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dossier Cronenberg

Rétrospective au cinéma l'Arlequin du 15 novembre au 5 décembre
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le tragique

l'illusion

le corps

De Vidéodrome à Existenz, la perte du sens

Crash, les nouvelles machines désirantes


David
Cronenberg
le tragique


Chez David Cronenberg, le corps est exactement une image, est pensé comme une image, non pas dans le sens d'une illusion propre au cinéma, mais essentiellement, dans le sens d'une ontologie. Les corps existent en tant qu'images et nous racontent quelque chose en tant que ces images entrent en rapport. Dans La Mouche, le transport du corps de Seth Brundle d'un télépode à l'autre s'opère comme une reproduction d'image analogique(1). Dans Dead Ringers, le rapport fraternel est d'abord vécu comme le rapport d'une image à son double. Et dans une scène hallucinée de Vidéodrome, on peut voir Max Renn fouetter l'image d'une femme enchaînée.

Tel est, le plus simplement défini, le sujet des films de Cronenberg : un corps-image entre en rapport avec un autre corps-image. Mais quel genre de rapport peut-il bien exister entre deux corps, entre deux images ? C'est une relation qui passe par tous les stades du mimétisme à la différenciation : un corps cherche à en imiter un autre ou à le modeler à l'image d'autre chose, tandis que cet autre s'obstine dans sa différence. Ce sont les trois mouvements de La Mouche : le savant cherche d'abord à élever à une nouvelle puissance cet autre corps qu'il a créé à partir de lui-même ; puis, second mouvement, à résister au processus de dénaturation dans lequel l'entraîne l'insecte en lui, cette mouche avec laquelle l'ancienne forme humaine tend inéluctablement à se confondre ; enfin, le troisième et dernier mouvement scelle la fusion des deux images, en une effroyable cérémonie de noces contre-nature. Ces trois mouvements sont aussi ceux de Dead Ringers : d'abord un parfait mimétisme, puis une phase de différenciation, et de nouveau un rapport de parfaite coïncidence, de " synchronisation " disent les frères Mantle.

Tel est le tragique cronenbergien : le rapport mimétique et différentiel de deux corps-images, qui mène fatalement à la mort, c'est-à-dire à l'impossible coïncidence des deux images comme à leur impossible différenciation. La mort survient au moment où les deux corps se confondent dans leur absolue différence, où les deux images se confondent en une seule image qui est la différence même. C'est la piéta finale de Dead Ringers, où les deux corps forment un seul corps par leur gémellité, et pourtant deux corps, l'un ayant comme engendré l'autre. C'est aussi la dernière scène de M.Butterfly, où l'amant grimé en chinoise meurt en portant en lui la figure de son idéal amoureux.

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(1) Ch. Tesson, « Les yeux plus gros que le ventre », Cahiers du Cinéma n°391. On doit au même auteur un autre article essentiel sur Cronenberg :  « Voyage au bout de l’envers », Cahiers du Cinéma n°416.