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"Je trouve étrange que lorsquon ouvre un corps humain, pour la plupart des gens, cest répugnant. Pourquoi ? Cest vous, cest moi ! Comment votre propre
corps peut-il être si répugnant pour vous ? Cest ce que vous êtes ! On a besoin dune nouvelle esthétique pour lintérieur du corps."
David Cronenberg
Le cinéma de David
Cronenberg est hanté par la dualité de lincarnation. Chaque film semble être pour ce réalisateur, souvent désigné comme le chirurgien du cinéma, une expérience scientifique qui met les
corps à lépreuve, et les pousse jusquà leurs extrêmes. Réalisateur majeur du
"Body-horror" quil amorce en 1975 avec Shivers, il poursuivra tout au long de sa
carrière cinématographique une recherche sur la composition des corps.
Par le cinéma qui lui permet dexplorer minutieusement le temps de la mutation, il bouleverse nos regards et les limites de létrange : du normal au monstrueux, de la
vie à la mort. Sans cesse creusée et affinée, étudiée sous différents aspects, la problématique de ce cinéaste sattache
à l'humain. A priori tout se passe sous lenveloppe. Il ne sagit jamais dinterroger lapparence mais bien le support de cette image sociale qui une fois percée nous livre un
monde inconnu. Lintérieur devient singulier et conditionne le sac cutané. Le familier se charge alors détrangeté. La belle M. Butterfly qui semblait si transparente à
travers lamour que lui portait le diplomate René Gallimard se révèle non seulement être un homme, mais de surcroît un espion qui conduira à sa perte. De même,
Christopher Walken dans Dead Zone, semble être un rescapé ordinaire dun coma prolongé
; pourtant après laccident sa structure moléculaire a changé. Il voit le
futur et ses visions le conduiront à une vie isolée. Ce professeur à lavenir tout tracé devient un habitant reclus dun petit village médisant.
De même le professeur Brundle dans La Mouche devient de plus en plus inquiétant. Il change peu à peu de comportement, son aspect se modifie, son
apparence étant le support de son changement intérieur. A la sortie de la machine infernale, son corps est
intact mais peu à peu
ses muscles se décuplent et révèlent une force extraordinaire
Lhorreur est donc intérieure avant dêtre dévoilée.
"Chez Cronenberg, il ny a dhorreur vraie, réellement vécue, que dans le corps. Cest le centre qui en donne toute la mesure
"
notait Charles Tesson dans les Cahiers du Cinéma.
Le corps support de l'aspérité révèle à lâme quil nen est plus un prolongement. Les personnages se distinguent alors par leurs blessures.
Ainsi, dans Crash, comme étrangères à elles-mêmes, les âmes erreront à la recherche du corps adéquat. Le microcosme des blessés se réuni en une sorte de famille
qui, liée par les mêmes cicatrices, fait face au monde policé qui exclu les blessés. Gabrielle, interprétée par Rosana Arquette, est un pantin désarticulé complètement
recomposé. Aucun des éléments de son corps ne semble avoir une fonction habituelle. Tous les protagonistes, revenus de cette expérience brutale et jouissive,
ne vivent pas de la même façon après avoir survécu aux accidents.
Les stigmates imprimés définitivement sur leur corps les rappellent sans cesse à leur fragilité humaine. Ayant survécus, ils éprouvent
leur mortalité et leur nature bassement organique, comme sils cherchaient à savoir sils
étaient vraiment en vie. Ils agencent leurs corps au fil des accidents pour en tirer le suc de la vie dans une certitude palpable et éprouvée.
Dans Vidéodrome le vomissement par béance ventrale dune cassette vidéo confrontera le protagoniste principal aux enfers interdits mais possiblement délicieux du
snuff movie. Le corps vomit son intérieur et déroule sur la table ses secrets et ses envies les plus intimes. Lorgane intérieur au service du savoir cognitif manifeste son
existence refoulée et on pourrait comprendre le nouvel organe de Rose dans
Rabid comme une métaphore de son envie phallique. De même dans
The Brood,
Candice crée des enfants, organes indépendants et meurtriers mûs par la rage intérieure quelle éprouve.
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