Chroniques

Cinema

dossiers

avec Allociné

 

 

 

Dossier Chabrol>>

Merci pour le chocolat

Chabrol et le roman policier

Chabrol critique

Hitchcock,
Lang et les autres

Hitchcock, Lang et les autres...


Aborder de front l’œuvre chabrolienne, c’est se heurter de plein fouet à un mur. On ne décortique pas " l’homo chabrolus " en trois coups de cuillère à pot, et réduire l’œuvre chabrolienne à ses évidences, ce serait faire preuve de mépris. Il est donc indispensable de rétablir " l’arbre généalogique " d’une œuvre complexe, aux multiples ramifications.

Chabrol, dès le début de sa carrière s’appuie sur la double ramure d’un cinéma réaliste et d’un cinéma que l’on pourrait qualifier d’illusionniste. Pour le plaisir qu’il a de manipuler la caméra et pour l’habileté qu’il a de pousser le spectateur dans ses derniers retranchements, Chabrol n’est pas sans rappeler un certain A. Hitchcock. Outre leurs allures d’épicurien bedonnant, ils ont en commun d’assigner au cinéma un rôle quasi ontologique. Déjà en 1954, dans son article " Hitchcock devant le Mal ", Chabrol voyait dans le Maître du suspens un grand moraliste : "… la leçon d’Hitchcock appartient au domaine de l’Ethique ; je veux dire que ses conceptions morales finissent par s’intégrer à une métaphysique ". Autant dire que Chabrol s’est fait une idée très chrétienne de l’œuvre hitchcockienne et plus spécifiquement de celle de Dostoïevski, selon laquelle chacun de nous est un coupable en puissance. D’où le va et vient constant entre l’innocence et la culpabilité dans le cinéma de Chabrol. Il n’y a pas de personnages bons ou mauvais, mais des figures symbolisées qui s’intègrent dans un jeu - la vie - où le hasard mène la danse. Mais Chabrol ne se contentera pas, comme un disciple sage et tranquille, d’appliquer les enseignements du père des Oiseaux. Il médite, dissèque les mécanismes du canevas hitchcockien pour en extraire le suc, la moelle. Comme dans l’univers du maître anglais, les vérités chabroliennes sont fragiles, précaires, intransmissibles et au bout du compte, à peine saisissables. A chaque film sa vérité, pourrions-nous dire. Au regard de L’Œil du Malin ou du Cri du hibou, il est clair que Vertigo sert de matrice. Fenêtre sur cour, que Rohmer et Chabrol qualifiaient de " figure-mère ", inspira nettement le Dernier jour des souffrances. Ainsi, le mannequin de la défunte femme de Labbé a la même fonction que dans Psychose. Et imaginez-vous que dans Masques, il n’y a rien moins qu’une vingtaine de citations ! Ce goût de la citation porté à son comble dans les deux Tigres, va au-delà du simple clin d’œil pour servir de fausses pistes et dérouter le spectateur dans sa recherche de sens. Dans un autre registre, la série Sueurs froides est aussi, ne serait-ce que par son titre, très hitchcockienne. Dans ces films, le recours aux miroirs, aux vitres, aux fenêtres se révèle automatiquement comme projection mentale de soi ou appropriation de l’Autre. Le regard de l’entourage est un miroir qui authentifie ou, à l’inverse, invalide le masque affiché en société. Le regard comme miroir nous ramène au thème central du double et plus précisément au dédoublement de personnalité ; si la dualité est authentifiée, le  " moi social " est factice. Mécanisme très hitchcockien de la projection où les identités sont réversibles, car c’est finalement dans le regard de l’autre que le Moi se construit et/ou se déstructure. Chabrol dans la veine d’un Buñuel ou d’un Howard Hawks dégage le profil moyen des êtres et des choses. C’est ainsi que dans les Fantômes du Chapelier, M. Labbé est un notable on ne peut plus normal, à ce détail près qu’il est un criminel sadique. De même dans Violette Nozière, Violette, sous des dehors angéliques, est en vérité une schizophrène parricide. La traversée des apparences réserve bien des surprises ! Conclusion : le crime absorbe la figure de l’être chabrolien jusqu’à en devenir sa représentation.

Lire la suite >>

Dossier Chabrol>>

Merci pour le chocolat

Chabrol et le roman policier

Chabrol critique

Hitchcock,
Lang et les autres