Deux prisonniers sortent de nulle part. L'un d'eux porte encore
une paire de menottes accrochée à sa main ; à l'autre bout,
une main arrachée pendouille. Arrive un gang de mafieux, accompagné
d'une jolie jeune fille dont on ne comprend pas bien ce qu'elle
fait là. Pour une raison obscure, la rencontre dégénère en
gunfight. L'un des gangsters est abattu. Un petit problème
se pose : même mort, il se relève et attaque ses ex-compagnons.
Quelques cinquantaines de douilles vides plus tard, le héros
s'est enfui avec la jeune fille et les mafieux se dépêtrent
avec leurs morts-vivants tout en partant à leur recherche.
Dix minutes se sont à peine écoulées, tout le monde est recouvert
de sang et deux zombis sont déjà morts. Le ton est donné :
Versus ne va pas faire dans la dentelle.
On
ne va pas cracher dans la soupe : un film de deux heures dont
une heure quarante (au bas mot) enchaîne gunfight sur combats
de sabre et de kung-fu, ça laisse rêveur. Un scénario prétexte,
pour ne pas dire bidon, où l'on nous explique que la forêt
en question est l'une des 666 portes des enfers, le tout sur
un fond de destinée qui se répète de 500 ans en 500 ans… à
vrai dire, on s'en tamponne pas mal le coquillard. Ca bastonne,
c'est violent, voire gore, ça gicle dans tous les sens et
même quand tout le monde est mort, ça bastonne encore. Yeahhhhh
!!! Si cette perspective vous enchante, et que vous êtes inconditionnels
des Baby Cart, de Bad Taste ou du final de Hard
Boiled, Versus vous distraira sans aucun doute.
Néanmoins…
Au-delà de l'aspect jubilatoire pour amateur des films de
genre, Versus ne satisfait pas complètement. A la fois
film d'action, de gunfight, film gore, jeu vidéo et manga,
Versus, loin de transcender ces genres ou d'en proposer
une véritable synthèse, s'enlise dans une mise en scène à
l'emporte-pièce, poseuse et souvent agaçante. Le montage,
hystérique, finit par fatiguer ; sur plus de 4 heures de rushes,
restent 2 heures de film sans qu'on ait l'impression qu'aucun
plan n'a été coupé. L'humour, gore, parfois potache et souvent
bouffon, énerve de plus en plus au fur et à mesure que le
film progresse. Et le combat de sabre final, calqué sur un
modèle de jeu vidéo, est tristement filmé par une caméra flottante
et approximative, incapable de rendre compte d'une chorégraphie
pourtant assez minutieuse. On sort de là sonné, groggy, à
la fois repu et sur sa faim, en repensant au charme de La
Rage du tigre, de Une balle dans la tête ou encore
de la trilogie des Morts-Vivants de Romero. Versus
est un vaste copié/collé jouissif que l'on oublie vite, mais
qui a cette qualité sure : celle de donner l'envie de se replonger
dans ses multiples sources.
Nicolas
Martin