filmographie / liens
"Parfois je
doute soudainement de la raison qui me pousse à faire des films, mais je suis également
très attiré par l'idée de fabriquer des images."
Atom Egoyan in Film Threat, 1993.
Atom Egoyan, comme un
atome ? On ne saurait si bien dire ! Ce réalisateur canadien doit en effet
son prénom à une centrale nucléaire à coté de laquelle il naquit un jour 1960, au
Caire. Ses parents Shushan Devletian et Joseph Egoyan, tous deux arméniens, émigrent
dans l'Ouest canadien alors que leur fils a trois ans. Plein d'humour, ils donnent
bientôt à leur molécule une petite sur, Eve. "Atom et Eve, vous
comprenez ? Mes parents trouvaient ça drôle
" avouera le réalisateur.
Fils d'artistes
peintres, convertis en marchands de meubles, il fonde sa culture sur un oubli de ses
racines. Un oubli qui le pousse néanmoins vers des études de relations internationales
qu'il commence à 19 ans. Il sort diplômé de l'université de Toronto en 1982, avec
déjà quatre courts-métrages à son actif.
Alors qu'il pensait
devenir auteur de théâtre, il préfère l'image pour raconter ses histoires. "Pour
moi, le cinéma c'est ça ; il s'agit d'utiliser les merveilleux outils que sont l'image,
la structure et le son pour traduire ce que vivent les personnages, et ce qu'ils
font
"
Ses premiers travaux
montrés au festival de Sundance attirent l'attention sur lui : Howard in Particular,
After Grad With Dad, Peep Show, Open House
traitent déjà de
thèmes qui lui sont chers et qu'il continuera de développer par la suite : voyeurisme,
schizophrénie, fétichisme et obsession.
Next of
Kin son premier long métrage est réalisé en 1984. Le budget réduit de ce film, 37
000$ est en partie financé par la vente de Open House à Canadian Broadcast Corporation.
Présenté dans la catégorie controversée "Perspective Canada" du Festival du
Film de Toronto la même année, le film révèle le réalisateur comme un des grands
espoirs du cinéma canadien. Après ce début de succès, Egoyan réalise plusieurs
téléfilms et des épisodes de séries aussi prestigieuses que La Nouvelle Quatrième
Dimension, Vendredi 13, ou encore Alfred Hitchcock Présente.
Cette activité ne
l'empêche pas pour autant de songer à son deuxième film de cinéma. Il réalise ainsi
en 1987 Family Viewing qui marque un tournant dans sa carrière. La même année
Wim Wenders invité au festival du Nouveau Cinéma et Vidéo de Montréal, reçoit un prix
de 5000$ pour Les Ailes du désir, prix qu'il donne à Egoyan : "c'est
un grand honneur, mais je vous demande de mettre le nom de mon collègue canadien Atom
Egoyan sur le prix " déclara sobrement le réalisateur allemand.
Quatre ans plus tard
sa notoriété est internationale. Il a enchaîné diverses expériences artistiques dans
une volonté toujours plus grande d'approfondir sa recherche cinématographique. En 1991
il réalise son quatrième long métrage, The Adjuster, qui reçoit un prix de 25
000$ au Festival des Festival qu'il donne
à un jeune réalisateur inconnu John
Pozer qui vient de réaliser son premier long métrage The Grocer's Wife (la
Femme de l'Epicier).
En 1992, ce plus
jeune canadien jamais nominé comme meilleur réalisateur, participe à Montréal vu
par
Six Variations sur un Thème en réalisant Episode 4 : en passant.
1993, l'année de la
maturité, Egoyan sort deux films importants : Calendar, qui lui permet d'effectuer
un retour à la vidéo, tandis qu'Exotica sera primé par le prix International de
la critique au festival de Cannes.
Papa depuis quelques
années d'un fils que lui a donné sa femme Arsinée Khanjian, arméno-canadienne comme
lui, il signe en 1995 un court-métrage pour la BBC Portrait of Arshile. Quel
rapport me direz-vous ? La règle de cette commande était de créer des images
personnelles formant un film de 4 minutes à propos d'un peintre. Atom Egoyan voit ici
l'occasion de faire un hommage testament à son fils qu'il baptisa du nom d'un peintre
arménien Arshile Gorky.
Retrouvant ses
premières ambitions de théâtre vivant, ce guitariste classique amateur se tourne vers
l'opéra. En 1996, à l'opéra de Toronto, il met en scène Salomé de Richard
Strauss. Il intègre au jeu scénique des images vidéos projetées. Sa mise en scène
saluée autant par la critique que par le public encourage Egoyan.
Il réécrit également une pièce inventée alors qu'il était lycéen : Elsewhereless.
Mis en musique par Rodney Sharman, c'est un projet qui mit de longues années pour aboutir
enfin à Toronto au Tapestry Music Theater en avril 1998.
Entre ces deux expériences il réalise en 1997 un moyen métrage Bach Cello Suite #4 :
Sarabande sur le travail d'un violoncelliste Yoyo Ma.
C'est avec De
Beaux Lendemains (Grand Prix du Jury à Cannes) réalisé la même année qu'Egoyan
accède à la consécration, tandis qu'il poursuit son expérience scénique avec l'opéra
Doctor Ox's Experiment, adaptation de Jules Vernes sur une musique de Gavin Bryars,
jouée pour le première fois à londres en juin 1998.
Anne-Laure Bell