L'innocent sera d'autant plus coupable qu'il est absolument innocent et
vice versa ". Outre ses interrogations sur la vraie définition du coupable au
cinéma, Hitchcock renoue avec le thème du désir sous-jacent dans le couple. Une fois de
plus, aidée de son assistante Alma Reville, il va aller plus loin, lors d'une ingénieuse
scène de drague dans un taxi. Aucune issue de secours dans ce huis clos remanié pour
cette joute amoureuse. Selon Chabrol et Rohmer, c'est " la plus belle scène du
film ". Outre toutes ces qualités, Stage Fright comporte une perle
supplémentaire en la personne de la truculente et généreuse Jane Wyman, qui magnifie le
bonheur du plus exigeant des spectateurs. Que dire de plus ! |
| Jeudi
18 novembre
19h00
L'Inconnu
du Nord-express
(Strangers on a Train, 1951)
Ecoutons Hitchcock : " Je suis
prêt à procurer au public des chocs moraux bénéfiques. La civilisation est devenue si
protectrice qu'il ne nous est plus possible de nous procurer instinctivement la chair de
poule. C'est pourquoi, afin de nous dégourdir et récupérer notre équilibre moral, il
faut susciter ce choc artificiellement. Le cinéma me paraît être le meilleur moyen
d'atteindre ce résultat. "
Une scène capitale du film prolonge les dires de M. Hitch : le montage alterné qu'il met
en place lors de deux séquences. Celle du match de tennis et celle où Bruno tente de
récupérer le briquet perdu dans les égouts. Ce va et vient tant glorifié par
Chabrol et Rohmer est la solution cinématographique qu'employa Hitchcock pour mener à
bien ce projet. Cette histoire de meurtre commandité déroge aux règles de bonnes
valeurs. Bruno, un fils gâté et fainéant, propose à un champion de tennis, Guy Haines,
d'assassiner sa femme. En échange, Guy tuera son père. Les rouages du chantage (donc du
harcèlement) peuvent commencer. Utilisant l'aspect naturellement trouble de l'acteur
Robert Walker (qui mourut interné pour cause de folie), Hitchcock renonce à toute
facilité psychologique (filmer la folie de Bruno pour en faire une victime de la
société) et décide de contourner le scénario par une invention constante d'effets
visuels ahurissants qui mettent en relief la morbidité des faits et gestes de ce Bruno. "
Je m'intéresse fort peu à l'histoire que je raconte, mais uniquement au moyen de la
raconter. C'est cela qui m'importe "
L'assassinat de Myriam (le reflet du meurtre dans les verres de lunettes
), les
fantasmes de Bruno, qui croit reconnaître Myriam en Barbara, et la confrontation physique
entre Bruno et Guy lors de l'ultime séquence (d'une virilité ambiguë) font de Strangers
on a Train une uvre parfaite. |
| Vendredi 19
novembre
21h30
Fenêtre
sur cour
(Rear Window, 1954) |
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| Rear
Window marque une étape importante dans la vie d'Hitchcock, une sorte
d'aboutissement. En effet, le cinéaste est à son apogée. Hitch met en place un système
cinématographique qui le met à l'abri de toute facilité scénaristique : le voyeurisme.
Le seul inconvénient ne vient plus du producteur (Selznick pour Rebecca), ni du
scénario (Chandler trouvant Hitch fou a lier sur le travail de Strangers on a Train),
ni de l'actrice (Grace Kelly est enfin apparue). Disposant d'une totale liberté (morale
et technique), Hitch va recréer un immeuble entier dans un seul studio ! Puis il va
raconter les causes de l'ennui sous toutes ses formes. Un reporter photographe, immobilisé à la suite
d'un accident, épie sans cesse ses voisins. C'est ainsi qu'il va se mettre en tête que
l'un d'entre eux a assassiné sa femme
Affirmation erronée ? L'intrigue importe peu
car la force du film est ailleurs. Les propos d'Hitchcock sont clairs : le voyeurisme est
une porcherie
mais il faut bien vivre avec. L'idée d'avoir filmé le héros (James
Stewart) dans une situation dans laquelle il est incapable d'évoluer (le mouvement est
impossible) trompe d'une part le personnage en question et d'autre part le spectateur qui
voit uniquement ce que Stewart peut voir. D'une manière générale, Hitchcock remet en
cause la place du regard dans le cinéma. Ici, le suspense est crée à partir de
faits et gestes soupçonnés et non supposés. A aucun moment Stewart ne croit en
l'innocence de son voisin. Il est certain de son pressentiment, et ce, dès les premières
minutes de la disparition de l'épouse. Truffaut voyait juste lorsqu'il écrivit "
Rear Window est le film de l'indiscrétion, de l'intimité violée et surprise dans son
caractère le plus infamant ". Intriguant !
La suite prochainement
Samir Ardjoum |
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