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avec Allociné

 

 

Swing
Réal.: Tony Gatlif
Avec: Oscar Copp, Lou Rech, Tchavolo Schmitt, Mandino Reinhardt.
2002, 1h30.


Accord parfait

Le cinéma est un amant volage. Il s'accouple avec des partenaires diverses et variées. Parfois, il folâtre avec le théâtre. A d'autres moments, il s'unit à la peinture ou à l'électronique. Les arts anciens et modernes sont des proies de choix pour le septième du nom. Nobles ou roturiers, vieilles dames aux riches expériences ou jeunes filles à l'identité naissante, il aime à se frotter. Ses amours sont changeants, signes d'une perpétuelle recherche d'un accord parfait. Quand il peine à le trouver, il se tourne vers la seule qui ne l'a que peu trahi, la musique. Avec elle, l'union s'accomplit. Il arrive qu'elle s'échappe, lui tourne le dos ou le contredise. Mais quand ils se retrouvent, comme dans Swing, la fusion est totale.

Tony Gatlif poursuit son exploration des cultures nomades, hier celles des tsiganes et des gitans, aujourd'hui celle des manouches. Pour ce cinéaste d'origine gitane, le voyage est intime. Il est aussi l'occasion de s'attarder sur la tradition du jazz manouche. Déjà dans Vengo, son précédent film, il prenait prétexte d'une histoire de rivalités entre familles andalouses pour exalter la beauté du flamenco. Ici nous sert de guide une histoire d'amours enfantines entre un gamin des quartiers huppés d'une ville de l'est et un garçon manqué, fillette prénommée Swing traînant autour des caravanes des faubourgs. A travers elle, durant un été, il va découvrir la vie et le rythme des manouches, leur histoire et leurs chants. De cette histoire à la Henri Bosco, nous retiendrons surtout une sensualité baignée de bruits de courts d'eau, de rivières ombragées le long de routes perdues. La caméra, ailée, éthéréenne, atteint une parfaite harmonie avec les pulsations de la nature.

Quant au cœur du film, il se situe à un autre niveau. Etude sur la place de l'individu à l'intérieur du groupe, il s'épanouit dans le partage. Il chante une communauté fondée sur l'échange et l'accord, soudée dans une musique où des voix de femmes enlacent le son de guitares tenues de bras virils. A partir de cette ode, il accomplit le miracle d'une communion entre le spectateur et l'écran. Le partage s'organise alors à l'intérieur comme à l'extérieur des images. La participation est totale. Le temps du film devient nôtre. Sa musique nous traverse et nous parle. Tony Gatlif se souvient ici des leçons d'Howard Hawks. Le cinéaste américain, dont l'enseignement est loin d'être épuisé, s'était fait une spécialité de la peinture des groupes humains. Chacune de ses œuvres culminait dans une chanson entonnée en chœur par les protagonistes, symbole de leur harmonie.

Le cinéma a trouvé ici sa parfaite partenaire. La musique s'associe à lui comme s'ils avaient toujours vécu ensemble, avec cette impression d'immédiate adhérence, d'indubitable correspondance qui caractérisent les passions romantiques. Ils ne font qu'un et, par cette union, déclarent qu'ils sont, qu'ils ont toujours été indispensables l'un à l'autre. Ce savoir, nous le pressentions, peut-être même l'avions-nous déjà intégré. L'Histoire nous l'avait appris, des sérénades pianistiques offertes aux images muettes aux comédies musicales dansant tout autour du globe. Et quelqu'un n'a-t-il pas dit un jour que le cinématographe était le fils de l'opéra? Mais, comme les belles évidences, il est nécessaire de le rappeler avec régularité et bonheur. Aussi, par son lyrisme, par une simplicité qui accorde une place à la respiration de chacun, le Swing de Tony Gatlif nous redonne encore une fois la note.

M.Merlet

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