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Parfois un mystère en constitue le centre. Chabrol ne s'est jamais déplu
à écrire un "whodunit", comme disent les anglos-saxons, un de ces récits où la recherche d'un coupable, l'enquête et ses péripéties
servent de moteur à l'action, sans que pour autant nous sentions un quelconque ennui dans la réalisation. Au contraire. Il s'oppose en cela
à un auteur dont il a souvent été rapproché par le passé, et ce de
manière abusive: Hitchcock. Ce dernier en effet exécrait le récit de détection, fatigué qu'il était par le discours final du détective, au
dernier chapitre, palabre interminable censée dénouer les fils du problème. Chabrol, qui, par la sécheresse de ces derniers films, est
maintenant plus proche de Fritz Lang que d'Hitchcock, ne s'est jamais refusé à cela. Les enquêtes télévisuelles et cinématographiques de
l'inspecteur Lavardin, qui apparaît pour la première fois dans Une Mort
de trop, un roman de Dominique Roulet dont a été tiré Poulet au vinaigre
, obéissent toutes à ce schéma.
Claude Chabrol a longtemps oscillé entre deux pôles, entre deux types d'approches du récit. Il a louvoyé, pour parfois se perdre en route. sa
mise en scène en est tiraillée. Le gros plan sur la ceinture en or, dans
Les Innocents aux mains sales, constitue le symptôme de cette indécision. Image mentale, elle permet le retour à la mécanique
narrative et enferme le personnage dans son statut de pantin. Des réussites comme A double tour (d'après Stanley Ellin) ou La Cérémonie
(d'après L'Analphabète de Ruth Rendell) sont consécutives d'une logique
qui laissent justement les personnages s'émanciper de ce rôle de pion dans lequel à chaque instant, ils sont susceptibles de s'incarner. Ils
prennent leur autonomie, leur individualité, et font la force du récit.
A contrario, bien que Chabrol soit attiré par un nihilisme narratif, qui
réduirait le récit à néant, il a pu se laisser porter par le simple
plaisir de l'histoire, ou plus précisément d'une histoire qui, si elle
peut avoir son intérêt propre, n'en est pas moins prétexte aux arabesques et aux essais stylisés. La Décade prodigieuse ou La Rupture
en sont de malheureux exemples, engoncés par la prétention de trouver un
nouveau style d'épouvante, une sorte de réalisme fantasmagorique. Il n'était pas loin en cela d'un Clouzot que par ailleurs, il détestait. En
fait, cette volonté de respecter un matériau, le roman criminel, dont il est friand, et de transmettre son goût au public, le rapproche de
Jean-Pierre Mocky, celui-ci filmant avec régularité des romans qu'il a
apprécié. Une de ces dernières réalisations, Noir comme le souvenir,
était à ce titre un régal.
Après la décennie 80, durant laquelle il semblait s'être un peu éloigner
du polar, Chabrol est revenu depuis à quelques années à ses péchés
mignons. Comme on revient à un plat qu'on aime à se mijoter chaque mois.
Sa tendance au partage et au prosélytisme comment qualifier autrement cette constance à mettre avant, dans ces génériques, le nom
des auteurs qu'il apprécie - l'a amené depuis peu à collaborer avec François Guérif, le directeur de Rivages-noir. Ensembles, ils ont
relancé Rivages-Mystère, une collection tombée en désuétude faute de
moyens et d'échos. Ils y publient des ouvrages restés jusqu'à ce jour
inédits en français, ou des rééditions comme Le Jour des parques.
Chabrol y tient également le rôle de préfacier, où il fait preuve de son
érudition habituelle - Alice ou la dernière fugue ne s'inspire-t-elle
pas de écrits malheureusement oubliés de G.K. Chesterton. Nous pourrions
émettre l'hypothèse que cette activité lui a permis de sortir des contradictions dans lesquelles s'empêtraient nombre de ses films. Il y
assouvit son goût pour les intrigues abracadabrantes, aux ressorts bien
huilés, et a ainsi libéré son activité de cinéaste d'un poids parfois
handicapant. Ses dernières oeuvres tendraient à conforter cette position. Par leur apparente simplicité et l'attention portée aux
caractères, ils sont arrivés à tenir, sans faiblir, une haute note, dont
nous ne pouvons que nous réjouir. Et ce n'est pas Merci pour le chocolat qui nous détrompera.
M.Merlet
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