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Timide, tel est l'adjectif qui pourrait le mieux qualifier
le rapport que le cinéma entretient depuis maintenant un siècle
avec la folie et tous les phénomènes regroupés sous ce terme
générique. Tout se passe comme si ce mot, et donc les attitudes
qu'il désigne, l'attirait et l'effrayait en même temps. Tout
se déroule comme si la caméra singeait les réactions dont la
plupart des personnes ont fait et font encore preuve face à
ce que le vocabulaire ne circonscrit qu'avec peine. Fascination
et peur, avance et recul, voici les mouvements qui caractérisent
le cinéma depuis sa naissance. Est-ce à dire qu'il serait
par essence bourgeois, craintif, étriqué, sans curiosité ?
Et
pourtant, quelles richesses à explorer ! Démence, psychoses,
névroses, état limite, schizophrénie... autant de mots, autant
de manières de découper la réalité, de la ranger en cases. Mais
aussi autant de façons supposées de penser et de sentir soi
et le monde, pour celui qui les vit de l'intérieur. Ainsi s'offre
au cinéma un vivier de pensées à réfléchir. Ce sont autant de
visions qui permettraient une éducation de notre regard, qui
le relativiserait et lui apporterait un nouveau champ de possibles.
A travers les joies et les douleurs, elles l'illuminerait. Mais
il semble que le cinéma soit souvent resté à l'orée de ces territoires
si mal connus. Que l'on pense la folie comme une zone désertique
balayée par les craintes et la souffrance ou, de façon plus
romantique, comme un jardin foisonnant de liberté, elle a quelque
chose à nous dire. Quelque chose que le cinéma, souvent, ne
semble pas vouloir écouter. Jusqu'à aujourd'hui il a plus utilisé
la folie pour parler d'autre chose que pour vraiment lui laisser
la parole.
D'abord
il y eu Georges Méliès. Ces films exprimaient une libération,
un élan poétique que nous pourrions qualifier d'extravagant
et de fou. Ils contenaient un vent surréaliste qui portait la
voix de la déraison. Puis, dans un même mouvement, déboulèrent
les rois du burlesque. Leurs corps élastiques et les tonnes
de maisons brisées et autres tôles écrasées les amenèrent bien
au delà de la simple clownerie. Leur folie destructrice était
une véritable machine à broyer les valeurs. Leurs régressions
perpétuelles les conduisaient à un anarchisme peut-être involontaire.
C'est cette même démence très concertée qui amena sur le devant
de la scène, quelques années plus tard, les Marx Brothers,
génies de l'art dévastateur. Ce n'est pas pour rien qu'un autre
grand "malade" de ce siècle, Antonin Artaud, a vu dans
Monkey Business, "un hymne à l'anarchie et à la révolte
intégrale".
Ce
tourbillon de rires survint dans l'entre-deux guerres. Et s'il
était le rayon de soleil recherché par tous, après avoir entrevu
ce dont l'homme était capable en terme de folie guerrière, il
ne pouvait occulter l'inquiétude qui perdurait. Quelques films
s'en font l'écho. Les deux adaptations du Docteur Jekyll
et Mister Hyde, l'une muette avec Lionel Barrymore,
l'autre parlante de Rouben Mamoulian, sont l'expression
d'une angoisse sourde que la fin de la guerre ne réussit pas
à éteindre. S'y ajoutèrent les œuvres de l'expressionnisme allemand,
avec, entre autres, Les Mains d'Orlac, Le Golem
et surtout Le Cabinet du docteur Caligari. De ces films
émanait un parfum de mort et de schizophrénie. La volonté de
pouvoir et la paranoïa s'y dévoilaient de manière inquiétante.
Cette
noirceur, cette tempête sous un crâne, dont on trouve des remoux
jusqu'au Japon avec le surprenant Une page folle de Teinosuke
Kinugasa, ne pouvait qu'aboutir à des œuvres visionnaires.
Le J'accuse d'Abel Gance fut un plaidoyer pour
la paix où la folie étreignait celui qui vit trop loin, qui,
pour son malheur, aperçut déjà les millions de morts d'un conflit
encore hypothétique. Et, avec dix ans d'avance, La trilogie
du Docteur Mabuse annonçait l'arrivée du nazisme et, implicitement,
le chaos meurtrier que cela entraînerait. Ces œuvres de Fritz
Lang, auxquelles il faut adjoindre M le Maudit, restent
un précieux témoignage sur la folie collective qui peut emporter
les hommes d'une époque incertaine.
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Dossier
La folie à L'écran
Lire
La folie chez Woody Allen.
Lire la chronique du film La
Devinière.
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