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avec Allociné

Filmographie de Henri-Georges Clouzot

1931 La Terreur des Batignolles (court-métrage)

1942 L’Assassin habite au 21

1943 Le Corbeau

1947 Quai des Orfèvres

1949 Manon

1950 Retour de Jean Miquette et sa mère

1953 Le Salaire de la peur

1955 Les Diaboliques

1956 Le Mystère Picasso

1957 Les Espions

1960 la Vérité

1964 L’Enfer (inachevé)

1967/68 La Prisonnière

 

 

 

 

Quai des Orfèvres

Tournage de l'Enfer - 1964

Le Mystère
Clouzot


"Je crois que la vérité fait toujours scandale". H.G. Clouzot

"Clouzot s’inscrit dans la lignée des grands cinéastes de tempérament, notait André Bazin en 1953, de ceux qui ont un sens direct et comme physique de l’efficacité de l’image cinématographique, qui possèdent également l’énergie du caractère, la volonté presque viscérale nécessaire à la création sur l’écran d’un univers autonome, original, qui est à la foi leur univers et celui du cinéma".

On ne saurait mieux résumer la place de Clouzot dans le panorama du cinéma français : une place parfois inconfortable pour un homme atypique. En ouverture du VIè Festival de Cannes, en avril 1953, "le Salaire de la Peur" provoqua la stupéfaction du public.
Dans l’agitation, on compara rapidement Clouzot à Hugo, à Balzac, on loua sa maîtrise et ses prouesses techniques, Claude Mauriac qualifia le film d’"oeuvre monumentale". A la croisée du néo-réalisme italien et de la mise en scène américaine, "le Salaire de la Peur", oeuvre pure et violente, a séduit, d’hier à aujourd’hui, toute les générations de spectateurs. A l’autre bout de la chaîne, "le Mystère Picasso" suscita les plus vives réactions, scandalisa même. Le film soulèva des polémiques à cause de Pablo Picasso qui reste le peintre constesté de "Guernica" et de "la Femme qui pleure" mais également par les effets de montages de Clouzot qui ne sont pas sans annoncer une certaine rupture dans l’appréhension du fait pictural. Clouzot est le destinataire de tous les éloges et la cible de toutes les critiques. Sur l’échiquier des "Diaboliques", chacun bouge ses pions. Dans les Cahiers du cinéma, Jacques Audiberti salue "un chef-d’oeuvre", Georges Sadoul estime que Clouzot surpasse Hitchcock. Ses détracteurs, en revanche, l’égratignent, lui reprochant "son manque d’humanité", dénonçant sa "jouissance morbide". Et Clouzot au centre de cette mêlée se défend à batôns rompus. 
Célébré pour sa psychologie noire, son orchestration du Mal, désapprouvé pour son goût de la misanthropie, sa complaisance à se vautrer dans l’érotisme et la cruauté, Clouzot est successivement porté sur un piédestal, fustigé, mis à nu.

"Pour faire un film, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire". H.G Clouzot

Après avoir appris les premières ficelles de la dramaturgie avec René Dorin, Clouzot collabore de 1931 à 1932 au remaniement des scénarios de l’Italien Carmine Gallon, futur inventeur de la série des Don Camillo. Entre-temps, il a réalisé un court-métrage, "La Terreur des Batignolles". C’est entre Berlin, Munich, Prague, Budapest et Vienne que Clouzot apprend les rouages de l’industrie cinématographique. Il croise Fritz Lang, accompagne Joseph Kessel en reportage.
Dans les années 40, il s’attaque à la création théâtrale aux côtés de Pierre Fresnay. Si les mises en scène sont des demi-échecs, le second scénario de Clouzot, "Les Inconnus dans la maison", d’après le roman de Georges Simenon le remet en selle. Dès lors s’esquissent ses préoccupations, ses thèmes de prédilection qui resteront jusqu’à la fin de sa vie.

C’est la noirceur qui pénètre et domine toute son oeuvre. Il n’est d’ailleurs pas abusif de soumettre tous ses films à cette réference extrême qu’est le Mal. Clouzot lui même le dira : "Il est bien plus facile de faire un film sur le Mal qu’un film sur le Bien". Nourri de Kafka, de la philosophie des existentialistes, de la lucidité de Camus et de ses concepts de l’absurde, c’est véritablement "Le Corbeau" (1943) qui va conférer à Clouzot la dimension et la renommée qu’il attend. Interdit par la censure militaire en 1944, tiré du purgatoire en 1947, "Le Corbeau", dénoncé comme un film destiné a salir la France, gagne, grâce à Claude Mauriac notamment, ses titres de noblesse, autant que "La Règle du jeu" de Renoir ou "Au delà-des grilles" de René Clément. 
De "Quai des Orfèvres" (1947) à "La Prisonnière" (1968), en passant par "Le cheval des Dieux" (1950) - qui fait de Clouzot un précurseur du cinéma-vérité - ou "la Vérité" (1960) avec Brigitte Bardot, le très controversé Clouzot apparaît comme un "intellectuel au tempérament intensément autoritaire et provocateur" (Romy Schneider).

"Un perfectionniste qui ne s’avoue jamais satisfait, qui veut obtenir, jusque dans sa nuance la plus subtile, chacune des intonations, chacun des éclairages, chaque geste, tels que son imagination lui a permis d’en construire et d’en prévoir l’ordonnance" (Romy Schneider) pour certains, père d’une oeuvre factice et fantoche pour d’autres, déconcertant, on ne peut enlever à Clouzot le génie qu’il a eu dans l’approche du Mal, et sa radicalité, son exubérance sont autant de témoignages qui en font un des cinéastes incontournables du siècle.

Anthony Dufraisse