Après un divorce difficile, Meg (Jodie Foster) emménage
avec sa fille dans une superbe maison à l'autre bout
de Central park. Détail amusant : sa maison possède
une chambre de survie (une "Panic Room" en anglais)
datant de la première guerre mondiale et équipée
de téléviseurs permettant de voir tout ce qu'il
se passe dans les différentes pièces de la maison.
Mais dès le premier soir, trois dangereux individus s'infiltrent
dans la maison, Meg et sa fille ont juste le temps d'aller s'enfermer
dans la fameuse chambre. Mais manque de chance, ce que recherchent
les gangsters se trouve justement dans cette pièce.
David
Fincher, après l'ambitieux et réussi Fight
Club (la véritable adaptation du livre culte
American Psycho) signe un film au canevas simple qui
n'est qu'un prétexte pour s'adonner à un exercice
de style. En effet, comme pour aller à l'encontre de
la plupart des scénarios américains actuels
qui jouent beaucoup sur des structures complexes et des rebondissements,
celui de Panic Room est d'une simplicité qui
peut rebuter et est filmé presque en temps réel
:
Acte
1 : Jodie et sa fille emménagent dans leur nouvelle
maison
Acte 2 : Jodie et sa fille, voyant des intrus, se réfugient
dans la "panic room"
Acte 3 : Jodie réussit à sortir de la "panic
room" et y enferme les gangsters qui tiennent sa fille
Acte 4 : Confrontation finale entre Jodie et les truands
La
principale qualité de ce scénario brillant (écrit
par David Koepp, le réalisateur d'Hypnose) est
d'aller droit à l'essentiel. Nous sommes dans un huis-clos
dans la plus grande tradition théâtrale. Mais
ce qui intéresse Fincher, c'est avant tout de pouvoir
déployer ses qualités de technicien virtuose
du clip et de la pub dans un espace délimité.
Ainsi la caméra s'infiltre dans la serrure, longe le
bar de la cuisine, pénètre dans des objets,
puis suit une rampe d'escalier. Les détracteurs de
Fincher n'hésiteront pas à crier à la
gratuité de ces envolées, trop tape-à-l'il.
Et pourtant nous sommes bel et bien en présence de
la "Fincher's touch". Après tout, critique-t-on
les plan-séquences de Brian De Palma ? Et puis quoi
de plus significatif pour un film qui parle de l'intrusion
d'inconnu dans sa maison que ses mouvements de caméra
Pourquoi ne pas clamer son plaisir de voir des plans dignes
de ce nom et non des bribes d'images épileptiques montées
par Michael Bay ? Ces amples mouvements de caméra permettent
de mettre en valeur la fascination qu'exerce le design, les
mobiliers high tech (le pop art) sur le réalisateur.
(on se souvient que dans Fight Club, Ed Norton, se
retrouvait dans un catalogue Ikéa).
Mais Panic Room ne susciterait pas autant notre intérêt
s'il ne se dotait tout comme The Game d'une réflexion
sur le cinéma, sur le statut du réalisateur
tout autant que sur celui du spectateur. D'ailleurs le personnage
incarné par Jodie Foster va endosser progressivement
ces deux casquettes.
La panic room est une métaphore à la fois du
tournage d'un film (les caméras qui filment les différentes
pièces de la maison) et de son montage (la pièce
rappelle la table de montage avec ses moniteurs). Et l'on
serait même tenté de dire que Jodie Foster en
est la réalisatrice. En effet c'est elle qui dirige
les cambrioleurs-acteurs, qui choisit les plans. Quand elle
sera éjectée de la "panic-room", elle
détruira les caméras, le dispositif cinématographique
même.
Le cinéma américain veut que le méchant
soit immobile et que le héros s'active, court tout
autour pour le contrer. Ainsi même si l'on peut émettre
de nombreuses correspondances avec le Die Hard de John
Mc Tiernan, il en prend le contre pied.
Panic Room est aussi une mise en abîme du processus
même de l'expérience cinématographique
du spectateur dans la salle. Ce dernier est amené à
se poser des questions sur son statut. Après tout,
ne sommes nous pas comme Jodie Foster, prisonniers d'une salle
devant un écran ? Les trois malfrats en essayant de
violer la "panic room", essaient de rentrer dans
la salle de cinéma. L'identification au personnage
de Jodie Foster n'en est que plus forte et le suspense est
ainsi intensifié. Le statut de la salle de cinéma,
habituellement lieu de confort et de plaisir s'en trouve bousculé.
Et ce n'est sans doute pas par hasard si Fincher a choisi
de tourner presque entièrement dans l'obscurité.
On sait que depuis Alien3 et Seven, l'une de
ses préoccupations majeures est de filmer l'obscurité
(pour ce film, il a viré son collaborateur attitré,
le chef opérateur Darius Kondji car il n'arrivait pas
à faire une image assez sombre !).
A la fin, le personnage de Jodie Foster sort de la "panic
room", la spectatrice devient actrice.
Panic
Room est donc un bel hommage aux films d'Alfred Hitchcock
à la fois par sa mise en scène mais aussi par
la présence d'une héroïne-femme forte.
David Fincher nous fait donc sa version de loft story plus
sombre et plus haletante, sans David, Angela, Leslie
mais avec Jodie Foster, Forrest Whitaker, Jared Letto
C'est quand même autre chose, non ?
MP
Réagissez à cette chronique sur le forum
de Flu