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avec Allociné

 

Rétrospective
HITCHCOCK

L'ombre d'un doute

Rétrospective Alfred Hitchcock à la Cinémathèque de Paris (Palais de Chaillot)
Semaine du Mercredi 10 novembre au Dimanche 14 novembre

"Hitchcock est un cinéaste qui ne voit rien, il regarde, fixant son attention sur le point précis qui l'intéresse, d'où cette envie de créer un cadrage serré au millimètre" Cette petite définition godardesque sur le travail du grand Alfred est révélatrice de sa parfaite maîtrise du regard cinématographique. Hitchcock filme des détails qui deviennent des idées. Créer une image, la maltraiter, en dénicher certains concepts pour la rendre plus aboutie, clarifier ses propos par d'innombrables inventions visuelles, telle fut la règle du jeu de son cinéma.

Visite guidée de cette deuxième semaine de la rétrospective...


Mercredi 10.11.99

19h00
Soupçons (Suspicion, 1941)

Une perle rare ! Ne serait-ce que pour la grâce angélique de Joan Fontaine (héroïne de Rebecca) et l'ambiguïté de Cary Grant dans un rôle inhabituel Mais la force du film réside dans la maîtrise du scénario. Hitchcock, comme à son habitude, présente le couple comme étant le point de départ de tout suspense. Qui dit amour, dit doute. Thème récurrent dans l'œuvre de Hitchcock (cf. Les Enchaînés ou Le Grand alibi), le doute est le principal sujet d'un film qui peut se définir ainsi " Comment la vrille du soupçon perfore l'unité d'un couple. ". Chaque fois que Fontaine soupçonne son époux de vouloir la tuer, Hitchcock filme sa peur en temps réel, d'où une dilatation du temps. Un exemple mémorable : la scène du verre de lait que Grant propose à son épouse. Celle-ci, prise de panique, refuse catégoriquement de le boire, croyant à une machination de son mari. Le lait était-il empoisonné ? Peut-être…

21h30
Cinquième colonne (Saboteur, 1942)

Le scénario ressemble étonnamment à celui des 39 marches : un homme passe du statut d’innocent à celui de coupable. Cette fois-ci l'action se déroule aux Etats-Unis (pays d'accueil de Hitch) et non plus dans les landes anglaises. De plus, les méchants (personnages raffinés chez Hitchcock) ont une force rarement égalée dans le cinéma d'espionnage de l'époque. Mais comme dirait Olivier Gamble : " Hitchcock dénonce la fausseté des apparences, ceux qui paraissent les plus normaux (Tobin et Mme Sutton qui ont une couverture sociale importante) sont inhumains et les chefs du réseau nazi, alors que les marginaux (l'aveugle et les monstres du cirque), sont les plus humains et aident sans préjugés Kane et Patricia " Une œuvre divertissante, sans fioritures, et menée tambour battant.

 

Vendredi 12.11.99 

19h00
L'Ombre d'un doute (Shadow of a doubt, 1943)

Charles Cockley (Joseph Cotten), poursuivi par deux détectives, se réfugie chez sa soeur. Pourquoi ce harcèlement ? Et qui est réellement cet oncle Charlie ? Deux interrogations primordiales dans la carrière de Hitch. D'un côté, nous avons un homme qui use de son charisme pour mener à bien ses projets machiavéliques, et de l'autre, un homme qui souffre de persécutions. Il est accusé d'un méfait qu'il soutient n'avoir pas commis. Deux constructions scénaristiques qui ne desservent pas les intentions de Hitchcock. Au contraire, l'auteur évite toute facilité et réussit à mêler adroitement deux thèmes complexes, par une absence volontaire d'effets dans sa réalisation : l'absurde devient réalité. Selon René Prédal, " ce film associe sexe, mort, et vol. Charlie, véritable Monsieur Verdoux, est un dandy qui fascine puis assassine les veuves pour les voler ; tout se dérègle lorsque la jeune nièce veut inconsciemment être aimée de lui. Il ne reste plus alors au séducteur qu'à essayer, par trois fois, de la tuer, la dernière tentative ressemblant plus, par sa lutte corps à corps et ses gestes équivoques d'enlacement, à une étreinte qu'à un assassinat ". Grave et fascinant, L'Ombre d'un doute est un film important dans la carrière américaine de Hitchcock, au même titre que Vertigo ou Psycho.

 

21h15
Lifeboat (1943)

Un exemple de ces inventions visuelles qui permettaient à Hitchcock de se surpasser. Toute l'histoire du film se déroule sur un canot de sauvetage. En effet, le film retrace l'odyssée de neuf survivants amenés a se solidariser. Un soldat allemand fait partie de l'équipage. Une fois de plus, les détails sont présents. Hitchcock va se concentrer sur le comportement de chacun de ses protagonistes afin d'en tirer une conclusion ambiguë : lorsqu'un groupement humain ou une société se retrouve dans une situation délicate, un bouc émissaire est lynché pour la bonne cause.

Selon la revue Positif, l'Allemand assassine pour de bonne raison (pour sauver sa propre vie), alors que les Américains, eux, pratiquent le lynchage. A vous d'en juger !


La Suite

Samir Ardjoum